Crise humanitaire au sud-est : le CICR déploie une assistance d’urgence à Zémio
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Des milliers de personnes déplacées survivent dans des conditions difficile tandis que l’organisation humanitaire tente d’apporter des solutions aux besoins les plus pressants.
La préfecture du Haut-Mbomou connaît depuis plusieurs mois une dégradation inquiétante de la situation sécuritaire et humanitaire. À Zémio, épicentre de cette crise, environ 2 000 personnes ont cherché protection dans l’enceinte de l’église catholique, rejoignant d’autres déplacés regroupés près de la mosquée et dans le quartier Paule. Ces rassemblements massifs génèrent des difficultés considérables en matière d’eau, d’hygiène et d’alimentation.
“Nos équipes sont déployées depuis le début de la crise. On était sur place très rapidement”, explique Philippe Beauverd, chef sortant de la délégation du CICR en République centrafricaine, lors d’une conférence de presse tenue à Bangui. En collaboration avec la Croix-Rouge centrafricaine, l’organisation a installé un bladder, vaste réservoir permettant de stocker de l’eau potable, sur le site de l’église catholique.
Cet équipement s’avère indispensable car les puits de Zémio ne fournissent pas les quantités nécessaires. “Les pompes, les puits à Zémio ne donnent pas assez d’eau. C’est donc le bataillon népalais qui a gentiment accepté, pas pour nous, mais pour la population finalement, de faire des allers-retours pour remplir le bladder”, précise le responsable humanitaire.
Cette coopération purement logistique ne remet pas en cause l’indépendance du CICR. “On peut parler là évidemment d’une forme de collaboration, mais vous n’allez pas nous voir ensemble. On ne va en tout cas pas se faire escorter par la MINUSCA, on se déplace tout seul”, insiste Philippe Beauverd. Des latrines ont également été aménagées sur plusieurs sites pour limiter les risques sanitaires.
Les équipes médicales du CICR ont acheminé des médicaments vers l’hôpital de Zémio et les centres de santé desservant les zones où se concentrent les populations déplacées. “On a amené de l’assistance pour plusieurs autres sites, notamment près de la mosquée et puis dans le quartier musulman”, détaille le chef de délégation. Les magasins restent fermés et les habitants ne peuvent plus vaquer normalement à leurs occupations.
L’alimentation constitue le défi le plus ardu pour les humanitaires présents à Zémio. “Nous, on ne peut pas amener de nourriture à Zémio, par exemple. Avec le petit avion, c’est impossible. Les quantités qui seraient nécessaires, c’est impossible”, reconnaît Philippe Beauverd avec franchise. Les routes terrestres demeurent impraticables en raison de l’insécurité, rendant impossible tout convoi d’envergure.
“Peut-être qu’on pourrait distribuer des semences maraîchères. Ça ne prend pas beaucoup de place, on peut envoyer tout ce qu’on veut, mais après ça prend du temps à pousser. Il faut qu’ils aient leur petit jardin”, envisage le responsable. Cette option à moyen terme ne résout pas les besoins immédiats des déplacés entassés dans des conditions déplorables.
Le chef de délégation ne cache pas les limites de l’intervention humanitaire dans cette zone reculée. “Ce qui est sûr, c’est qu’ils n’ont pas l’assistance dont ils auraient besoin, tout simplement, du fait de l’éloignement de cette région”, admet-il. L’organisation espère que la situation se normalisera rapidement pour permettre aux habitants de regagner leurs foyers.
Les populations prises entre les affrontements connaissent des conditions encore plus difficiles. “Les gens qui sont sur les axes, au dehors de Zémio, Mboki, même au bourg, j’imagine dans une certaine mesure, les centres de santé ne sont pas approvisionnés ou sont vides”, décrit Philippe Beauverd. Ces habitants se trouvent coincés entre différents groupes armés, limitant drastiquement leurs possibilités de mouvement.
