Centrafrique : l’AJDC redoute une vague d’arrestations contre les leaders de l’opposition après les accusations de coup d’État du ministre de l’Intérieur

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L’Association Action Justice et Droit en Centrafrique (AJDC) a dénoncé les accusations de déstabilisation formulées par le ministre de l’Intérieur, Bienvenue Zokoué, contre des responsables de la société civile arrêtés le 15 octobre 2026. Dans un communiqué, l’organisation craint que ces accusations servent à préparer de nouvelles arrestations visant plusieurs dirigeants de l’opposition.

 

Les déclarations du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Bienvenue Zokoué, diffusées dimanche 18 octobre 2026 sur la télévision nationale, provoquent une nouvelle réaction dans les milieux de défense des droits humains. L’Association Action Justice et Droit en Centrafrique (AJDC), présidée par Kévin Momegou Sambia, conteste les accusations portées contre les responsables de la société civile interpellés trois jours auparavant à Bangui.

Centrafrique : l’AJDC redoute une vague d’arrestations contre les leaders de l’opposition après les accusations de coup d’État du ministre de l’Intérieur
3 leaders du BRDC, à gauche M. Anicet Georges DOLOGUÉLÉ président du parti URCA, au milieu M. Martin ZIGUELÉ président du parti MLPC et à droite M. Mahamat KAMOUN président du BTK lors de la conférence de presse du jeudi 25 septembre 2025 au siège du BRDC. Photo CNC

 

Dans son communiqué, l’organisation reproche au ministre d’avoir publiquement associé ces arrestations à un projet de déstabilisation des institutions, sans présenter les éléments matériels permettant de soutenir une accusation aussi grave.

 

Selon l’AJDC, Bienvenue Zokoué a affirmé, au nom du gouvernement, que les personnes arrêtées le 15 octobre participaient à la préparation d’une opération destinée à déstabiliser le pays. Le ministre aurait également évoqué la complicité de personnalités politiques dont il n’a pas communiqué les identités.

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Il aurait assuré disposer de preuves, sans les rendre publiques lors de son intervention.

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Pour l’association, ces déclarations posent un problème concernant la présomption d’innocence et le respect des procédures judiciaires. Elle estime qu’une accusation de tentative de coup d’État ne peut reposer uniquement sur des déclarations politiques.

 

Dologuélé, Ziguélé, Mboli-Goumba et Tiangaye : quatre responsables politiques cités par l’AJDC

 

L’une des principales inquiétudes exprimées par l’AJDC concerne les conséquences possibles des déclarations ministérielles sur les responsables des partis politiques de l’opposition.

 

L’organisation redoute que les accusations visant les acteurs de la société civile soient progressivement étendues à des personnalités politiques critiques envers le gouvernement.

 

Elle cite expressément Anicet Georges Dologuélé, président de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA), ainsi que trois responsables du Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC).

 

Il s’agit de Martin Ziguélé, président du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), de maître Crépin Mboli-Goumba, président du parti PATRIE, et de maître Nicolas Tiangaye, président de la Convention républicaine pour le progrès social (CRPS).

 

Ces quatre personnalités ne sont pas présentées dans le communiqué comme ayant été officiellement mises en cause par la justice. L’AJDC les mentionne comme des responsables susceptibles, selon ses craintes, d’être visés par une éventuelle extension des poursuites.

 

L’association s’interroge sur la possibilité que les accusations de déstabilisation constituent un préalable à de nouvelles opérations policières contre l’opposition.

 

Cette inquiétude intervient alors que le ministre, d’après le communiqué, a évoqué des complicités politiques sans donner de noms. L’absence d’identification des personnes concernées entretient, selon l’AJDC, un climat d’incertitude parmi les responsables politiques.

 

Des revendications sur le carburant transformées en accusations de déstabilisation

 

L’AJDC rappelle que les mobilisations à l’origine de cette affaire concernaient principalement la hausse des prix des carburants et la cherté de la vie.

 

Les responsables de la société civile réclamaient des réponses aux difficultés économiques rencontrées par la population. Ces revendications avaient notamment conduit à l’organisation d’une opération de ville morte.

 

Pour l’association, il existe une différence fondamentale entre une mobilisation sociale contestant la politique économique du gouvernement et une entreprise visant à renverser les institutions.

 

Elle considère que les autorités doivent établir précisément les faits permettant de passer d’une qualification à l’autre.

 

Le communiqué mentionne notamment Quentin Claver Ngbouando, Élysée Nguémalé et Stève Francis Bendo Ndeny, parmi les acteurs concernés par les événements du 15 octobre.

 

L’AJDC défend la légitimité de leurs revendications et soutient qu’ils ont exercé des droits reconnus par la Constitution du 30 août 2023. Elle conteste toute assimilation automatique de leur engagement à une activité insurrectionnelle.

