Dossier spécial : Sani Yalo, une enquête exclusive sur sa véritable identité

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Dossier spécial : Sani Yalo, une enquête exclusive sur sa véritable identité

 

 

Bangui, 13  septembre 2023 (CNC) – L’énigmatique Sani Yalo, surnommé ‘Bélébélé’, a longtemps été un personnage influent dans les coulisses des pouvoirs centrafricains. Dans ce dossier exclusif, plongez dans son passé trouble et découvrez les mystères qui entourent sa vie et ses affaires. Révélation exclusive CNC.

 

Origine

 

Sani Yalo est né le 10 mars 1966 à Bangui. Son papa Mahamat Yalo, était un grand mécanicien et revendeur de pièces détachées dans la rue située derrière le bar ABC au PK5 où se situe la résidence familiale. Sa réputation étant arrivée aux oreilles de Bokassa, celui-ci lui confia la réparation des véhicules officiels. Il se dit d’ailleurs qu’il aurait inventé le terme « dangongo » utilisé pour désigner de vieux véhicules qui servent pour le transport. D’origine tchadienne haoussa, le papa Yalo est arrivé en RCA avant l’indépendance du pays et a eu plusieurs enfants avec 3 femmes.

 

La maman Maimouna Sani qui est elle aussi d’origine tchadienne hadjaraï était une femme d’affaires. Sa principale activité était la vente de viande à l’état-major des armées où elle a fait la rencontre de François Bozizé dont elle était proche.

Quartier KM5 dans le troisième arrondissement de Bangui. Copyright2019CNC.
Quartier KM5 dans le troisième arrondissement de Bangui. Copyright2019CNC.

 

Scolarité, premières activités.

 

Sani Yalo fréquente l’école primaire du quartier Gbaya Dombia à Bangui puis ensuite, bien qu’issu d’une famille de confession musulmane, poursuit le collège au petit séminaire catholique de Bangassou chez les prêtres avant de retourner à Bangui en 1978, pour brièvement fréquenter le lycée des Martyrs. Il arrête sa scolarité en classe de seconde et bien que plutôt malin, il ne sait en fait pas vraiment écrire, ce qui le place souvent dans une position en situation de dépendance vis-à-vis notamment de ses comptables par exemples ou d’autres acteurs politiques ou économiques plus instruits. Une fois sa scolarité arrêtée, Sani Yalo exerce une activité de boutiquier puis de taxi et de revente des pièces automobiles détachées. Il est alors connu de tous via le surnom de « Bélébélé ».

 

Ascension sociale par le mariage.

 

Sous Kolingba, Sani Yalo se signale en épousant la petite sœur de Jonathan Koué (neveu du Président Kolingba, PDG de Petroca, la société centrafricaine des pétroles). Il va profiter de cette juteuse relation pour obtenir un poste à Petroca et contracter plusieurs crédits auprès de l’Union Bancaire en Afrique centrale (UBAC) qui ne seront jamais remboursés. Sani Yalo s’appropriera progressivement le patrimoine de son épouse.

 

L’affaire Zongo-Oil.

 

Sani Yalo part ensuite en France puis en Afrique du Sud avant de rentrer à Bangui fin 1995 avec l’aide de son ami Dogonendji Bé qui fut Ministre de l’Economie dans le gouvernement de Koyambounou et Directeur Général de Petroca. Il crée alors avec Martial Beti-Marace, ancien chef de cabinet présidentiel, et Dogonendji Bé, l’entreprise Sicotrans dont il devient Directeur Général. C’est via cette structure qu’éclate « l’affaire Zongo Oil » qui a coûté plusieurs milliards de FCFA au Trésor Public Centrafricain.

L’affaire remonte à 1998, lorsque Bangui sert de base d’approvisionnement en carburant pour les soldats tchadiens dépêchés au Congo pour voler au secours du régime du président Laurent-Désiré Kabila. Sani Yalo importe alors du carburant de Douala, hors taxes sans frais de douanes, via une société fictive appelée Zongo–Oil que Sicotrans revend ensuite avec une marge en Centrafrique.

