Batangafo : quand Touadéra donne des leçons d’éducation après quinze ans d’échec

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Batangafo : quand Touadéra donne des leçons d’éducation après quinze ans d’échec

 

 

Rédigé le  9 mai 2026.

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

À Batangafo, dans la préfecture de l’Ouham-Fafa, lors d’une cérémonie de pose de première pierre d’un centre pédagogique, le président Faustin-Archange Touadéra alias Baba Kongoboro s’est livré à un exercice qui frise la folie politique : donner des leçons sur la qualité de l’enseignement alors que son bilan dans ce secteur constitue un désastre national.

 

« L’avenir de notre nation dépend de la qualité de nos enseignants », a-t-il déclaré avec une assurance qui laisse pantois. Cette phrase aurait pu résonner comme une vérité si elle ne sortait pas de la bouche dégageante d’un homme qui, depuis quinze ans aux commandes du pays — cinq ans comme Premier ministre sous Bozizé, dix ans comme président —, n’a strictement rien entrepris pour améliorer les conditions de travail et de formation des enseignants centrafricains.

 

Baba Kongoboro parle de « garantir un encadrement rigoureux et de qualité » pendant que dans tout le pays, y compris dans la capitale, plus de 80% des enseignants sont des maîtres-parents. Ces volontaires, payés par les familles elles-mêmes, possèdent à peine le minimum de connaissances pour transmettre un savoir. Ils occupent les salles de classe des écoles primaires, des collèges et même des lycées, non par choix mais par nécessité, parce que l’État a abdiqué sa responsabilité.

 

Cette situation n’est pas apparue par hasard. Touadéra, après son arrivée au pouvoir en 2016,  il a lui-même supprimé le système des enseignants vacataires — ces diplômés recrutés temporairement par le ministère de l’Enseignement pour pallier le manque d’effectifs. Ce dispositif, bien qu’imparfait et générant des retards de paiement, permettait au moins de maintenir un niveau minimal de qualification dans les établissements. Sa disparition a créé un vide que les parents ont dû combler avec leurs propres moyens, transformant l’école publique en système débrouillard où chacun se dépatouille comme il peut.

 

Le chef de l’État Baba Kongoboro promet maintenant de « former plus de 16 000 enseignants qualifiés d’ici 2029 », conformément à un plan sectoriel qu’il brandit comme un trophée. Mais ces annonces sonnent creux quand on connaît le gouffre entre les discours et la réalité. Depuis 2016, combien d’enseignants ont réellement été formés et déployés ? Combien de salaires versés à temps  pour les enseignants contractuels financés par la banque mondiale ? Combien d’écoles réhabilitées ou construites en dehors des opérations de communication électorale ?

 

« Un pays sans enseignants qualifiés, bien encadrés et respectés, est un pays sans boussole », assène-t-il. La métaphore est belle, mais elle se retourne contre son auteur. Car si la Centrafrique erre sans direction dans le domaine éducatif, c’est précisément à cause de quinze années de négligence dont il porte la responsabilité directe.

 

À Batangafo, Touadéra appelle les populations à « veiller sur ce chantier comme sur un bien commun », à « garantir sa sécurité » et à « prévenir les vols de matériaux ». Autrement dit, il demande aux communautés de Batangafo de surveiller elles-mêmes les travaux, de faire le travail de l’État. Cette injonction trahit une conception pathétique du rôle de l’autorité publique : annoncer, inaugurer, puis se décharger de toute responsabilité sur les citoyens.

 

Le président Baba Kongoboro se présente en bâtisseur d’une « République instruite, responsable et prospère ». Pourtant, après dix ans à la tête du pays, le système éducatif centrafricain n’a jamais été aussi en ruine. Les infrastructures tombent en ruine, les enseignants ne sont pas payés pendant des mois, les familles s’appauvrissent pour scolariser leurs enfants, et la qualité de l’enseignement dégringole année après année.

 

Ce discours de Batangafo ressemble davantage à un exercice d’amnésie collective qu’à un programme crédible. Touadéra parle comme s’il découvrait les problèmes de l’éducation, comme s’il n’avait pas passé quinze ans aux manettes, comme si les désastres actuels étaient l’œuvre d’un prédécesseur lointain. Cette capacité à effacer son propre bilan pour mieux se présenter en sauveur dépasse l’entendement.

 

Les Centrafricains, eux, n’oublient pas. Ils savent qui a laissé pourrir les écoles, qui a abandonné les enseignants, qui a transformé l’instruction publique en loterie où seuls les enfants de familles aisées ont une chance de recevoir une formation correcte. Ils savent également que cette première pierre posée à Batangafo s’inscrit dans une logique de campagne électorale, pas dans une vision cohérente de développement éducatif.

 

Quinze ans de pouvoir, quinze ans d’inaction. Le président Baba Kongoboro peut multiplier les promesses et les cérémonies, mais les faits parlent d’eux-mêmes : sous Touadéra, l’école centrafricaine s’est effondrée. Et aucun discours, aussi grandiloquent soit-il, ne pourra effacer cette réalité.​​​​​​​​​​​​​​​​

 

Par Alain Nzilo….

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