Centrafrique : Quand la panique gagne le premier cercle de Touadéra
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
C’est une sortie médiatique qui, loin de blanchir ses protégés, trahit la panique qui secoue les fondations du pouvoir de Bangui. Invité sur les ondes de Freedom Africa Television, Jules Djawé, conseiller camerounais de l’« Empereur-président » Faustin-Archange Touadéra, s’est livré à un plaidoyer maladroit pour voler au secours de Sani Yalo, l’autoproclamé ministre d’État et conseiller spécial de Touadéra, ainsi que de Bida Koyagbélé, ministre délégué aux Grands Travaux, tous deux récemment auditionnés par la justice.
Mais au-delà du vernis de la solidarité politique et du soutien maladroit apporté par ce conseiller camerounais à Sani Yalo et à Bida Koyagbélé, se cache une guerre des clans sans merci. Cette intervention a agi comme un révélateur des fractures béantes, des rancœurs tenaces et des ambitions démesurées qui caractérisent l’entourage présidentiel à l’aube de la 7e République, un régime au bord de l’implosion.
L’arroseur arrosé : le bal des opportunistes et la théorie des « premières heures »
Dans son monologue, Jules Djawé a trahi le fond de sa pensée en utilisant de manière obsessionnelle les pronoms « je » et « nous ». Il a ainsi formulé tout haut ce que le premier cercle du pouvoir murmure tout bas : une hiérarchisation stricte des bénéficiaires et profiteurs du régime.
« Nous, les soutiens de la première heure, ceux du mouvement associatif qui ont porté le président en 2016… », a-t-il martelé en substance.
Par ces mots, Djawé tente d’imposer une ligne de démarcation : les fondateurs du système devraient demeurer les plus proches du pouvoir et, à ce titre, bénéficier d’un statut particulier. À l’inverse, il range dans la catégorie des soutiens de la « dernière heure » tous ceux qui ont rejoint le régime après avoir, à un moment ou à un autre, combattu Faustin-Archange Touadéra.
Dans cette démonstration, il établit lui-même une distinction entre deux catégories. D’une part, les anciens adversaires politiques du chef de l’État, qui l’ont combattu par le débat politique et l’engagement partisan, à l’image d’Aurélien Simplice Zingas ou de Chantal Jean-Édouard Koyambonou. D’autre part, ceux qui l’ont affronté les armes à la main avant d’être intégrés aux institutions à la faveur des différents accords de paix. Parmi eux figurent notamment Arnaud Djoubaye Abazène, actuel ministre d’État chargé de la Justice, ainsi que Hassan Bouba, ancien chef rebelle devenu membre du gouvernement.
Dès lors, en qualifiant l’instigateur de cette procédure judiciaire de « profil rebelle », Jules Djawé oriente inévitablement les regards vers Arnaud Djoubaye Abazène. Et pour cause : en sa qualité de garde des Sceaux et de ministre de la Justice, il est le supérieur hiérarchique du procureur de la République et le seul membre du gouvernement disposant de l’autorité légale pour adresser des instructions au parquet dans le cadre de la politique pénale de l’État.
Mais cette lecture soulève une interrogation majeure. En suggérant qu’Arnaud Djoubaye Abazène serait à l’origine de la procédure visant Sani Yalo et Bida Koyagbélé, Jules Djawé semble oublier que le ministre de la Justice n’agit pas dans un vide politique. Dans un régime aussi centralisé, il paraît difficile d’imaginer l’ouverture d’une procédure judiciaire touchant deux personnalités du premier cercle présidentiel sans que le chef de l’État, Faustin-Archange Touadéra, n’en soit informé ou n’y ait donné son aval. D’ailleurs, Jules Djawé a lui-même affirmé que le président leur avait demandé de répondre à la convocation judiciaire avant son départ pour Brazzaville. Dès lors, pourquoi chercher aujourd’hui à accréditer la thèse d’une initiative isolée du ministre de la Justice ?
Pour certains observateurs, cet aveu tend plutôt à démontrer que Touadéra était parfaitement informé du dossier et qu’il a choisi de ne pas s’y opposer, ce que d’aucuns interprètent comme un lâchage politique de ses deux proches collaborateurs. Une hypothèse qui prend tout son sens lorsqu’on examine les rivalités qui agitent déjà les prétendants au futur poste de vice-président de la République.
La guerre secrète pour la vice-présidence : Abazène contre Sani Yalo
Derrière l’attaque de Jules Djawé contre le « profil rebelle » d’Arnaud Djoubaye Abazène se cache une réalité plus cynique : la bataille déjà engagée pour la future vice-présidence de la République.
L’opinion centrafricaine se souvient encore de la lutte acharnée que se sont livrée Sani Yalo et Arnaud Djoubaye Abazène pour s’emparer de la Primature, notamment lorsque ce dernier assurait l’intérim de Félix Moloua durant une période présentée officiellement comme une indisponibilité pour raisons de santé. Les deux hommes nourrissaient alors l’ambition de succéder au chef du gouvernement.
