Martin Ziguélé : plus de 60 ans après les indépendances, dès que la lettre de félicitations de l’Élysée tombe, le problème des élections est bouclé

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Martin Ziguélé : plus de 60 ans après les indépendances, dès que la lettre de félicitations de l’Élysée tombe, le problème des élections est bouclé

 

Martin Ziguélé : plus de 60 ans après les indépendances, dès que la lettre de félicitations de l’Élysée tombe, le problème des élections est bouclé
Le-President-Français-Emmanuel-Macron-et-son-homologue-Centrafricain-Faustin-archange-Touadéra-à-l’Élysée-le-25-septembre-2017. – Polémique autour de nombreux voyage de Touadera à l’étranger.

 

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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC  

 L’ancien Premier ministre centrafricain Martin Ziguélé critique l’influence exercée, selon lui, par les puissances étrangères sur les élections en Afrique francophone. Invité de l’émission L’Arbre à Palabre sur la DW, il estime que la reconnaissance extérieure d’un pouvoir peut parfois peser davantage que la contestation exprimée dans les urnes.

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Plus de 60 ans après les indépendances, les États africains disposent officiellement d’institutions électorales, de constitutions et de mécanismes destinés à organiser la désignation des dirigeants. Pour Martin Ziguélé, la question de la souveraineté politique ne peut pourtant pas être séparée de la manière dont les résultats des élections sont reconnus à l’intérieur et à l’extérieur des frontières.

 

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Selon lui, une élection peut être contestée par une partie importante de la population, donner lieu à des manifestations ou provoquer des tensions politiques. Mais lorsque les principales puissances étrangères reconnaissent rapidement le vainqueur, la contestation perd souvent une grande partie de sa portée diplomatique.

 

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Quand la reconnaissance extérieure intervient après une élection

 

Martin Ziguélé s’attarde notamment sur les messages de félicitations adressés par les dirigeants étrangers aux présidents déclarés vainqueurs d’une élection.

 

Pour lui, ces messages ne constituent pas de simples gestes protocolaires. Dans un contexte de contestation électorale, ils peuvent être perçus comme un signal politique indiquant que le résultat est désormais considéré comme acquis par les partenaires internationaux.

 

La formule qu’il emploie est directe : « dès que la lettre de félicitations de l’Élysée tombe, le problème est bouclé ».

 

Cette affirmation résume sa critique du poids de la diplomatie française dans les crises électorales africaines. Selon lui, la reconnaissance politique accordée depuis Paris peut contribuer à clore rapidement un débat sur la légitimité d’un scrutin, même lorsque les résultats sont contestés à l’intérieur du pays.

 

Les élections au cœur de la souveraineté

 

Pour l’ancien Premier ministre centrafricain, l’élection constitue pourtant l’un des principaux mécanismes par lesquels un peuple exerce sa souveraineté.

 

Le principe est simple : les citoyens votent, les institutions électorales procèdent au dépouillement et les résultats sont proclamés selon les règles prévues par la loi. Lorsqu’un candidat ou un parti conteste ces résultats, les mécanismes de recours prévus par la Constitution et la législation électorale doivent permettre de trancher le différend.

 

Le problème apparaît lorsque la contestation dépasse les institutions nationales et devient une crise politique majeure.

 

Dans ces circonstances, la position des gouvernements étrangers, des organisations régionales et des partenaires internationaux peut avoir une influence considérable sur l’issue de la crise.

 

La France comme acteur diplomatique majeur

 

La France conserve une influence importante en Afrique francophone en raison de ses liens historiques, politiques, économiques et diplomatiques avec de nombreux États du continent.

 

Cette influence s’exprime également lors des périodes électorales. Les déclarations de Paris sont attentivement observées par les gouvernements, les oppositions et les acteurs de la société civile.

 

Pour Martin Ziguélé, cette situation crée un paradoxe. Les élections sont organisées par des institutions nationales, les électeurs sont africains et les candidats sont issus de la vie politique locale. Mais la reconnaissance internationale du résultat peut dépendre fortement de la position adoptée par les principales puissances étrangères.

 

Il considère que cette situation affaiblit la capacité des institutions nationales à arbitrer seules les crises électorales.

 

Une élection contestée ne se résume pas à une lettre diplomatique

 

La reconnaissance internationale d’un résultat électoral ne suffit pourtant pas, à elle seule, à établir la régularité d’un scrutin.

 

Une élection peut être examinée à partir de plusieurs critères : participation des électeurs, accès équitable aux médias, transparence du dépouillement, observation électorale, fonctionnement des commissions électorales, traitement des recours et respect des libertés publiques.

