Même en 66 ans de colonisation française, la RCA n’a jamais été autant exploitée comme actuellement : la charge de l’ancienne ministre Marie-Reine Hassen contre Wagner et le pouvoir de Bangui.

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L’ancienne ministre dénonce une véritable razzia qui se déroule au vu et au su du peuple centrafricain, avec la complicité de ses dirigeants

 

Devant les parlementaires, diplomates et observateurs réunis au Sénat français à l’occasion d’une conférence-dîner de haut niveau, Mme Marie-Reine Hassen, ancienne ministre de la République centrafricaine, a prononcé une comparaison historique d’une rare violence symbolique. Elle a affirmé que, en 66 ans de colonisation française, la RCA n’avait jamais été autant exploitée qu’aujourd’hui sous l’influence russe et ses mercenaires de Wagner. Ce volet de son intervention, exclusivement consacré à cette mise en perspective historique et à la notion de razzia, constitue l’un des passages les plus saisissants de sa prise de parole.

 

Même en 66 ans de colonisation française, la RCA n'a jamais été autant exploitée  comme actuellement  : la charge de l’ancienne ministre Marie-Reine Hassen contre Wagner et le pouvoir de Bangui.
Marie Reinne Hassen dans larticle

 

Mme Hassen a introduit cette comparaison après avoir décrit l’ensemble des mécanismes de prédation économique et de capture de l’État. Elle a alors déclaré : « En 66 ans de colonisation française, la RCA n’a jamais été autant exploitée, je dis bien jamais, et cela peut paraître paradoxal, choquant même, pour ceux qui gardent en mémoire les pages sombres de la colonisation, mais c’est la réalité que nous vivons aujourd’hui, une réalité que nous mesurons chaque jour dans nos villages pillés, dans nos forêts rasées, dans nos mines confisquées, dans nos populations affamées et terrorisées, et cette réalité, elle est d’autant plus douloureuse qu’elle se produit non pas sous la férule d’une puissance coloniale assumée, mais sous le couvert d’une coopération présentée comme fraternelle et désintéressée. »

 

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L’ancienne ministre a ensuite employé un terme qu’elle a délibérément choisi pour sa charge historique et émotionnelle : « Avec la Russie et ses mercenaires de Wagner, c’est aujourd’hui une véritable razzia qui se déroule au vu et au su du peuple centrafricain, avec la totale complicité de ses dirigeants, une razzia au sens le plus ancien et le plus brutal du terme, c’est-à-dire une expédition de pillage, une opération de capture et de spoliation, menée sans aucune retenue, sans aucun scrupule, sans aucune considération pour les populations qui en sont les victimes, et cela se passe sous nos yeux, dans nos propres villes, dans nos propres campagnes, sans que rien ni personne ne semble en mesure de l’arrêter. »

 

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Mme Hassen a insisté sur le caractère ouvert et assumé de cette spoliation. « Ce n’est pas une exploitation honteuse, dissimulée, qui se cacherait derrière des sociétés-écrans ou des montages financiers complexes, même si ces montages existent aussi, c’est une exploitation qui s’affiche, qui se revendique presque, qui s’installe dans la durée avec la bénédiction des autorités centrafricaines elles-mêmes, et c’est en cela que la situation est inédite, parce que, sous la colonisation, il y avait au moins une distance, une altérité, une conscience de l’extériorité de la domination, alors qu’aujourd’hui, ce sont nos propres dirigeants qui organisent, qui facilitent, qui légitiment cette spoliation, et qui en tirent profit. »

 

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Elle a également souligné que cette exploitation touchait désormais des secteurs qui avaient été relativement épargnés par le passé. « Sous la colonisation, l’exploitation se concentrait sur certaines ressources, l’or, le diamant, le bois, mais aujourd’hui, c’est l’ensemble de l’économie qui est concernée, du carburant à l’élevage, de la commercialisation de boissons à la contrebande, jusqu’aux chenilles et aux feuilles comestibles de nos forêts, jusqu’au tramadol qui abrutit notre jeunesse, tout est prétexte à spoliation, tout est objet de convoitise, tout est accaparé, et c’est cette totalité qui fait la différence avec les périodes antérieures, cette totalité qui fait que l’on ne peut plus parler d’exploitation sectorielle, mais bien d’une mise en coupe réglée de l’ensemble du pays. »

 

L’ancienne ministre a conclu ce volet de son intervention en rappelant que cette situation n’était pas seulement une tragédie économique, mais aussi une tragédie morale et politique. « Ce n’est pas seulement notre économie qui est saignée à blanc, c’est notre dignité qui est piétinée, c’est notre souveraineté qui est bafouée, c’est notre avenir qui est hypothéqué, et cela, aucun peuple ne devrait avoir à le supporter, aucun peuple ne devrait avoir à voir ses richesses pillées, ses enfants affamés, ses villages brûlés, et ses dirigeants complices, et c’est pourquoi je dis que ce qui se passe en Centrafrique n’est pas seulement une affaire centrafricaine, c’est une question qui interpelle l’Afrique tout entière et la communauté internationale dans son ensemble. »

 

L’allocution de Mme Marie-Reine Hassen a été suivie d’applaudissements nourris dans la salle du Sénat français, où résonnait encore l’écho d’un témoignage qui, au-delà des clivages, pose une question universelle : celle de la responsabilité des dirigeants africains face à la spoliation de leurs propres pays et de la complicité de ceux qui, par action ou par omission, permettent qu’elle se poursuive.

 

 

Marie-Reine Hassen souligne que l’exploitation économique actuelle dépasse en intensité les décennies de colonisation, pointant la responsabilité directe du pouvoir de Bangui dans cette mise en coupe réglée.

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