Bangui : transfert spectaculaire et chaotique d’un détenu du commissariat du huitième au commissariat central, la police centrafricaine en plein délire

Rédigé le 26 novembre 2025 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Dans une capitale où l’État se délite jour après jour, où les institutions ne fonctionnent plus que par à-coups, où les services publics survivent à peine, il arrive encore que la réalité dépasse ce qu’on croyait être le niveau le plus bas. La police nationale, censée incarner l’autorité et protéger les citoyens, vient de franchir un nouveau cap dans l’absurde et le dangereux.
Partout dans le monde, les forces de l’ordre disposent de moyens adaptés pour leurs missions quotidiennes. Le transfert de détenus obéit à des règles strictes, pensées pour la sécurité de tous : celle des policiers, celle du détenu, celle des civils. Des véhicules équipés, des protocoles établis, des garanties minimales. En Centrafrique, ces évidences semblent appartenir à un autre univers.
En effet, ce mercredi 26 novembre 2025, le commissariat du huitième arrondissement de Bangui devait transférer un détenu au commissariat central, en plein centre-ville. Une distance de trois à quatre kilomètres à peine. Un trajet ordinaire qui aurait dû se dérouler sans histoire.
Mais voilà comment les choses se sont passées. Trois hommes sur une vieille moto. Le conducteur devant, un policier en uniforme. Au milieu, le détenu. Mains menottées dans le dos. Impossible de s’accrocher, impossible de se protéger en cas de chute. Et derrière, un deuxième policier, armé d’un fusil calibre 12, une antiquité qui date probablement de la Première Guerre mondiale, du temps où ces armes équipaient les tranchées européennes. Cette scène digne d’un mauvais film s’est déroulée en plein jour, dans les rues de la capitale, sous les yeux des passants.
Les questions se bousculent naturellement. Le commissariat du huitième arrondissement ne dispose-t-il d’aucun véhicule ? Même pas une vieille camionnette, même pas une voiture de service délabrée ? Et si tel est le cas, pourquoi ne pas solliciter les autres unités qui sillonnent quotidiennement Bangui : l’OCRB, la FICU, les compagnies nationales de sécurité ? La direction générale de la police, le ministère de l’Intérieur, n’importe quelle structure aurait pu fournir un véhicule pour un transfert aussi banal. Mais non. La solution retenue a été celle-ci : une moto, trois hommes, un détenu menotté dans une position qui le rend totalement vulnérable.
Car il faut bien comprendre ce que signifie cette configuration. Un homme, les mains attachées derrière le dos, assis sur une moto qui roule dans les rues cahoteuses de Bangui. Le moindre nid-de-poule, le moindre coup de frein brusque, la moindre manœuvre d’évitement, et c’est la chute assurée. Sauf que contrairement aux deux policiers qui l’encadrent, le détenu n’a aucune possibilité de se rattraper. Ses mains prisonnières dans son dos ne peuvent ni amortir le choc ni protéger son visage. En cas d’accident, sa tête heurterait directement le bitume ou le trottoir. Une simple glissade pourrait lui être fatale.
Cette méthode ne relève pas seulement de l’improvisation ou du manque de moyens. Elle constitue une forme de maltraitance, peut-être involontaire, mais tout aussi dangereuse. Les normes internationales sur le traitement des détenus existent précisément pour éviter ce genre de situation. Elles ne sont pas des lubies occidentales ou des exigences excessives. Elles protègent la vie humaine, y compris celle des personnes en détention qui conservent des droits fondamentaux, quelles que soient les accusations portées contre elles.
Le spectacle de ce transfert en dit long sur l’état général des services publics centrafricains. Une police qui n’a pas les moyens d’assurer une mission aussi basique qu’un transfert de détenu sur quelques kilomètres. Des agents qui, faute de véhicules et d’équipements appropriés, bricolent des solutions dangereuses. Une hiérarchie qui laisse faire ou qui n’a même plus les ressources pour contrôler ce qui se passe sur le terrain. Tout cela dans la capitale, pas dans un village isolé de province.
Alors, on peut se demander combien de temps encore ce pays pourra fonctionner ainsi, en accumulant les dysfonctionnements, en normalisant l’absurde, en acceptant que chaque service public descende un peu plus bas dans l’inadmissible. Ce transfert sur une moto n’est qu’un détail, une anecdote presque, comparé aux crises majeures qui secouent la Centrafrique. Mais ces détails s’accumulent et finissent par dessiner le portrait d’un État qui a renoncé à garantir les conditions minimales de dignité et de sécurité à ses citoyens, y compris ceux qu’il place en détention.
Par Anselme Mbata….
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