Centrafrique : Le Conseil constitutionnel à l’heure du choix, les magistrats sauront-ils tenir bon ?

Rédigé le 26 février 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Le 28 février prochain, le Conseil constitutionnel centrafricain rendra une décision très attendue sur les élections législatives du 28 décembre, une décision qui dira beaucoup sur la santé réelle des institutions du pays.
Depuis le départ de Professeure Danielle Darlan, ancienne présidente réputée pour sa rigueur et son attachement à la Constitution du 30 mars 2016, beaucoup de citoyens regardent le Conseil avec des yeux moins confiants qu’avant. La question de savoir si les nouveaux membres sauront résister aux pressions politiques est désormais sur toutes les lèvres. Ce n’est pas une simple méfiance née du hasard, c’est une inquiétude qui couve depuis longtemps et qui s’est alourdie au fil des mois.
Au cœur de cette institution siègent six magistrats assermentés, qui ont la capacité réelle d’orienter le verdict final dans un sens ou dans un autre. Leur position est délicate, car ils doivent trancher non pas selon ce qui arrange les puissants, mais selon ce que dit la loi. L’histoire a toujours une manière de rattraper ceux qui ont préféré le confort à la rectitude.
Parmi les dossiers brûlants qui atterriront sur leur table, il y a celui des diplômes. Des faux diplômes. Lors de la précédente législature, une loi avait été votée pour exiger un niveau académique minimum des candidats, ce qui avait déjà semé la pagaille. Aujourd’hui, certains anciens députés jadis épinglés pour absence de diplôme reviennent en brandissant des documents obtenus dans des délais qui laissent perplexes plus d’un observateur.
À cela s’ajoute le retour en lice de candidats qui avaient été invalidés lors de scrutins antérieurs, comme fut le cas d’un gros voleur, candidat dans la Mambéré-Kadéi. Aucune amnistie officielle ni aucune décision judiciaire connue du public ne semble expliquer ce retour. Quand des règles fixées hier sont oubliées aujourd’hui sans explication, les citoyens ne savent plus à quel édifice se fier.
Il y a aussi le cas de certaines circonscriptions, comme celle de Baoro, où Simplice Mathieu Sarandji a recueilli la totalité des suffrages exprimés, sans un seul vote dissident ni bulletin blanc. Dans une compétition pluraliste, un tel résultat appelle un examen minutieux des procès-verbaux, non pas par méfiance gratuite, mais parce que la crédibilité du processus en dépend.
Les magistrats du Conseil ont donc devant eux des dossiers lourds, qui dépassent largement le sort de quelques élus. Dans d’autres pays, des juridictions constitutionnelles ont su dire non aux pouvoirs en place au nom du droit, et leur courage a renforcé durablement la confiance des peuples. En Centrafrique, cette même occasion se présente aujourd’hui aux juges, et leur réponse sera scrutée mot pour mot par un peuple qui attend de savoir si les institutions travaillent pour lui ou contre lui.
Par Éric Azoumi
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