 

Lorsque des contestations apparaissent, les institutions judiciaires et électorales nationales sont censées permettre de les traiter.

 

Pour Martin Ziguélé, la difficulté survient lorsque ces mécanismes sont fragilisés ou lorsque les acteurs politiques considèrent que les décisions internationales ont déjà tranché le débat avant même que les recours nationaux n’aboutissent.

 

Le poids politique des félicitations

 

Une lettre de félicitations adressée à un chef d’État nouvellement proclamé élu peut avoir plusieurs significations diplomatiques. Elle peut confirmer la volonté d’un pays étranger de maintenir ses relations avec le pouvoir en place. Elle peut également être interprétée comme une reconnaissance politique du résultat du scrutin.

 

Dans une période de crise, ce geste peut modifier le rapport de force entre le pouvoir et l’opposition.

 

Le président proclamé peut s’appuyer sur cette reconnaissance pour affirmer que son élection est désormais reconnue par la communauté internationale. L’opposition, de son côté, peut considérer que les partenaires étrangers ont choisi de privilégier la stabilité des relations avec le pouvoir au détriment de ses revendications.

 

C’est cette dynamique que Martin Ziguélé dénonce lorsqu’il parle d’une souveraineté politique incomplète.

 

La stabilité contre la contestation électorale

 

Les partenaires étrangers cherchent souvent à éviter qu’une crise électorale dégénère en affrontements, en coup d’État ou en conflit armé. La stabilité politique constitue donc un objectif important dans leurs relations avec les États africains.

 

Cette recherche de stabilité peut conduire à une reconnaissance rapide du pouvoir déclaré vainqueur, surtout lorsqu’une alternance institutionnelle paraît incertaine ou que la contestation risque de provoquer une crise plus profonde.

 

Pour Martin Ziguélé, cette logique peut avoir un coût démocratique lorsque la priorité accordée à la stabilité conduit à minimiser les contestations électorales.

 

Il estime que la stabilité ne peut pas durablement remplacer la légitimité issue d’un processus électoral crédible.

 

Les élections africaines sont souvent marquées par l’influence étrangère, ce qui soulève des questions sur la souveraineté politique des États concernés.

Le rôle des institutions africaines

 

La question concerne également les organisations africaines. L’Union africaine, les communautés économiques régionales et les mécanismes africains d’observation électorale disposent de dispositifs destinés à accompagner les processus électoraux et à prévenir les crises.

 

Le renforcement de ces mécanismes pourrait permettre aux États africains de jouer un rôle plus important dans la résolution de leurs propres crises électorales.

 

Pour Martin Ziguélé, cette capacité africaine à arbitrer les conflits politiques est indispensable si le continent veut réduire sa dépendance diplomatique à l’égard des anciennes puissances coloniales.

 

Il ne s’agit pas seulement de dénoncer l’influence étrangère. Il faut également construire des institutions africaines suffisamment fortes pour garantir la crédibilité des élections et faire respecter leurs décisions.

 

La question de la légitimité

 

Au fond, l’analyse de Martin Ziguélé porte sur la différence entre reconnaissance internationale et légitimité nationale.

 

Un président peut être reconnu par plusieurs gouvernements étrangers et rester contesté par une partie de sa population. À l’inverse, un pouvoir peut bénéficier d’une forte légitimité interne tout en rencontrant des difficultés dans ses relations internationales.

 

La véritable souveraineté politique suppose donc que la légitimité d’un dirigeant repose d’abord sur les institutions et les citoyens de son propre pays.

 

Pour l’ancien Premier ministre, la reconnaissance extérieure devrait accompagner cette légitimité et non s’y substituer.

 

Reprendre le contrôle du processus électoral

 

Plus de six décennies après les indépendances, Martin Ziguélé appelle ainsi à replacer les citoyens au centre des processus électoraux.

 

Cela implique des élections transparentes, des institutions électorales crédibles, une justice indépendante, des mécanismes de recours efficaces et une capacité réelle à vérifier les résultats contestés.

 

Cela suppose également que les partenaires étrangers évitent de donner le sentiment qu’une élection est définitivement réglée par une reconnaissance diplomatique avant même que les contestations nationales ne soient examinées.

 

Pour Martin Ziguélé, tant que la légitimité d’un président africain pourra être renforcée ou fragilisée par une décision politique venue de l’extérieur, les indépendances resteront incomplètes sur le terrain démocratique. La souveraineté électorale doit d’abord appartenir aux citoyens qui déposent leur bulletin dans les urnes.

 

Par Alain Nzilo

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