
Un don de matériel offert par Priska Mamadou aux étudiants de la faculté des lettres de Bangui disparaît puis réapparaît sur le marché de la revente. Harol Beranger Toufeina, cousin du doyen Jean-Claude Azoumaye, est directement mis en cause.

Un geste de campagne transformé en marchandise
Priska Mamadou, épouse du chef d’état-major et candidate aux élections législatives du 28 décembre dernier dans le premier arrondissement, offre un don important à la faculté des lettres et sciences humaines. Photocopieurs, fournitures de bureau, rames de papier et chemises cartonnées composent cette livraison, destinée à soulager les besoins matériels de l’établissement.
Ce matériel devait profiter directement aux étudiants et au personnel administratif. Son sort prend pourtant une tout autre direction dès son arrivée sur le campus.
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Toufeina met la main sur la cargaison
Harol Beranger Toufeina, alors en poste au service de scolarité grâce à son cousin le doyen Azoumaye, s’empare de la totalité du don. Il revend rapidement l’ensemble du matériel : photocopieurs, rames de papier, papier bristol transparent, chemises et sous-chemises cartonnées. Rien de ce don n’atteint finalement les étudiants pour lesquels il était destiné.
Cette opération s’ajoute à une liste déjà longue d’agissements attribués à Toufeina depuis sa nomination au sein de l’administration facultaire.
Une affaire remontée jusqu’au doyen, sans conséquence
L’affaire du détournement parvient jusqu’au bureau du doyen Azoumaye. Aucune sanction n’est prise contre son cousin. Cette absence de réaction s’inscrit dans un schéma récurrent, documenté par Corbeau News Centrafrique depuis l’année dernière : chaque fois qu’un scandale implique Toufeina, le doyen ferme les yeux et laisse l’affaire sans suite.
Rappel des faits : un système ancien de connivence familiale
Les clés de l’administration entre les mains d’un étudiant
Bien avant son passage au service de scolarité, Toufeina détenait déjà les clés des salles de classe et de l’administration de la faculté. Cette responsabilité, normalement réservée à l’appariteur officiel, restait concentrée entre ses seules mains. Un épisode survenu en mai 2025 illustre les conséquences de cette organisation. Les clés, confiées à un autre étudiant nommé Bourève, avaient disparu pendant plusieurs jours et privé les étudiants de deux journées complètes de cours.
L’intérim du secrétariat et les disparitions d’argent
Pendant le congé du secrétaire permanent de la faculté, le doyen Azoumaye avait choisi Toufeina pour assurer l’intérim, plutôt qu’un autre membre qualifié du personnel. Des disparitions d’argent avaient été constatées au retour du secrétaire permanent. Ces faits étaient restés sans suite judiciaire ni administrative.
Le système de faux bordereaux bancaires
Plus récemment, Toufeina avait mis en place un système de faux bordereaux imitant le cachet de la banque BGFI pour détourner l’argent des pénalités d’inscription des étudiants. La découverte de cette fraude par le chef du service de scolarité avait provoqué sa fuite immédiate vers une destination inconnue.
Le chantage aux téléphones pendant les examens
Toufeina collectait systématiquement les téléphones des étudiants pendant les périodes d’examen. Il remettait ensuite ces appareils au chef du département d’anthropologie, lequel réclamait de l’argent aux étudiants pour leur restitution, entre 2 000 et 5 000 francs CFA selon le modèle du téléphone.
Le trafic de notes et les passages sans examen
Un étudiant nommé Johan avait accédé à une classe supérieure sans avoir composé aucun examen, grâce à l’intervention de Toufeina auprès de l’équipe de saisie des résultats. Ce type de manipulation touchait plusieurs étudiants, moyennant paiement.
L’intervention du président Touadéra sur un doyen impliqué dans des malversations
L’année dernière, le président Faustin-Archange Touadéra, qui enseigne également à l’université, s’était rendu à la faculté pour une visite protocolaire. À son arrivée, il avait directement interpellé un doyen au sujet de l’argent réclamé aux doctorants pour leurs dossiers. Le président avait alors ordonné le remboursement immédiat de tous les étudiants concernés, dans une ambiance de tension visible devant l’ensemble du personnel présent ce jour-là.
Cet épisode rappelle que les pratiques dénoncées aujourd’hui autour de Toufeina et du doyen Azoumaye s’inscrivent dans un climat déjà connu des autorités universitaires les plus hautes.
Une faculté toujours sans réponse institutionnelle
Le rectorat de l’université de Bangui reste informé de la situation depuis plusieurs mois. Aucune mesure concrète n’a pourtant été annoncée à ce jour. Les étudiants de la faculté des lettres et sciences humaines continuent de subir les conséquences de cette gestion, marquée par les liens familiaux entre le doyen Azoumaye et son cousin Harol Beranger Toufeina…
Par Alain Nzilo
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