Entre Batangafo et Nana-Bakassa, les ex-rebelles du MPC et de l’UPC étranglent et paniquent des dizaines de villages sous l’œil bienveillant des mercenaires russes

Rédigé le 11 mars 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Sur l’axe qui relie Batangafo à Nana-Bakassa, puis vers Kouki, les habitants ne dorment plus tranquillement depuis plusieurs semaines. Des ex-combattants du MPC, le Mouvement Patriotique pour la Centrafrique, fondé par le chef rebelle d’origine tchadienne Mahamat Al-Khatim, ont pris le contrôle de fait d’une dizaine de villages : Bodili, Bogore, Bodee, Bowara, Boro, Ngbago, Boliyo, et d’autres localités riveraines de cette route. Ni désarmés, ni intégrés dans une quelconque structure officielle, ces hommes se comportent désormais en maîtres du terrain.
Ce déploiement a une origine précise. Nugatoulom Arnaud, alias Nigas, et son complice Narbet Baggio — deux hommes que CNC a formellement identifiés, ont assassiné un ouvrier minier musulman sur sa moto, entre les chantiers de Balaka et de Zaranga. C’est ce crime qui a enclenché l’engrenage : au lieu de dépêcher des gendarmes, des policiers ou des éléments des FACA pour rétablir l’ordre, le gouvernement a préféré laisser les mercenaires russes de la milice Wagner orchestrer la suite.
Les ex-rebelles du MPC et de l’UPC ont alors été projetés par les Wagner sur la zone pour « encadrer » les deux auteurs du meurtre — qui sont par ailleurs liés aux mêmes réseaux que ces ex-combattants.
Ce qui rend la situation encore plus difficile à dénouer, c’est que ces ex-rebelles opèrent avec la bénédiction tacite des mercenaires du groupe Wagner. Les Russes ne se salissent pas les mains eux-mêmes : ils concertent, orientent, puis s’effacent. Ce sont leurs relais qui exécutent les basses œuvres. Et les dégâts qui en découlent servent précisément à justifier leur présence prolongée dans le pays — un calcul que ces mercenaires ont rodé depuis leur installation en RCA.
La présence de ces ex-rebelles a ouvert la porte à d’autres débordements. Des éleveurs peuls, sachant que des hommes armés tiennent déjà le terrain, ont laissé leurs troupeaux divaguer dans les champs cultivés, ruinant des récoltes entières. Chacun profite du désordre ambiant pour régler ses propres affaires, et les paysans de la zone se retrouvent coincés entre plusieurs fronts à la fois, sans recours possible.
Dans les faits, les populations de ces villages ne peuvent plus aller aux champs ni circuler librement. Le cas le plus documenté récemment s’est produit entre les chantiers de Balaka et de Zaranga : des ex-rebelles ont bloqué la route et dépouillé des dizaines de motos, emportant à la fois les engins et l’argent des passagers — des travailleurs qui rejoignaient leurs chantiers ou rentraient chez eux. C’est un racket à ciel ouvert, en plein jour, sur une piste que les habitants utilisent chaque semaine.
Les deux hommes identifiés par CNC, Nugatoulom Arnaud alias Nigas et Narbet Baggio, sont par ailleurs les mêmes qui avaient tué une gendarme le mois précédent sur la route de Bossangoa–Nana-Bakassa, un crime déjà documenté dans nos colonnes. Ils se déplacent entre Bodili, Bogore, Bodee et Bowara — villages à cheval entre la préfecture de l’Ouham Fafa et la sous-préfecture de Nana-Bakassa — armés de trois à quatre kalachnikovs et d’armes artisanales. Après chaque attaque, ils reposent leurs armes, reprennent une vie ordinaire parmi les habitants, saluent leurs voisins. Personne, ou presque, ne dit rien.
Cette double présence — les ex-rebelles projetés par Wagner d’un côté, Nigas et Narbet Baggio de l’autre — a verrouillé une zone entière. Fait notable : parmi les villages concernés se trouve celui du directeur de cabinet du président de la République, M. Obede Namsio, qui n’est pas épargné. Les champs sont abandonnés, les déplacements réduits au strict minimum, et les témoins des crimes récents n’ont toujours pas été entendus publiquement par les autorités compétentes.
Par Arsène Féimonazoui
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