Cette bataille s’est toutefois soldée par un échec commun. Les deux rivaux ont sous-estimé un paramètre essentiel : l’existence d’un accord politique qui liait Félix Moloua, Faustin-Archange Touadéra et les présidents des institutions, accord qui prévoyait le maintien de Moloua à la Primature en contrepartie du passage de la nouvelle Constitution.
Ayant vu leurs ambitions contrariées, Sani Yalo et Arnaud Djoubaye Abazène semblent désormais tourner leurs regards vers une autre fonction appelée à devenir stratégique : la future vice-présidence de la République.
Dans cette perspective, les auditions judiciaires visant Sani Yalo et Bida Koyagbélé sont interprétées, au sein du clan Yalo, comme une manœuvre destinée à affaiblir un concurrent potentiel. Le réquisitoire de Jules Djawé contre le « profil rebelle » prend alors une tout autre signification. Il ne s’agit plus seulement de défendre deux proches du régime, mais également de délégitimer un adversaire dans la course au futur partage du pouvoir.
Le message est limpide : Arnaud Djoubaye Abazène serait un homme arrivé au sommet de l’État grâce aux accords de paix et non par le combat politique traditionnel. Aux yeux de Djawé et de ceux qui partagent sa lecture, la vice-présidence devrait revenir à ceux qui ont soutenu Touadéra dès l’origine et qui ont mené leur combat dans l’arène politique, « par la parole et par la bouche », plutôt qu’à ceux qui l’ont autrefois affronté les armes à la main avant de rejoindre les institutions républicaines.
Reste que, dans sa précipitation à défendre son champion et à discréditer ses adversaires, Jules Djawé commet une erreur plus grossière encore : confondre une simple audition avec un non-lieu.
Crier victoire trop tôt : L’ignorance des procédures judiciaires
Jules Djawé et son mentor Sani Yalo affichent en effet un triomphalisme pour le moins prématuré, sous prétexte que les deux ministres sont ressortis libres à l’issue de leur audition, allant jusqu’à dénoncer un prétendu complot orchestré par des « liveurs » de l’opposition. Une lecture qui traduit une méconnaissance manifeste des rouages de la procédure judiciaire. Ce que le conseiller camerounais présente comme la « fin de la cabale » ne constitue en réalité que le début d’une enquête préliminaire, à ce stade pleinement légitime.
Plus grave encore, certaines affirmations de Jules Djawé s’écartent des faits établis pour entretenir une version contestable de l’affaire. L’enregistrement à l’origine de la procédure n’est pas un simple « live » Facebook d’opposants en exil, mais une fuite d’échanges privés sur WhatsApp, intervenus entre deux proches de l’ancien président de l’Assemblée nationale Karim Meckassoua, ensuite relayés sur les réseaux sociaux. Une diffusion qui, indépendamment des interprétations politiques, soulève des questions sérieuses nécessitant un examen judiciaire rigoureux, loin des lectures partisanes.
Dans ce contexte, la volonté de clore prématurément le dossier relève davantage de la communication politique que de l’analyse juridique. Les faits, eux, continuent leur chemin, indépendamment des déclarations de circonstance selon un magistrat interrogé par la rédaction de CNC.
Derrière ce zèle de circonstance à défendre Sani Yalo, un soutien que Jules Djawé peine d’ailleurs à justifier par une véritable proximité, se dessine une autre réalité : celle d’une dette personnelle ancienne, que certains n’ont pas oubliée.
Sani Yalo : le « serpent à deux têtes » et la dette de Djawé
Le zèle de Jules Djawé s’explique aussi par une dette de gratitude. Tout Bangui se souvient de l’époque où Djawé s’était violemment opposé à Wilfried Sebiro, ancien conseiller en communication de Touadéra, lors d’une altercation physique digne d’un film d’action. Sani Yalo serait alors intervenu en sa faveur, allant jusqu’à obtenir le limogeage de Sebiro. Aujourd’hui, le conseiller renvoie l’ascenseur, malgré une proximité relativement récente avec Sani Yalo, qu’il n’aurait véritablement côtoyé qu’à partir de 2018.
Mais peut-on décemment blanchir Sani Yalo, ce personnage décrit par plusieurs analystes comme un « serpent à deux têtes » ? L’homme a bâti sa fortune et son influence sur des réseaux opaques et des accointances controversées.
Dès lors, Djawé gagnerait à poser les véritables questions à celui qu’il défend avec tant d’ardeur :
- Quel était son intérêt dans une tentative de coup d’État en Guinée équatoriale ?
- Pourquoi fuit-il la justice de Malabo, qui a émis contre lui un mandat d’arrêt international assorti d’une lourde condamnation ?
Cette défense bancale ne relève donc pas seulement du hasard ou de la loyauté personnelle : elle participe en réalité à la structuration d’un bloc des « soutiens de la première heure », opposé à un front émergent des « Gbaka-Mandja » né des tensions provoquées par cette affaire.
