« Ils ont été pris la main dans la poche » : quand le chef milicien Héritier Doneng invente le flagrant délit de conférence de presse

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C’est une formule qui restera. Interrogé sur les circonstances exactes de l’arrestation de Steve Bendondeni, l’activiste de la société civile cueilli à son domicile aux aurores, le ministre Héritier Doneng a lâché, sans même la honte de sa vie: les leaders auraient été « pris la main dans la poche au niveau du centre saint jean 23. Une expression pour le moins insolite, qui a fait bondir plus d’un observateur dans le studio de Radio Ndekelouka.

 

Un flagrant délit qui interroge

 

La scène mérite d’être reconstituée. Jeudi dernier, Steve Bendondeni est interpellé à 4 heures du matin à son domicile, selon le récit de son épouse Farida, par des policiers venus avec deux pick-up, sans mandat d’amener ni convocation. Quelques heures plus tard, Élysée Nguemalé et Quentin Guando sont eux aussi cueillis par les forces de l’ordre, juste avant la conférence de presse qu’ils devaient tenir pour dénoncer la vie chère et la hausse du prix du carburant.

 

« Ils ont été pris la main dans la poche » : quand le chef milicien Héritier Doneng invente le flagrant délit de conférence de presse
Heritier Doneng un des chefs de la milice du pouvoir les Requins devenu ministre de la Jeunesse et d

 

Mais pour le ministre chef milicien Héritier Doneng, point de contradiction : il s’agirait d’un flagrant délit. « Ils ont été pris la main dans la poche au niveau du centre Saint-Jean 23. C’est une opération de police. La police centrafricaine, qui a ce pouvoir de garantir les libertés, veille au bien-être de la population, a constaté qu’il y a eu un mouvement massé au niveau du centre 131-23. Et la police est intervenue », a-t-il affirmé, comme si la démonstration allait de soi.

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La question qui fâche

 

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Face à cette explication, le contradicteur du jour, Paul Crescent Bininga, n’a pas manqué de relever l’absurdité de la situation. « Non, c’était une conférence de presse », a-t-il lancé, rappelant que les intéressés s’apprêtaient simplement à s’exprimer devant les médias. Une précision qui n’a visiblement pas ébranlé le chef milicien, lequel a rétorqué : « Une conférence de presse organisée par quelle organisation ? Des organisations qui ne sont pas reconnues par la loi. »

 

Autrement dit, pour Héritier Doneng, tenir une conférence de presse sans agrément en règle constituerait en soi un délit une lecture pour le moins audacieuse du droit centrafricain, que le porte-parole du GTSC s’est empressé de contester. « À quel moment le législateur centrafricain dit-il qu’il faut avoir une organisation pour prendre la parole ? En quoi est-ce que c’est une infraction ? N’allez pas inventer les choses qui n’existent pas. Un individu peut être un leader d’opinion sans appartenir à une organisation », a-t-il riposté.

 

Le domicile, nouveau théâtre du flagrant délit ?

 

L’épouse de Steve Bendondeni, Farida, a de son côté livré un récit qui fragilise sérieusement la version ministérielle. « Les policiers sont venus avec deux pick-up, l’ont arrêté sans un mandat d’amener, ils l’ont arrêté sans une convocation, ils l’ont amené sans avoir de réponse », a-t-elle témoigné au micro de la radio. « Il n’a pas mangé, on l’a amené. Nous sommes d’une convocation, nous sommes d’un mandat d’amener et puis on arrête quelqu’un sans nous dire qu’il y a quelque chose. C’est quoi la raison ? »

 

Difficile, dans ces conditions, de parler de flagrant délit. À moins de considérer que préparer une conférence de presse à son domicile, à 4 heures du matin, constitue une atteinte à l’ordre public. C’est pourtant bien la démonstration pour le moins bancale qu’a tentée le ministre, en évoquant pêle-mêle un « mouvement massé au niveau du centre 131-23 », des organisations « non reconnues par la loi » et un appel à la « désobéissance civile » réprimé par les articles 282, 292 et 295 du code pénal.

 

« Ils ont été pris la main dans la poche » : anatomie d’une maladresse

 

La formule du ministre fera date, non pas pour sa rigueur juridique, mais pour ce qu’elle révèle : la difficulté de l’exécutif à justifier une interpellation qui, de l’aveu même du procureur de la République selon la société civile, n’a pas été ordonnée par le parquet. « Le procureur n’a pas délivré un mandat d’amener. Le procureur n’a pas ordonné l’arrestation de nos collègues », avait rappelé Paul Crescent Bininga dès l’ouverture du débat.

 

Alors, « la main dans la poche » ? L’image est d’autant plus savoureuse que Steve Bendondeni, lui, n’a pas été « pris » en flagrant délit de quoi que ce soit : il a été arrêté chez lui, de nuit, sans document officiel, et sa famille a passé la nuit dans un flou total avant d’apprendre, le vendredi matin, qu’il était enfermé au commissariat central. Pour le ministre, il s’agissait ni plus ni moins que d’une « opération de police » visant des individus « en train d’appeler à la sédition ».

Les forces de l’ordre ont interpellé Steve Bendondeni et ses collègues à leur domicile avant une conférence de presse sur le carburant, provoquant la vive contestation de Paul Crescent Bininga face aux explications du gouvernement.

 

Reste une question, que ni la formule ni les citations d’articles pénaux ne parviennent à dissiper : depuis quand préparer une conférence de presse, fût-elle organisée par des structures non agréées, constitue-t-elle un flagrant délit justifiant une interpellation nocturne ? À moins que, dans la novlangue gouvernementale, « prendre la main dans la poche » ne signifie simplement « faire taire avant qu’ils ne parlent ».

 

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Fiche auteur : Alain NziloFonction Fondateur et directeur de publication de Corbeau News Centrafrique Journaliste d’investigationIdentité Journaliste centrafricain, né à Bangui. Créateur du groupe média Corbeau News Centrafrique, lancé en 2014.Formation Master en management des médias, École supérieure d’Action et de recherche commerciale, France Maîtrise en communication et médias, Université de Sherbrooke, Québec, Canada Doctorat en administration des affaires, option communication et médias, Université du Québec à Trois-Rivières, CanadaSpécialités Enquêtes d’investigation Analyses politiques africaines Crises sécuritaires en Centrafrique Politiques économiques africainesDescription Alain Nzilo est un journaliste spécialisé dans l’investigation et l’analyse politique. Son média, Corbeau News Centrafrique, est reconnu pour ses enquêtes sur les crises sécuritaires et les enjeux politiques du pays. Il est régulièrement cité par des institutions internationales comme source indépendante.Adresse professionnelle Corbeau News Centrafrique BP 1500, Bangui, République centrafricaine Téléphone : +236 75 72 18 21 Email : alainnzilo@gmail.com