En plus d’enrichir certains cadres du régime, ce montage sert aussi à financer la campagne pour la réélection du Président Patassé en 1999. Ce n’est qu’en mars 2000 que le Premier Ministre Dologuélé est contraint de révéler cette fraude fiscale accusant les dirigeants de Sicotrans et Sani Yalo qui doit fuir au Cameroun après une tentative d’arrestation et la saisie de ses biens par la justice. Après qu’un mandat d’arrêt international ne soit émis contre lui en septembre 2000, Sani Yalo est arrêté au Cameroun en 2002 puis relâché quelques temps après. En janvier 2003, Sani Yalo commanditera l’assassinat de Dologuélé à Brazzaville. S’il n’avait pas été prévenu de ce funeste projet, le Président de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC) aurait dû être liquidé par des tueurs libériens et sierra-léonais. A la suite de cet incident, de nombreux anglophones furent expulsés par les services de police du Congo.

 

Quartier Km5

 

Intrigues, condamnation et difficultés.

 

Sani Yalo revient à Bangui en mars 2003. Son frère Danzoumi Yalo surnommé colonel « Daz », proche de Bozizé dans la rébellion, devient ensuite « chargé de missions » au Ministère de la Défense et responsable de la sécurité rapprochée de Bozizé. Les deux frères sont emprisonnés de décembre 2003 à mars 2004, accusés (par Abakar Sabone qui les dénonce à Bozizé) de préparer un coup d’Etat avec les « libérateurs » regroupés dans le nord de Bangui qui réclament des compensations financières suite à leur participation au coup d’Etat de mars 2003.

Emprisonné, Sani Yalo fut relâché en mars 2004 et quitte alors la RCA pour la France. Il retourne en Centrafrique en juin 2006 où il est arrêté et envoyé à Bossemptélé. Sani Yalo est alors ramené à Bangui et condamné à huit ans de prison le 4 Août 2006 par le tribunal correctionnel de Bangui pour escroquerie, faux et corruption de fonctionnaires dans l’affaire « Zongo Oil ». Il est également privé de tous ses droits civiques et condamné à verser 4 millions de FCFA de dommages et intérêts à l’Etat centrafricain. Il n’effectuera finalement que six mois de détention avant d’être libéré avec notamment l’intervention de son avocat Mathias Morouba.

Il vit alors à Bangui de la location de ses deux villas (celle située derrière la radio Ndeké Luka – aujourd’hui occupée depuis 2017 par la deuxième femme de Touadéra Tina-Marguerite et l’autre est située derrière l’université de Bangui – revendue fin 2017 à son petit frère Ahmed Dada Yalo) et des transports effectués avec les camions achetés à l’époque de de l’escroquerie Zongo Oil jusqu’à l’arrivée de la Séléka. Son activité de transports est le plus souvent l’occasion d’escroquer ses clients. Quand un commerçant loue un de ses camions, il détourne la plupart du temps une bonne partie de la marchandise. Lorsqu’il décroche un éphémère contrat avec SUCAF en 2010 pour ramener du sucre de Ngakobo à Bangui, il simule un accident et prétend que les villageois ont pillé le chargement pour voler la marchandise…

 

Pillage de particuliers et d’entreprises à l’arrivée des Séléka.

 

A l’arrivée de la Seleka, Sani Yalo leur fera les yeux doux. Danzoumi rejoindra brièvement la Seleka par l’intermédiaire de leur frère Manou Yalo qui a intégré la rébellion armée depuis Bambari. Les frères Yalo profiteront surtout de l’arrivée de la Seleka pour piller en 2013 les biens des dignitaires de Bozizé, comme par exemple celle du député Lengbé et des entreprises Orange Centrafrique et CFAO. Mais en avril 2013, les chefs Seleka soupçonneux arrêtent les frères Yalo. Début août 2013, le parquet du Tribunal de grande instance de Bangui lance un mandat d’arrêt contre Danzoumi pour des faits de pillages sur les sites des entreprises Orange Centrafrique, CFAO Motors et du domicile de M. Marboua « à hauteur de plusieurs milliards de francs CFA » le 24 mars, date de la prise du pouvoir par la Séléka. Suite à cela, Sani Yalo sort du pays par Zongo et rejoint le Cameroun puis la France en juin 2013.

