
La justice centrafricaine vient de signer son arrêt de mort symbolique pour céder la place à celle de la VIIᵉ République Touadera 1er.
Dans l’affaire des arrestations arbitraires des cinq leaders de la société civile mobilisés contre la hausse des prix du carburant, le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Bangui, Guy Martial Damanguéré, s’est livré à un exercice de contorsionnisme juridique aussi piteux qu’infamant. Entre mensonges, montage des faits éhontés, incohérences juridiques flagrantes, enlèvements nocturnes suivis de tortures et règlements de comptes politiques, les masques sont définitivement tombés : à Bangui, l’indépendance de la justice a laissé place à une dictature policière pilotée par les mercenaires russes de Wagner.
Guy Martial Damanguéré en mode écolier en vacances à Boumata à la télé.

À l’écran de la télévision nationale, où le PR Guy Martial Damanguéré est apparu pour informer l’opinion nationale et internationale des faits reprochés aux cinq leaders de la société civile arrêtés, et pour présenter les chefs d’accusation qui les attendent le jour de leur procès, la scène était saisissante de malaise. On le voit, le nez obstinément collé à moins de vingt centimètres de son papier, égrener des chefs d’accusation grotesques, d’un débit laborieux et d’une voix tremblante, comme un écolier en vacances à Bourmata lisant péniblement une lettre qu’il aurait ramenée de la capitale à ses parents au village.
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Incapable de détacher son regard de la feuille qu’il tenait à deux mains comme s’il tenait un pot de bouillie brûlant, cet monsieur le procureur Guy Martial Damanguéré traduisait visuellement la réalité : il n’était pas l’auteur de ces lignes. Il découvrait en direct un texte dicté à la hâte par la présidence et la chancellerie russe pour légitimer un coup de force.
Et pour cause ! La veille, lorsque la nouvelle de l’interpellation des leaders de la société civile avait éclatée, d’autres responsables associatifs s’étaient précipités à son cabinet. D’un air innocent, et c’est vrai, le même Guy Martial Damanguéré leur jurait droit dans les yeux qu’il n’était aucunement au courant de ces arrestations.
Mais comment un chef de parquet peut-il se déclarer ignorant de la détention de citoyens, avant de surgir 48 heures plus tard à la télévision pour dérouler un réquisitoire contre eux ?
Ce rétropédalage humiliant n’est pas un hasard selon nos sources à CNC. Pris en étau, le procureur Guy Martial Damanguéré est désormais contraint de se plier aveuglément aux volontés dictatoriales de Faustin-Archange Touadéra et de ses mercenaires russes de Wagner.
Guy Martial Damanguéré sait pertinemment ce qu’il en coûte de contrarier le maître de Bangui : il craint par-dessus tout d’essuyer la même foudre présidentielle que celle qui vient de s’abattre sur le conseiller juridique William Djappou, promptement démis de ses fonctions pour avoir émis des réserves sur la légalité de ces arrestations.
Bien que le procureur soit issu de la même communauté ethnique que le chef de l’État, il sait que le clanisme ne protège pas tout les hésitants. Face à la menace de disgrâce, ce haut magistrat a tranché : la sauvegarde de son « gombo » prime sur son éthique. C’est donc la peur au ventre et le ventre plein qu’il préfère torturer le droit, piétiner les textes de la République et sacrifier des innocents plutôt que de perdre son fauteuil.
L’absurdité du « flagrant délit » et la criminalisation d’un propos liminaire
Pressé de s’expliquer sur Radio Bangui, Guy Martial Damanguéré a lui-même reconnu la légalité de la liberté de réunion et du droit de protestation à travers cette journée ville passe dans la tranquillité, sans casse.
Mais pour justifier la bavure et préserver son poste, le magistrat a inventé la notion grotesque de « flagrant délit d’affrontement avec le gouvernement ».
Quelle est donc l’arme de destruction massive ou le drone de guerre découvert sur ces citoyens pacifiques pour justifier ce flagrant délit ?
Rien d’autre qu’un simple document papier intitulé « propos liminaire », préparé pour une conférence de presse au Centre Jeunesse Jean XXIII.
Intellectuellement et juridiquement, l’argument frise le délire. Depuis quand la préparation d’une déclaration à la presse constitue-t-elle un acte d’agression militaire ?
