African Initiative à Bangui : un ancien gendarme centrafricain analyse les méthodes de ce réseau russe

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African Initiative à Bangui : un ancien gendarme centrafricain analyse les méthodes de ce réseau russe

 

African Initiative à Bangui : un ancien gendarme centrafricain analyse les méthodes de ce réseau russe
Les mercenaires russes lourdement armés dans les rues de la capitale Bangui. Photo CNC

 

 

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Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC  

 Alors que l’agence russe African Initiative multiplie ses activités à Bangui, CNC a interrogé Pierre NGA, ancien officier de la gendarmerie centrafricaine aujourd’hui à la retraite. Il livre son analyse sur les logiques de ce type de réseau.

Suivez l’interview ci-dessous.

 

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CNC : Bonjour monsieur NGA. Merci d’avoir accepté cet entretien.

Pierre NGA : Bonjour madame la journaliste. Merci à vous de m’associer à cette réflexion.

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CNC : On parle beaucoup de l’installation d’African Initiative à Bangui, une agence russe présentée comme un média. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Pierre NGA : Ce genre de montage n’est pas nouveau. Une structure qui refuse de s’enregistrer clairement, qui loue ses locaux sous un prête-nom, ce n’est pas le comportement d’une rédaction. C’est le réflexe d’une cellule qui veut opérer sans laisser de traces administratives. J’ai vu ce type de schéma ailleurs, notamment dans les zones où des puissances étrangères cherchent à peser sur l’opinion sans apparaître directement.

 

CNC : Comment expliquez-vous que des journalistes centrafricains acceptent de rejoindre ce genre de structure ?

Pierre NGA : Il faut se mettre à la place de jeunes professionnels dans un secteur où les salaires sont très bas. Une offre financière attractive, sans contrat clair au départ, ça se comprend. Le problème arrive après, quand ils réalisent qu’on leur impose des sujets et des lignes rédactionnelles venues de l’extérieur. À ce moment-là, ils ne sont plus journalistes. Ils deviennent des relais.

 

CNC : Certains évoquent des liens entre ce type d’agence et des groupes armés actifs autour de Bangui. Un tel lien vous paraît-il plausible ?

Pierre NGA : D’un point de vue purement opérationnel, oui, c’est cohérent. Une force qui contrôle à la fois le narratif et le terrain a un avantage stratégique énorme. Elle peut créer une menace, puis se présenter comme la seule capable d’y répondre. C’est une logique que j’ai observée dans d’autres conflits où des acteurs extérieurs cherchent à rendre indispensable leur propre présence militaire.

 

CNC : Comment un tel dispositif profite-t-il concrètement à ceux qui le mettent en place ?

Pierre NGA : Il installe une dépendance. Si le pouvoir croit qu’une attaque peut survenir à tout moment, il ne va jamais remettre en cause la présence de ceux qui prétendent le protéger. C’est une stratégie ancienne, on maintient l’incertitude pour justifier sa propre utilité. Et pendant ce temps, la communication accuse d’autres partenaires internationaux pour détourner les regards.

 

CNC : Des vols de bétail à grande échelle sont rapportés dans certaines localités proches de Bangui. Que révèle ce type d’exaction sur le fonctionnement des groupes armés ?

Pierre NGA : Un groupe armé qui vole du bétail en grande quantité, de façon répétée, n’agit pas au hasard. C’est une activité qui demande une organisation logistique, des routes de convoyage, des acheteurs de l’autre côté de la frontière. Ce n’est pas du simple grand banditisme, c’est une économie de guerre organisée. Et une économie organisée a toujours un encadrement, qu’il soit local ou extérieur.

 

CNC : Certaines informations font également état d’un possible trafic d’organes humains lié à ce réseau. Comment recevez-vous ce genre d’allégation ?

Pierre NGA : Je reste prudent parce que c’est le type d’accusation le plus difficile à prouver formellement. Mais je ne l’écarte pas non plus. Là où un groupe armé opère déjà en toute impunité, avec des complicités locales et un accès à des filières transfrontalières, ce genre de trafic devient malheureusement possible. C’est le degré ultime de la criminalisation d’un territoire.

 

CNC : On parle aussi de fausses opérations de désarmement organisées après certaines attaques. Qu’est-ce que cela vous évoque, vous qui avez porté l’uniforme pendant des années ?

Pierre NGA : Ça me touche personnellement. Envoyer des forces de sécurité fouiller des victimes après un pillage, confisquer leurs arcs et leurs couteaux traditionnels, puis présenter ça comme une grande saisie d’armes de guerre, c’est un détournement complet de la mission des forces de l’ordre. On demande à des gendarmes et des policiers de jouer un rôle qui n’a rien à voir avec la protection des citoyens.

 

CNC : Comment la population peut-elle se protéger face à une stratégie aussi construite ?

L’analyse de l’ancien gendarme centrafricain souligne les implications de l’African Initiative sur la sécurité à Bangui et les dynamiques des groupes armés dans la région.

Pierre NGA : D’abord en refusant la panique. Une population qui panique devient plus facile à manipuler. Ensuite, en développant le réflexe de questionner l’origine des informations qu’elle reçoit, surtout sur les réseaux sociaux. Enfin, en faisant confiance aux institutions nationales légitimes plutôt qu’à des relais étrangers qui n’ont aucun compte à rendre au peuple centrafricain.

 

CNC : Un dernier mot pour conclure ?

Pierre NGA : Un pays ne se sécurise pas en dépendant d’acteurs qui ont intérêt à ce que l’insécurité continue. Le jour où nos propres forces retrouveront les moyens et l’autonomie d’agir seules, ce genre de montage perdra tout son pouvoir.

 

CNC : Merci beaucoup, monsieur NGA, pour cet éclairage.

Pierre NGA : Merci à vous et à toute la rédaction du CNC.

 

Propos recueillis par Gisèle MOLOMA

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