 

L’organisation insiste sur le caractère social des demandes initiales. Selon elle, la contestation des prix des produits pétroliers ou des conditions de vie ne saurait constituer, à elle seule, un indice de préparation d’un coup d’État.

 

L’AJDC exige des preuves et une enquête impartiale

 

Au-delà de la dimension politique, le communiqué insiste sur les obligations des autorités lorsqu’elles formulent des accusations pénales.

 

L’AJDC réclame des éléments matériels vérifiables, une enquête impartiale et le respect des droits de la défense.

 

Elle rappelle qu’une personne soupçonnée d’une infraction bénéficie de la présomption d’innocence tant que sa culpabilité n’a pas été légalement établie.

 

L’association demande ainsi que les accusations soient examinées dans un cadre judiciaire, avec des garanties permettant aux personnes mises en cause de connaître les faits qui leur sont reprochés et de présenter leur défense.

 

« La gravité d’une accusation ne dispense jamais ceux qui la formulent d’en apporter les preuves », affirme l’organisation.

 

Cette position vise directement les déclarations du ministre Bienvenue Zokoué, qui, selon le communiqué, assure détenir des preuves sans en avoir présenté le contenu au public.

 

L’AJDC ne prétend pas connaître les éléments éventuellement détenus par les services de sécurité. Elle demande que leur existence et leur pertinence soient appréciées conformément aux procédures légales.

 

La question est d’autant plus importante que les accusations de complot contre les institutions peuvent entraîner de lourdes conséquences judiciaires pour les personnes concernées.

 

La crainte d’une criminalisation des manifestations sociales

 

L’association s’inquiète également des conséquences de cette affaire sur l’exercice des libertés publiques en République centrafricaine.

Le ministre de l’Intérieur a formulé ces accusations contre la société civile, assimilant à tort une tentative de coup d’État les mobilisations sociales contre la vie chère.

 

Elle pose deux questions directement liées aux accusations gouvernementales : toute contestation sociale pourrait-elle désormais être considérée comme une tentative de déstabilisation ? Des citoyens exprimant pacifiquement leur désaccord avec les autorités risqueraient-ils d’être soupçonnés de complot contre l’État ?

 

Pour l’AJDC, la liberté d’expression, le droit de critiquer le gouvernement et la participation aux activités politiques ne peuvent être assimilés à des infractions pénales en l’absence de faits précis.

 

Elle estime qu’une telle interprétation risquerait de décourager les mobilisations citoyennes et de fragiliser les droits reconnus aux organisations de la société civile.

 

L’association appelle particulièrement à la vigilance face à une éventuelle utilisation des accusations de coup d’État pour intimider les opposants ou justifier de nouvelles arrestations.

 

Elle demande que les responsables politiques ne soient pas désignés comme des ennemis de la République en raison de leurs opinions, de leurs engagements ou de leur appartenance à un parti.

 

Un avertissement adressé aux autorités centrafricaines

 

Dans la dernière partie de son communiqué, l’AJDC adresse une mise en garde au gouvernement contre toute utilisation politique des procédures judiciaires.

 

Elle considère que les institutions chargées de faire respecter la loi doivent pouvoir agir sans devenir des instruments de règlement des différends politiques.

 

« La lutte contre un éventuel complot ne saurait devenir un instrument de répression de la dissidence et la sécurité de l’État ne doit jamais servir de prétexte à l’étouffement des libertés », écrit l’association.

 

L’organisation appelle les autorités à privilégier le respect des garanties judiciaires, le dialogue politique et les réponses aux difficultés économiques de la population.

 

Elle estime que les revendications concernant le coût de la vie méritent des réponses concrètes et ne doivent pas être écartées au seul motif que leurs auteurs contestent l’action gouvernementale.

 

Pour son président, Kévin Momegou Sambia, la protection des institutions et le respect des libertés fondamentales ne sont pas incompatibles. Les autorités peuvent enquêter sur d’éventuelles infractions, mais les poursuites doivent reposer sur des faits établis et non sur les seules positions politiques des personnes concernées.

 

L’AJDC annonce qu’elle restera attentive à l’évolution du dossier et qu’elle poursuivra ses interventions en faveur des droits fondamentaux des citoyens, indépendamment de leurs affiliations politiques.

 

À ce stade, le communiqué ne fait état d’aucune procédure judiciaire officiellement engagée contre Anicet Georges Dologuélé, Martin Ziguélé, Crépin Mboli-Goumba ou Nicolas Tiangaye dans le cadre des accusations évoquées par le ministre de l’Intérieur. Les craintes formulées par l’association portent donc sur d’éventuelles arrestations futures, et non sur des poursuites déjà établies contre ces quatre responsables.

 

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