 

Participation active au mouvement antibalaka.

 

Sani Yalo combat alors la Séléka, d’abord médiatiquement à travers un éphémère mouvement (Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie en Centrafrique), puis en s’impliquant dans le mouvement anti-balaka. A son retour en RCA en 2014, il anime un groupe antibalaka connu sous le nom d’Union démocratique pour la défense de la patrie composé de son frère Danzoumi, d’Alain Hassan Donday, de Anatole Ngaya ou encore de Eugène Barret Ngaikosset.

Ce groupe qui a commis de nombreuses exactions contre des éléments (pour la plupart peuls notamment à Abba et à Carnot jusqu’à leur arrivée dans la capitale) dans l’Ouest du pays réside au motel de Danzoumi aux 36 villas où il s’illustre surtout par des attaques au PK5 et de nombreux braquages dans la zone de l’Assemblée nationale. En ce temps-là, Sani Yalo qui utilise alors pour ses déplacements personnels une vieille Nissan Primera ne vit que grâce aux recettes du motel de son frère, de sa boîte de nuit « Black and White » située en ville (à côté du Zodiaque) et de la vente de l’un de ses camions.

 

Coup de bluff de l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2026.

 

C’est le pasteur Franck Rocard, à qui Sani Yalo sous-loue une partie de sa maison (située derrière l’actuel siège de Vision 4) qui présente Sani Yalo au candidat Faustin-Archange Touadéra après le premier tour de l’élection présidentielle de 2016. Franck Rocard n’a pas vraiment de mal à convaincre Touadéra que Sani Yalo serait une arme qui peut faire très mal à son adversaire Anicet-Georges Dologuélé.

Pour aider Touadéra à qui il ne reste alors que 4 millions de FCFA et qui peine à battre campagne devant les grands moyens de son adversaire, Franck Rocard sollicite aussi l’aide de son ami de Dominique Ngouabi Ossere, fils du feu le Président congolais Marien Ngouabi. Dominique Ngouabi propose de les mettre en relation avec Teodoro Obiang Nguema qui envoie un avion venir chercher Touadéra pour Malabo. C’est alors que Sani Yalo va mentir à Rocard et Touadéra. Il prétend très bien connaître Teodoro Obiang Nguema et inventant de toutes pièces une relation d’affaires (totalement imaginaire) datant de l’époque Patassé.

C’est ainsi que Sani Yalo qui a réussi à parti seul à Malabo avec un Touadéra convaincu que celui-ci était l’ami de Teodoro Obiang Nguema est rentré avec environ 300 millions de FCFA à Bangui. Dès son retour, Sani a immédiatement pris une chambre à l’hôtel Ledger y fixant rendez-vous à Touadéra et son directeur de campagne Simplice Mathieu Sarandji. Ceux-ci qui n’étant pas au courant de la vraie somme ramenée à Bangui par Sani Yalo furent très heureux de récupérer … 100 millions de FCFA que leur remet Sani Yalo ignorant totalement qu’il a conservé pour lui les deux tiers du pactole…

Après l’élection du Président Touadéra, c’est d’ailleurs au pasteur Franck Rocard que le poste de Président du Conseil d’Administration du Bureau d’Affrètement Routier Centrafricain (BARC) était promis. Hélas pour lui, le jour de la passation de pouvoir au BARC, celui-ci fait un accident de circulation grave duquel il ressort avec un traumatisme crânien et est évacué pour la France aux frais de Sani Yalo… C’est ainsi que Sani Yalo (qui ne possédait alors que trois camions) fut nommé par Touadéra Président du Président du Conseil d’Administration (PCA) du BARC en août 2016. Une manière de reprendre la main sur le BARC qui était alors entre les mains de proches de Dologuélé en positionnant à sa tête son meilleur ennemi.

 

Mainmise sur le secteur des transports.