“On peut imaginer qu’ils sont un peu pris entre deux feux, si j’ose dire, entre les AKG et les FACA et les alliés de l’autre côté”, poursuit le responsable humanitaire. Le CICR n’a pas pu sortir sur tous les axes depuis un certain temps en raison des risques sécuritaires, mais prévoit de reprendre ces missions d’évaluation dès que possible.
Plusieurs milliers de Centrafricains ont franchi les frontières vers le Sud-Soudan et la République démocratique du Congo pour échapper aux combats. “Le Sud-Soudan et la RDC, ils sont couverts par mes collègues de Kinshasa et mes collègues de Juba”, indique Philippe Beauverd, précisant que ces territoires ne relèvent pas de sa délégation.
Le responsable admet ne pas connaître précisément leur situation. “Je pourrais tout à fait m’entendre avec mes collègues qui ont évidemment tant au Sud-Soudan qu’en RDC, ils ont plein d’autres choses à faire aussi. Donc je peux m’imaginer que la situation des gens qui ont traversé n’est pas très bonne”, reconnaît-il honnêtement.
Il note toutefois un avantage pour ceux ayant gagné la RDC. “S’ils l’estiment possible, ce qui n’a pas encore l’air d’être le cas, ce n’est pas très loin finalement de Zémio et ils pourraient faire des allers-retours si c’est nécessaire”, observe Philippe Beauverd. Les frontières artificielles de la région permettent d’imaginer que nombre d’entre eux possèdent des attaches familiales de l’autre côté.
La question des otages détenus à Zémio et Bambouti ajoute une dimension supplémentaire à cette crise. “Le CICR est tout à fait disposé à faire de même”, affirme le chef de délégation en référence à la libération de 20 FACA remis par l’UPC en 2023. L’organisation se tient prête à intervenir comme facilitateur neutre.
“Nous, on ne va pas se mêler de la discussion pour libérer les gens. Que ce soit des rançons, que ce soit des libérations d’otages, peu importe, on ne va pas du tout se mêler des discussions”, clarifie Philippe Beauverd. Le rôle du CICR se limite strictement à l’évacuation une fois qu’un accord est conclu entre les parties.
Il rappelle un cas récent où les ravisseurs avaient sollicité l’organisation. “Lorsque le responsable de la sécurité de l’ANE a été kidnappé avec deux autres personnes, il y a environ deux mois, deux mois et demi, entre Zémio et Gama, apparemment les AKG ont demandé, d’abord au début, on dit, on veut voir que le CICR”, relate le responsable humanitaire.
“J’ai été voir le président de l’ANE, j’ai parlé avec évidemment les autorités ici centrales en disant qu’on était tout à fait disposé à aller chercher ces gens une fois qu’il y a un accord entre les deux parties”, poursuit-il. Cette médiation n’a finalement pas abouti dans ce cas précis, mais l’offre reste valable.
Les contacts se poursuivent également avec les familles des otages, souvent laissées dans l’ignorance. “Je sais qu’un parent de la sous- préfète est venu nous voir l’autre jour”, mentionne Philippe Beauverd. L’organisation maintient ces liens même si les proches ne peuvent influencer directement les décisions.
“Parfois, d’ailleurs, il y a une tendance parfois à oublier les parents. Les épouses, par exemple, qui ne sont pas du tout mises au courant. Alors nous, on les contacte. Enfin, ils nous contactent et puis on va discuter avec eux”, explique le responsable, soulignant cette attention portée aux familles éprouvées par l’absence et l’incertitude.
Le CICR conserve des contacts réguliers avec les groupes armés présents dans la région. “On a toujours des contacts avec les AKG, notamment pour notifier nos mouvements”, confirme Philippe Beauverd. Ces échanges permettent à l’organisation d’accéder à des zones où peu d’autres intervenants peuvent se rendre, maintenant ainsi une présence humanitaire dans les secteurs les plus isolés du Haut-Mbomou.
Par Brahim Sallé
Rejoignez notre communauté
Chaine officielle du CNC
Invitation à suivre la chaine du CNC
Note : les deux premiers groupes sont réservés uniquement aux publications officielles du CNC




