Au ministère de la Justice, les nouveaux intégrés sont obligés à cotiser pour faire un don à leur ministre, le mafieux Arnaud Djoubaye Abazène

0
11

Au ministère de la Justice, les nouveaux intégrés sont obligés à cotiser pour faire un don à leur ministre, le mafieux Arnaud Djoubaye Abazène  

 

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

 Le ministère centrafricain de la Justice se retrouve à nouveau au cœur d’une polémique . Depuis une semaine, un message circule sur les téléphones des agents fraîchement intégrés au sein dudit ministère , les appelant à une « contribution » forcée de 2 000 F CFA pour l’achat d’un cadeau destiné au Ministre d’État, le mafieux Arnaud Djoubaye Abazène.

 

La rédaction du CNC a pu consulter ce message dans les téléphones de plusieurs agents. Le voici :

 

« Salut à tous les nouveaux intégrés du Ministère de la Justice. Chaque membre est invité à contribuer à hauteur de 2 000 F CFA afin de permettre l’achat d’un cadeau destiné à Son Excellence Monsieur le Ministre d’État chargé de la Justice, à l’occasion de la première réunion de prise de contact. Pour ceux qui ne peuvent pas se rendre au ministère, la contribution peut être envoyée avec mention du nom et prénom via le numéro Orange Money suivant : 72834782 (NONGO KETTE Prisca Nadia). NB : Les personnes ayant déjà contribué sont priées de rester attentives aux informations ultérieures. Merci de votre compréhension. »

 

Un numéro Orange Money personnel. Un nom. Une collecte organisée, distribuée, coordonnée,  pour remplir les poches du chef de département qui vient d’accueillir ces mêmes agents dans la fonction publique.

 

Rappelons que ce ministre en question n’en est pas à ses débuts dans de tels actes mafieux au sein de l’administration publique. Avant d’occuper le portefeuille de la Justice, il dirigeait celui des Transports. Magistrat de formation, ancien de la CELECA, il traîne derrière lui une réputation bien établie dans les couloirs de l’administration centrafricaine : partout où il passe, les mêmes pratiques s’installent. Taxes informelles, réseaux de collecte, circuits parallèles où l’argent monte sans jamais redescendre sous forme de service public.

 

Au ministère des Transports, les opérateurs le savaient. Les chauffeurs le savaient. Ceux qui voulaient un document, un agrément, une signature, savaient ce que cela coûtait — et ce n’est jamais le tarif officiel.

 

Aujourd’hui, le décor change, la méthode reste. Les victimes ne sont plus des usagers anonymes mais des fonctionnaires qui viennent d’être intégrés, qui n’ont encore rien touché comme salaire, qui arrivent avec l’espoir ordinaire de travailler et de vivre de leur travail.

 

2 000 francs. Le prix de l’entrée.

 

On pourrait dire que la somme est modeste. Ce serait passer à côté de ce que cela représente. Ce n’est pas 2 000 francs pour une corbeille de fruits et une carte de vœux. C’est 2 000 francs exigés à des gens qui n’ont pas encore été payés, collectés par une intermédiaire désignée, centralisés sur un compte mobile money privé, pour alimenter le compte personnel d’un homme qui touche déjà un salaire de ministre.

 

Et personne ne peut refuser. Pas vraiment. Parce que tout le monde sait ce que coûte le refus dans une administration où le supérieur hiérarchique peut bloquer une carrière, retarder une affectation, rendre l’intégration difficile. Le message dit « invité à contribuer ». Dans la réalité de l’administration centrafricaine, cette invitation ne se décline pas.

 

Un pays où l’on achète son emploi, même dans le public

 

Ce qui se passe au ministère de la Justice n’est pas un incident isolé. Dans presque chaque département ministériel à Bangui, des filières identiques fonctionnent. On paie pour être recruté, on paie pour être affecté, on paie pour être promu, on paie pour ne pas être muté dans une ville sans électricité ni eau courante. Le secteur privé formel est minuscule en RCA — l’État est le principal employeur du pays. Ceux qui y entrent savent qu’ils ont payé pour y entrer, d’une façon ou d’une autre.

 

Ce phénomène n’est pas propre à la Centrafrique, mais il y a atteint une ampleur qui rend le service public quasiment fictif. Les fonctionnaires qui ont acheté leur poste ne se voient pas comme des agents de l’État au service des citoyens. Ils voient leur poste comme un investissement à rentabiliser.

 

Ce qui est demandé ici, c’est de la corruption. Rien d’autre.

 

La langue administrative peut habiller les choses autrement. Un « cadeau au ministre ». Une « contribution volontaire ». Une « marque de respect ». Mais quand un supérieur hiérarchique bénéficie d’une collecte d’argent organisée parmi les agents placés sous son autorité, et que cette collecte est coordonnée par une de ses collaboratrices avec un numéro de paiement mobile personnel, on n’est plus dans le registre de la tradition ou de la courtoisie.

 

C’est un prélèvement. C’est de l’argent extorqué à des gens en position de dépendance par quelqu’un qui détient un pouvoir sur leur avenir professionnel.

 

En droit centrafricain comme en droit administratif général, cela a un nom. Les institutions compétentes — si elles fonctionnaient — auraient matière à agir.

 

Elles ne fonctionnent pas. C’est pourquoi ce message a circulé sans gêne, en plein jour, sur les téléphones de dizaines de nouveaux fonctionnaires.

 

 

Par Arsène  Mbata

Rejoignez notre communauté

Chaine officielle du CNC

Invitation à suivre la chaine du CNC

CNC Groupe 3

CNC groupe 4

CNC groupe le Soleil

Note : les deux premiers groupes sont réservés  uniquement aux publications officielles du CNC