 

Rappelons que le BARC qui détient le monopole de la régulation du trafic routier sous-régional et gère notamment la gare terminale routière de Bangui est une manne financière très importante pour le régime en place. Dès 2016, Sani Yalo met en place son réseau de proches pour contrôler le BARC et ses juteuses finances… Il nomme ainsi son frère Ousmane Yalo, chef comptable du bureau du BARC de Douala, son ex-conjointe Awa Kille représentante du BARC à Douala, son parent Mahamat Rabiou chef d’agence du BARC à Beloko, (poste frontière sur l’axe routier entre la RCA et le Cameroun) et créé le poste de Directeur Général Adjoint (poste qui n’a jamais existé auparavant au BARC) pour Emilie Kezza dont il est très proche.

De cette manière, Sani Yalo contrôle tout le circuit du transit routier du port de Douala à Bangui et les finances du BARC qu’il peut maquiller à sa guise à base de fausses factures sous couvert d’une comptabilité maquillée. Le DG du BARC qui devrait normalement être responsable sa gestion n’est en réalité qu’un figurant. Toutes les décisions sont en réalité prises par le PCA dont ce n’est normalement pas le rôle.

En sa qualité de PCA, Sani Yalo est de fait signataire sur les comptes du BARC engageant les dépenses de cet organisme parapublic sans aucun contrôle ni aucune justification contrairement aux procédures en vigueur.  Il profite ainsi à sa guise d’une manne financière massive dans la plus totale opacité.

Depuis 2020, Sani Yalo qui est le nouveau président du Groupement des Transporteurs Centrafricains (GTC) incitant la quasi-totalité des commerçants de Bangui à recourir à ses services par le GTC renforçant ainsi sa mainmise sur le secteur des transports. Sani Yalo exploite au maximum le corridor Bangui Douala. La sécurisation des transports Bangui Garoua-Boulaï effectuée par la Minusca et de Wagner est facturée pour chaque camion à 38.000 FCFA à l’aller et 38.000 FCFA au retour. Il y a 2 convois par semaine (les mardis et jeudis). Etant donné qu’il y a entre 130 à 160 camions par convoi, cette taxe rapporte devrait rapporter au Trésor Public au moins 1 milliard de FCFA par an (environ 1,5M€/an) mais la majorité de cette manne est détournée par Sani Yalo via un système de fausses quittances émises par Jean de Dieu Belleka qui gère sa comptabilité.

 

Traque des opposants et rupture du jeu démocratique par une corruption généralisée.

 

Sani Yalo est à la manœuvre pour financer toutes sortes d’actions contre les adversaires politiques de Touadéra. Nous pouvons citer ici quelques exemples retrouvés lors de notre enquête, mais cette liste n’est évidemment pas exhaustive.

En juin 2017, Sani Yalo mandate le sulfureux Joachim Kokaté pour enregistrer à son insu le président de l’URCA Anicet-Georges Dologuélé dans le but de le piéger et de le pousser à déclarer qu’il accepterait de faire un coup d’Etat, sans que celui-ci ne tombe dans le panneau.

Sani Yalo impulse en coulisses la constitution d’une représentation de la diaspora centrafricaine en France à la légitimité discutée : la « Communauté centrafricaine de France » créée le 4 novembre 2017 à Paris, pour contrôler étroitement les membres de la diaspora en France. Pour cela, il mandate le repris de justice Marwan Guinon Aimard élu à la tête de la « Communauté centrafricaine de France. » Guinon Aimard est alors chargé de surveiller certains éléments centrafricains potentiellement dangereux pour le pouvoir de Bangui.

En 2018, Sani Yalo finance et facilite la destitution de Karim Meckassoua, puis l’élection de Laurent Gon Baba pour lui succéder au poste de Président de l’Assemblée nationale. Sani Yalo soutient en sous-main l’enquête qui le vise en mars 2021 pour sa proximité avec la rébellion Coalition des Patriotes pour les Changement (CPC). Aux élections législatives de 2020-2021, il est encore à la manœuvre pour appuyer la candidature de Alhissen Algoni, son adversaire pour le parti MCU et dépose une requête en destitution devant la Cour constitutionnelle contre Meckassoua qu’il accuse d’avoir participé à la création de la rébellion CPC, procédure qui aboutira à sa destitution et à la perte de son immunité parlementaire.