Le bloc des « Gbaka-Mandja » face aux règlements de comptes
Habitué à instrumentaliser la justice via Arnaud Djoubaye Abazène pour neutraliser ses adversaires politiques, le pouvoir semble aujourd’hui confronté à un effet boomerang qui menace son propre noyau dur. En réaction, un front commun qualifié de « Gbaka-Mandja » s’est constitué.
Fatigués d’être régulièrement qualifiés d’ « ingrats » par un système devenu, selon eux, le champion des loyautés opportunistes, ces acteurs politiques ont choisi de faire bloc pour contenir l’influence et les ambitions de Sani Yalo.
Désormais, un véritable « club d’intérêts » tente d’ériger des barrières pour empêcher la justice de suivre son cours normal, alors même que Faustin-Archange Touadéra affirme vouloir en faire l’un des piliers de sa 7e République.
Dans ce climat de règlements de comptes, de divisions ouvertes au sein du camp présidentiel et d’ambitions concurrentes exacerbées, l’ « Empereur-président » qui est un mathématicien se retrouve face à une équation de plus en plus complexe.
La fin de règne s’annonce, à bien des égards, électrique.
Affaire à suivre.
Par Gisèle MOLOMA
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![Après la chute d’Am-Dafok, Bangui relance le récit anti-français pour détourner l’attention des centrafricains sur la débâcle des mercenaires russes Les mercenaires russes du groupe Wagner en débandade à Am-Dafock face à l'offensive des rebelles centrafricains Rédigé le [date_cnc] . Par : la rédaction de , Analysant la mise au point de la MINUSCA, Fari Tahéruka Shabazz démontre comment l'organisation onusienne confirme implicitement la déroute des mercenaires russes de Wagner à Am-Dafock. Les derniers développements militaires dans la préfecture de la Vakaga, plus précisément dans la localité frontalière d'Am-Dafock, viennent démentir de manière catégorique la communication officielle de Bangui, une réalité que Fari Tahéruka Shabazz met en évidence en s'appuyant sur les données du terrain. Alors que les canaux gouvernementaux tentaient d'attribuer l'assaut à des éléments terroristes étrangers ou à des contingents venus du Soudan et du Tchad, le rapport de la mission onusienne rétablit les faits : ce sont exclusivement des groupes armés nationaux, notamment des combattants affiliés au Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique et au Mouvement démocratique pour le rassemblement du peuple centrafricain, qui ont mené cette opération d'envergure. Cette précision factuelle de l'organisation internationale détruit la rhétorique du pouvoir qui cherche continuellement à externaliser les causes de l'instabilité intérieure. La réalité du terrain montre une offensive purement centrafricaine qui a mis en déroute les forces de l'armée nationale et leurs alliés russes. Les mercenaires du groupe Wagner, présentés depuis des mois comme le bouclier infaillible du régime, ont abandonné leurs positions ou ont été incapables de contenir la poussée des insurgés, fuyant la zone des combats et laissant la population civile sans défense. Le bilan humain communiqué par les Nations Unies apporte un autre démenti aux rumeurs propagées ces dernières heures. Contrairement aux allégations faisant état de la mort d'un casque bleu zambien, la direction de la mission précise que trois soldats de la paix ont été blessés, dont un grièvement, lors d'une patrouille de protection. De plus, la MINUSCA rectifie la nature de l'incident en précisant qu'il s'agissait de tirs dirigés vers sa base opérationnelle temporaire, et non d'une prise d'assaut de ses installations par les forces de l'opposition armée. L'aspect le plus instructif de cette mise au point réside dans l'injonction faite au gouvernement centrafricain. En exigeant explicitement de Bangui qu'il déploie tous les moyens nécessaires pour garantir la protection et l'assistance humanitaire aux populations civiles d'Am-Dafock, la communauté internationale souligne le vide sécuritaire actuel. Cette demande formelle indique clairement que l'État ne contrôle plus cette localité stratégique et que la prétendue reprise de contrôle par les forces régulières et leurs partenaires bilatéraux est une contrevérité. Enfin, l'absence totale de mention des forces de Wagner dans la déclaration officielle de la mission onusienne constitue un choix politique lourd de sens. En choisissant d'ignorer la présence ou la fuite de ces combattants privés, l'organisation refuse de leur accorder la moindre légitimité juridique ou opérationnelle. Pour l'institution internationale, la sécurité régalienne incombe uniquement à l'État centrafricain, et la déroute des forces russes n'est pas un sujet de négociation ni de pitié officielle. Bangui se retrouve ainsi renvoyé à ses propres responsabilités constitutionnelles, démuni de son argumentaire habituel et privé de l'efficacité supposée de ses protecteurs privés, alors même que la situation des populations exige des mesures d'urgence immédiates. Par Ibrahim Moussa Rejoignez notre communauté Chaine officielle du CNC Invitation à suivre la chaine du CNC 3 CNC groupe 4 CNC groupe le Soleil Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC Abonnez-vous à notre chaine YouTube : Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65 Email : Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org](https://corbeaunews-centrafrique.org/wp-content/uploads/2026/07/les-rebelles-qui-patrouillent-la-ville-d-amdafok-a-60km-de-birao-218x150.webp)

