Centrafrique : le divorce est consommé entre les soldats FACA et les mercenaires russes du groupe Wagner

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Par : la rédaction de ,
De Zémio à Amdafock, la rupture est totale sur le terrain : humiliations, affrontements violents et refus de cohabiter brisent le mythe de la “coopération fraternelle” prônée par Bangui.
La propagande officielle du régime des bras cassés de la septième république vient définitivement de craquer. Alors que le Palais de la Renaissance continue de vanter l’harmonie parfaite entre les forces nationales et les “instructeurs russes”, la réalité offre le spectacle d’une armée nationale au bord de l’implosion, excédée par les abus de ses alliés. Entre les soldats FAKA (Forces Armées Centrafricaines) et les mercenaires russes du groupe Wagner, la haine est désormais ouverte, et le point de non-retour a été franchi.
Le point de rupture à Zémio : De l’affrontement violent à l’inimitié totale
C’est dans la préfecture du Haut-Mbomou, et plus particulièrement dans la ville stratégique de Zémio, que la tension a officiellement basculé dans le chaos. Il y a quelques jours, un affrontement d’une rare violence a opposé directement les mercenaires russes de Wagner aux soldats FAKA déployés dans la zone. Cet événement, soigneusement étouffé par les autorités de Bangui, a brisé les derniers restes de discipline militaire.
Aujourd’hui à Zémio, la cohabitation n’existe plus. Les deux camps s’évitent, refusent de se croiser et ne s’adressent plus la parole. Les anciens alliés se regardent désormais en chiens de faïence, se considérant mutuellement comme des ennemis déclarés. Les mercenaires russes refusent catégoriquement de collaborer avec les forces de défense et de sécurité intérieure, tandis que les soldats FAKA, blessés dans leur dignité, rejettent toute interaction avec les hommes de Wagner.
Ce divorce à Zémio confirme un ras-le-bol généralisé au sein des troupes centrafricaines. Sur le terrain, les soldats FAKA sont à bout de nerfs. Ils dénoncent le comportement raciste, hautain et violent des mercenaires russes, qui les traitent moins comme des partenaires d’armes que comme des domestiques. Les cas de maltraitance, d’agressions physiques et même d’exécutions sommaires de soldats FAKA par les éléments de Wagner se multiplient dans l’impunité la plus totale, créant un climat de révolte sourde au sein des casernes.
Le mensonge d’Amdafock : Les FAKA laissés à l’abandon pendant que Wagner recrute des ex-rebelles
Cette rupture radicale explique l’envers du décor de la récente reconquête de la ville frontalière d’Amdafock. Alors que les communiqués du gouvernement et les médias à la solde du régime clamaient haut et fort que “les vaillants soldats des forces armées centrafricaines et leurs alliés” avaient repris la ville de haute lutte, l’investigation journalistique montre une réalité bien différente et humiliante pour l’armée nationale.
En vérité, les soldats FAKA n’ont jamais participé à la bataille d’Amdafock. Le commandement russe, ne faisant plus aucune confiance aux troupes nationales et refusant de s’encombrer avec elles, a préféré mener l’assaut en s’appuyant sur un contingent hétéroclite composé de mercenaires de Wagner et d’ex-rebelles ralliés issus des groupes armés des 3R, du MPC, de l’UPC et des milices d’autodéfense locales. Ce sont ces forces hybrides, regroupées depuis Birao, qui ont marché sur Amdafock, excluant délibérément l’armée régulière.
Pendant ce temps, le détachement des soldats FAKA initialement déployé à Amdafock est resté totalement retranché, démuni et impuissant, à l’intérieur de la base locale de la MINUSCA. Le témoignage de leur capitaine est un aveu de détresse absolue : ses hommes n’ont aucun équipement militaire digne de ce nom. Pas d’uniformes de rechange, pas de chaussures tactiques, et pire encore, leurs armes de dotation n’ont même pas de chargeurs garnis. Dépouillés de leurs moyens de combat par la négligence de Bangui et le contrôle de Wagner, ces militaires n’ont plus qu’une obsession : fuir la zone, se replier sur Birao, puis abandonner le front pour rentrer à Bangui.
La stratégie impériale de Wagner : Le contrôle exclusif des frontières et de la manne financière
Ce schéma d’exclusion des forces nationales n’est pas une nouveauté ; il répond à une stratégie géopolitique et financière bien connue par le groupe Wagner en Centrafrique. Le cas d’Amdafock est la copie conforme de ce qui s’est produit à Bambouti le 1er janvier dernier.
À Bambouti, après que les milices d’autodéfense Azandé ont occupé la ville, les mercenaires russes avaient quitté leur base d’Obo, lourdement armés, pour venir s’emparer de la localité. Depuis cette date, ils y sont installés en maîtres absolus, contrôlant la frontière. À Amdafock, l’objectif est identique : reprendre la ville frontalière, s’y installer durablement et monopoliser les flux transfrontaliers, tout en ignorant les appels de la population de Birao qui réclame depuis trois ans un véritable déploiement des forces républicaines pour assurer leur sécurité.
Les centrafricains, que ça soit à Birao ou à Tiringoulou, ont parfaitement compris le jeu cynique qui se joue.
Par Éric Azoumi
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