En août 2019, Sani Yalo pousse à la démission Sabi Mandjo le deuxième secrétaire adjoint du parti politique URCA et appuie Sabi Madjo pour que celui-ci œuvre activement au débauchage d’autres cadres du parti URCA.

En 2022, Sani Yalo lance une cabale (publireportages, insultes sur les réseaux sociaux, soutien à des marches de dénonciation etc.) contre Danièle Darlan la présidente de la Cour Constitutionnelle, mise à la retraite d’office alors qu’elle s’oppose à la modification de la constitution impulsée par le parti présidentiel.

En décembre 2020,  Sani soutient son avocat Mathias Morouba qui est porté à la Présidence de l’Autorité Nationale des Elections (ANE). En sa qualité d’avocat, Morouba a toujours défendu Sani Yalo lorsque celui-ci était en difficulté, notamment lorsqu’il est accusé de complot avec son frère sous Bozizé ou encore dans l’affaire du coup d’Etat manqué en Guinée Équatoriale. C’est lui qui avait d’ailleurs joué les intermédiaires avec son petit frère Ahmed Dada Yalo alors incarcéré au Cameroun en lui demandant de ne pas charger son grand frère Sani.

Le fait que Morouba soit nommé à la tête d’une instance aussi importante que l’ANE montre clairement que le jeu politique est pipé en RCA. Le soir du 4 janvier 2020, lors de la proclamation des résultats des élections présidentielles de 2020, Mathias Morouba commet d’ailleurs une très lourde bourde qui révèle aux yeux de tous les fraudes lors de cette élection : le score du candidat Dologuélé est d’abord annoncé à 31,01% par Mathias Morouba, ce qui porte la somme des scores cumulés à 110%. Il faudra l’intervention du Ministre Henri-Marie Dondra auprès de Mathias Morouba pour quelques temps après la proclamation initiale, le Rapporteur Général ne vienne corriger le score de Dologuélé à 21,01%…

Le score de Touadéra lors de cette élection truquée par des fraudes massives a été largement gonflé tandis que celui de Dologuélé a été diminué pour éviter un second tour qui aurait clairement mis en péril les chances de réélection du sortant… Les négociations ont duré 3 heures pour convaincre les autres membres de l’ANE d’accepter de piquer 10% au candidat Dologuélé pour les rajouter au score de Touadéra et le déclarer vainqueur au premier tour. Les ambassadeurs, la presse et les observateurs étaient déjà installés dans la salle de proclamation et ont rongé leur frein pendant ce temps. L’ambassadrice de l’Union Européenne, Samuela Isopi dont la proximité avec Touadéra était connue de tous, s’était même énervée et avait quitté les lieux. Sani Yalo a finalement investi 350 millions pour obtenir cette position de l’ANE.

Citons aussi le cas des militants du parti MLPC depuis la fin de l’année 2022 menés par l’ancien Premier Vice-Président Jean Edouard Koyambounou et financés par Sani Yalo pour destituer le Président du parti Martin Ziguélé.

 

Affaire du putsch manqué contre Malabo.

 

Le frère de Sani Yalo, Dada Yalo commandant en chef du coup d’état à Malabo

Le 28 décembre 2017, les autorités équato-guinéennes ferment leur frontière avec le Cameroun après l’arrestation par les forces armées camerounaises d’un commando d’une quarantaine d’éléments lourdement armés qui allait passer la frontière pour soutenir un putsch contre Obiang Nguema Mbasogo. Parmi les putschistes se trouve quelques éléments centrafricains dont le petit frère de Sani Ahmed « Dada » Yalo.