En quoi lire un texte dénonçant la vie chère équivaut-il à déclarer la guerre à l’État ?
Le parquet de Abazène s’est contenté de recycler mot pour mot les chefs d’accusation fourre-tout déjà collés au chef rebelle Armel Ningatoloum Sayo et ses proches, au professeur Dominique Désiré Erenon, prouvant la fabrique industrielle de faux dossiers judiciaires à Bangui.
Et sur le rapt à 4h du matin et tortures au Camp de Roux de Stève Bendo Deny.
Pour mesurer la forfaiture du flagrant délit brandi par le procureur, il suffit d’analyser le calvaire de l’influenceur et leader d’opinion Stève Bendo Deny. Ce dernier n’a jamais été pris sur le fait lors d’une manifestation ou d’un affrontement armé. Il a été littéralement enlevé à son domicile à 4 heures du matin, arraché de son lit alors qu’il dormait paisiblement aux côtés de son épouse.
Acheminé en secret au Camp militaire de Roux, le quartier général des exactions des mercenaires russes, il y a été copieusement torturé. Ce n’est que tard dans la soirée, face au tollé général provoqué par l’alerte lancée par sa femme et la mobilisation immédiate des acteurs de la société civile, que ses tortionnaires l’ont transféré au commissariat central pour tenter de régulariser l’illégal.
Après une garde à vue illégale dans les locaux de la police, ces cinq leaders ont finalement été transférés et écroués à la gendarmerie, prolongeant leur séquestration hors de tout délai légal.
De quel droit la justice se rend-elle complice d’enlèvements et de tortures moyenâgeuses ?
Les récentes arrestations arbitraires menées à Bangui confirment la soumission totale de la magistrature aux ordres directs de Faustin-Archange Touadéra et des mercenaires russes de Wagner.
Tribalisme au sommet de l’Etat et un complot contre les leaders de l’opposition démocratique en gestation.
Selon des informations exclusives obtenues par Corbeau News Centrafrique auprès de sources sécuritaires au ministère de l’Intérieur, cette vague de répression ne visait pas seulement à étouffer la colère contre le carburant. L’objectif secret du régime et des mercenaires de Wagner est de fomenter un climat de psychose pour ratisser large et mettre hors d’état de nuire les figures de proue de l’opposition démocratique regroupées au sein du BRDC, en premier lieu Martin Ziguélé et l’avocat Me Crépin Mboli-Goumba, que des caciques du pouvoir cherchent par tous les moyens à abattre politiquement et judiciairement.
Le plan machiavélique a été éventé lors d’un débat sur les antennes de Radio Ndeke Luka. Le ministre de la Jeunesse et des Sports, par ailleurs chef de la milice des « Requins », Héritier Doneng, a vendu la mèche en confirmant que ces arrestations avaient été dictées directement par Touadéra. Il en a profité pour morigéner publiquement les conseillers présidentiels William Ndjapou et Fidèle Gouadjika, accusés d’avoir apporté leur soutien aux détenus sans l’aval du chef de l’État.
Pour preuve, la réaction de Touadéra n’a pas tardé, étalant au grand jour la justice à deux vitesses et le tribalisme d’État qui gangrènent le palais de la Renaissance. Touadéra a immédiatement limogé son jeune conseiller juridique William Ndjapou pour avoir osé émettre des réserves sur ces arrestations arbitraires.
En revanche, il n’a pas osé toucher à son influent conseiller Fidèle Gouadjika, frère de même ethnie du côté maternel. Un népotisme et un tribalisme d’État assumés qui démontrent que la fidélité clanique prime sur la loi.
Un régime aux abois : l’appel à la communauté internationale
En sacrifiant l’indépendance de la magistrature sur l’autel de la conservation du pouvoir, le régime de Touadéra a transformé les prétoires de la République en chambres de torture et d’enregistrement de la dictature mercenaire.
La communauté internationale ne peut plus fermer les yeux. Continuer à soutenir financièrement et diplomatiquement ce pouvoir tyrannique sous tutelle russe, c’est signer la condamnation à mort lente du peuple centrafricain. Il est grand temps que les partenaires de la Centrafrique prennent acte de la faillite totale de l’État de droit à Bangui.
Affaire à suivre…
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