
À situation exceptionnelle, mesures de salut public. Plus d’un an après l’effondrement total du pont de Kouki, détruit à petit feu et réduit à l’état de ruine par le passage incessant et destructeur des camions lourds des exploitants miniers chinois dans la région, la traversée se fait désormais directement dans l’eau, au péril de la vie des usagers et de la population locale.
Face à l’inertie criminelle du gouvernement basé à Bangui et à cette catastrophe en série, des initiatives locales courageuses méritent d’être saluées. Malheureusement, à Bangui, les vautours du ministère des Travaux publics, en sa tête, le ministre d’État Bertrand Arthur Piri, ne se réveillent qu’à l’odeur de l’argent.

L’exemplarité locale : quand Bossangoa prend ses responsabilités
Il y a de cela plusieurs mois, ce pont stratégique avait totalement sombré sous les assauts répétés des camions lourds des Chinois de la mine. Face au silence assourdissant des autorités de Bangui, la population était condamnée à patauger.
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Pour mémoire, l’ancienne structure construite sous le régime de Patassé, étant hors d’usage, ce pont avait dû être provisoirement réhabilité par la Section des affaires civiles de la MINUSCA juste à côté afin d’atténuer le calmar des usagers. Mais depuis lors, les gouvernements successifs de Faustin-Archange Touadéra n’ont jamais bougé le petit doigt ni investi le moindre centime pour construire un pont digne de ce nom dans cette zone névralgique.
Dans un sursaut de pragmatisme et pour parer au plus pressé face à ce désert étatique, une initiative salutaire a vu le jour à Bossangoa. Sous la houlette du directeur régional des services compétents et avec l’implication pratique des autorités locales, dont le procureur de la République près le tribunal de Bossangoa, un devis chiffré a été établi par une entreprise locale pour réaliser des travaux de réhabilitation partielle et provisoire.
Cette démarche pragmatique rappelle l’esprit qu’avait salué la population à l’époque lors du passage à Berbérati de l’ancien chef rebelle tchadien devenu ministre, Hassan Bouba, qui s’était illustré par des réfections d’urgence sur le terrain.
Les responsables locaux de Bossangoa ont ainsi exigé et obtenu des exploitants chinois responsables de ce désastre le versement de 7 millions de francs CFA pour financer cette réparation provisoire. Une action de souveraineté locale et de survie communautaire saluée par tous.
Mais une fois informé de ce décaissement, le braquage de Bangui, Arthur Piri et ses voraces en mode racketteurs entrent en action et c’est là que le bât blesse.
Ce réflexe de rapacité trouve sa source tout en haut de la pyramide ministérielle. Pour rappel, l’actuel ministre des Travaux publics, Arthur Piri, ne s’en était jamais caché : du temps où il gérait le portefeuille de l’Énergie et de l’Hydraulique, il se lamentait sans raison déjà d’être sur un ministère lakéré, c’est-à-dire loin des mamelles juteuses de la République. C’est précisément pour cette raison qu’il a exigé et obtenu ce ministère des Travaux publics, gorgé de financements et abreuvé de fonds par la communauté internationale. Résultat: à peine installé, le voilà qui flaire la moindre odeur d’argent frais à l’intérieur du pays.
Informé de l’existence de l’enveloppe de Bossangoa grâce aux oreilles très longues des informateurs du pouvoir, Arthur Piri et son entourage ont immédiatement ordonné à son directeur de cabinet de passer à l’offensive. La mission ? Mettre une pression monstre sur le procureur de Bossangoa pour qu’il expédie d’urgence les 7 millions de francs CFA à la capitale. Le prétexte fallacieux brandi par le cabinet ? Confier prétendument cette modique somme à l’Office National des Matériels (ONM) pour ériger un pont de substitution.
Sous couvert de menaces de sanctions administratives et disciplinaires, le Dircab s’égosille et harcèle le magistrat, lui intimant l’ordre de reculer sous prétexte qu’il n’appartient pas à la justice ou aux autorités locales de s’occuper des grands travaux routiers.
Une mise en scène grotesque quand on sait que cet ouvrage a été financée par la Section des affaires civiles de la MINUSCA, dans le cadre des projets à impact rapide, pour un coût global de 9 500 000 FCFA à côté des ruines, a été totalement abandonné et ignoré par le régime de Bangui pendant des années.
La colère de la population : « Est-ce l’ONM qui va construire le pont ? »
Cette tentative de hold-up financier orchestrée par le clan d’Arthur Piri provoque aujourd’hui une onde de choc et une colère noire au sein de la population de la région de Bossangoa. Les citoyens et les forces vives locales s’insurgent contre cet empressement suspect de Bangui :
Pourquoi le ministère des Travaux publics débarque-t-il les grands moyens aujourd’hui, exigeant des fonds gérés localement, alors que le gouvernement n’a jamais voulu financer un vrai pont pérenne depuis la destruction de l’ouvrage par les camions chinois ?
Veut-on simplement s’emparer de ces 7 millions pour les engloutir dans les méandres de la corruption ministérielle ?
Certains habitants, ironisant amèrement sur cette soudaine mascarade bureaucratique, se demandent même si c’est désormais « l’ONM» qui va descendre sur le terrain pour refaire l’ouvrage, tant le ridicule le dispute à l’incompétence de ces ministres en quête permanente de liquidités.
La population locale de Bossangoa mobilise l’exploitation minière chinoise pour financer les réparations d’urgence du pont Kouki, tandis que le ministère des Travaux publics tente de s’accaparer les fonds.
La population de Bossangoa soutient bec et ongles l’initiative salvatrice de ses responsables locaux qui ont voulu panser les plaies causées par les Chinois.
Le ministre Arthur Piri et ses sbires, quant à eux, feraient mieux de se rappeler qu’ils ne sont pas là pour rafler la moindre petite cagnotte de survie locale, mais pour libérer de vrais budgets nationaux afin de bâtir enfin des infrastructures durables, au lieu de venir parasiter les solutions de secours de la population.
Affaire à suivre…
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