En janvier 2018, le ministre de la Sécurité nationale équato-guinéen, Nicolas Obama Nchama est dépêché à Bangui pour complément d’enquête dans cet épineux dossier. En avril 2018, convoqué par la commission spéciale d’enquête mise en place dans ce dossier, le comptable du BARC Igor Rugin Benguéré (aujourd’hui réfugié à Malabo) met en lumière que les fonds pour recruter les mercenaires recrutés en Centrafrique ont transité sur les comptes bancaires du Bureau d’affrètement Routier Centrafricain (BARC) à la Commercial Bank Cameroun (CBC) et Ecobank à Douala au Cameroun. Or, Sani Yalo est signataire en tant que Président du Conseil d’Administration après avoir obtenu pouvoir de signature de la part du contrôleur général des entreprises et offices publics de Arthur Piri, neveu du président Touadéra…

L’enquête démontre que la sœur de Sani Yalo Hawa acoquinée avec deux officiers du contingent Equato-Guinéens lors de ses séjours au motel de Danzoumi des 36 villas a mis en relation les frères Yalo avec les commanditaires de ce putsch. Sani Yalo a rencontré lors de ses déplacements à l’étranger en 2017 le principal instigateur de cette tentative de coup d’Etat Emmanuel Abezo. Sous la responsabilité de Danzoumi, Kiki Yalo procéda au recrutement des Centrafricains ayant participé à cette aventure.

En mai 2018, la Cour de Bata condamne Sani Yalo par contumace et émet un mandat d’arrêt. Malgré cela, Touadéra ne livrera pas son proche conseiller à la justice Équato-Guinéenne. Depuis cette affaire, Sani Yalo ne se déplace plus à l’étranger pour éviter une éventuelle arrestation. Sa seule sortie du territoire centrafricain date du printemps 2021 quand, malade, il est évacué à Kinshasa pour se soigner. Cette sortie exceptionnelle s’explique par sa proximité avec l’agent de renseignements congolais Théo Zambrota et l’ancien conseiller sécurité à la Présidence de RDC François Beya. Aujourd’hui, son petit frère putschiste Ahmed « Dada » Yalo est toujours incarcéré à la prison centrale d’Ebolowa au Cameroun. Sani Yalo l’entretien toujours (ainsi que tous les autres prisonniers) via un financement régulier qu’il envoie par l’intermédiaire de Ousmane Yalo. Sani a trouvé un arrangement avec ses geôliers qui laissent Dada sortir de sa cellule et utiliser son cellulaire. Il est d’ailleurs très souvent connecté sur les réseaux sociaux et téléphone souvent à des amis.

 

Genèse de l’affaire Legder.

 

En septembre 2012, quelques mois après la mort de Mouammar Kadhafi, l’hôtel Ledger Plaza est inauguré par le président François Bozizé, son Premier ministre Touadéra, l’ambassadeur de Libye en RCA et le Directeur général de Laaico Centrafrique. Laaico RCA est la filiale centrafricaine de la Libyan Arab African Investment Co. L’ambassadeur de Lybie qui a joué́ un rôle important dans le financement libyen et la restauration de l’hôtel est alors en bons termes avec Bozizé́, Touadéra et plusieurs ministres influents, dont Fidèle Gouandjika. Cependant, un système de racket des recettes de l’hôtel par les enfants de Bozizé se met rapidement en place.

Le Directeur administratif et financier de Laaico RCA Zeyad Alzarzour Khalifa se rapproche alors de Danzoumi (via Kiki Yalo qui fréquente alors son aide de camp) pour obtenir une protection du Président Bozizé. Danzoumi présente Zeyad à Bozizé avec qui le courant passe bien. Danzoumi protège alors le Ledger et en contrepartie, il y obtient une chambre tandis que Kiki Yalo obtient la sous-traitance de toutes les commandes de boissons pour le compte de l’hôtel depuis Douala.

Le 24 mars 2013, les chefs de la Séléka installent leur QG à l’hôtel Ledger Plaza dès leur arrivée à Bangui et c’est Nourredine Adam qui prend les grandes décisions relatives à l’hôtel Ledger. Au départ de Djotodia en janvier 2014, Danzoumi retrouve progressivement sa place de protecteur de l’hôtel et en juillet 2014, Zeyad est nommé PDG de Laaico RCA. Durant les élections présidentielles de 2015-16, Zeyad mise d’abord sur Dologuélé. Cependant, sentant le vent tourner avant le deuxième tour, il envoie Danzoumi voir Sani Yalo avec une enveloppe de 50 millions de FCFA pour solliciter son soutien. Alors que la guerre civile continue en Libye, les autorités de l’Est et de l’Ouest libyen se disputent le contrôle des établissements de la chaîne Laaico Hotels dont fait partie le Ledger Plaza de Bangui et Zeyad craint d’être remplacé de la tête de Laaico RCA. Si le régime Touadéra accepte de le protéger contre un éventuel remaniement des nouvelles autorités libyennes, Zeyad accepte de soutenir financièrement le régime en place.

Une fois l’accord scellé, il nomme Sani Yalo Président du Conseil d’Administration de Laaico RCA, lui achète un véhicule Mitsubishi Pajero et lui donne 200 millions de FCFA (sur lesquels Sani remet 50 millions de FCFA à Touadéra). Les cadres du régime utilisent alors à leur guise les salles de réunion et chambres de l’hôtel. Pour achever de s’associer à l’influent conseiller Sani Yalo, Zeyad Al-Zarzour verse dès 2017 un montant mensuel de 50 millions de FCFA pour protéger son poste de PDG de la société Laaico RCA, montants versés à Sani Yalo via les sociétés VERTICAL SA et EQUATEUR.

 

L’hôtel Ledger : une manne quasi-illimitée pour Sani Yalo.

 

Hôtel le Ledger Plaza à Bangui

En 2017 et 2018, Hervé Kogboma Yogo (nommé DG de la banque CBCA fin 2017 sur intervention de Sani Yalo), et Mahamat Goni (Directeur du secteur grandes entreprises à la CBCA, chargé de lever des fonds au sein du parti présidentiel MCU, il est en charge de la  gestion de tous les comptes des éléments Wagner en RCA, ainsi que leurs transferts d’argent vers leurs familles), facilitent l’obtention de prêts de la CBCA pour les sociétés VERTICAL SA et EQUATEUR. Grâce aux recettes de l’hôtel, Sani Yalo fait d’importants dépôts sur les comptes bancaires CBCA de ces sociétés par l’intermédiaire de Jean de Dieu Belleka qui gère sa comptabilité et lui sert aussi de prête-nom, ce qui facilite le déblocage d’importants crédits. Sani Yalo qui se sert directement dans les caisses de l’hôtel en fait véritablement sa propriété privée. Ses femmes et lui-même y sont hébergés et il réside dans une chambre qui coûte environ 280.000 FCFA par jour, de 2017 à 2021.

Cette manne du Ledger et des crédits de la CBCA lui permet de mettre sur pied plusieurs entreprises et d’acheter de nombreux terrains (à Ouango, Landja-Mboko, Kami etc.). Grâce à cet argent, il met en place deux petits sites de purification d’eau commercialisée sous la marque « O’Rachida » et dont les bénéfices sont versés sur les comptes de sa société Équateur.

Sani Yalo verse d’ailleurs dans cette eau des potions et du sang humain de sacrifices réalisés pour rendre la population banguissoise qui l’ingurgite docile.

Sani Yalo a aussi installé une brasserie de située à kami vers le mini port de Sao où il a installé les groupes électrogènes dérobés à l’ambassade de Libye. Il a aussi installé une autre usine située derrière le lycée des rapides à Gbangouma qui doit produire tôles, pointes, barres de fer.

A Landja-Mboko, Sani n’hésite pas à faire chasser les autochtones de force avec les militaires sans compensation pour créer un arrondissement et récupérer les terrains de familles entières dans ce secteur où il s’octroie 10 hectares de terrain. Malgré leurs plaintes auprès de Touadéra, ces occupants traditionnels ne seront jamais entendus. Citons aussi la vente illégale de l’immeuble endommagé de 4 étages de l’ONG musulmane AMA situé en face de sa résidence sur l’avenue des martyrs effectuée par Sani Yalo après avoir falsifié les documents de propriété.