En moins d’un an, la ville de Zémio est devenue la ville fantôme du Haut-Mbomou
Rédigé le 05 mars 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Zémio n’est plus qu’une coquille vide. Les combats qui durent depuis neuf mois ont poussé des dizaines de milliers d’habitants à fuir vers la RDC ou d’autres régions du pays. L’église catholique dénombre 32 000 déplacés dans cette ville autrefois animée du Haut-Mbomou.
Cette fuite massive trouve son origine dans les violences qui opposent les miliciens Azandé aux mercenaires de la milice russe Wagner, soutenus par l’armée centrafricaine, les gendarmes, les policiers et la MINUSCA. Les habitants ont pris la décision de partir, parfois en quelques heures seulement.
Certains se sont déplacés vers l’intérieur du territoire centrafricain, cherchant refuge dans des zones qu’ils jugent moins dangereuses comme au sein de l’église catholique. D’autres ont préféré franchir la frontière pour rejoindre Zapay, en République démocratique du Congo, où ils espèrent obtenir le statut de réfugiés. Les familles ont abandonné leurs maisons, leurs biens, leurs commerces. Les marchés se sont vidés progressivement. Les boutiques ont fermé leurs portes une à une.
Plus de la moitié de la population a disparu des rues de la ville. Cette année, moins de 100 élèves ont franchi les portes des écoles de Zémio. Les salles de classe sont restées vides, les tableaux noirs intacts.
Derrière cet exode se cache une réalité qui explique la terreur des habitants. Les mercenaires de la milice russe Wagner et les soldats des forces armées centrafricaines ont instauré une méthode d’identification qui terrorise la population locale.
Leur critère d’arrestation repose sur la présence de cicatrices de lames de rasoir sur le corps des jeunes hommes. Pour ces forces, ces marques constituent la preuve irréfutable d’une appartenance aux miliciens Azandé, d’un engagement dans les combats armés. Peu importe que ces scarifications soient portées par la quasi-totalité des Centrafricains depuis leur plus jeune âge, qu’elles fassent partie des pratiques culturelles ancestrales, qu’elles n’aient aucun lien avec une quelconque activité militaire. Un jeune peut se promener sans arme, sans équipement suspect, sans rien qui l’associe de près ou de loin à un groupe armé. Si son corps porte ces traces, il devient automatiquement une cible.
Les forces le considèrent comme un combattant et procèdent à son arrestation sur-le-champ. Cette logique d’arrestation a provoqué une vague de déportations des jeunes du Haut-Mbomou vers la capitale. Les personnes appréhendées à Zémio sont envoyées à Bangui, parfois sans procès, sans interrogatoire digne de ce nom.
Les forces ne se contentent pas d’arrêter ceux qu’elles croisent dans les rues. Elles se rendent également sur les sites où se regroupent les déplacés, ces espaces censés offrir une protection minimale aux populations vulnérables.

Récemment, dix personnes ont été arrêtées directement sur un camp de déplacés de l’église catholique de Zemio. Parmi elles se trouvait un jeune boucher. Une fois arrivé à Bangui, ce garçon a été tué par des mercenaires russes du groupe Wagner. Son corps a ensuite été déposé à la morgue, sans explication, sans que sa famille soit immédiatement informée. Cette mort s’inscrit dans une série d’exécutions attribuées aux mercenaires Wagner présents dans le pays. Le groupe a tué de nombreuses personnes depuis son arrivée sur le territoire centrafricain.
Face à ces violences, aucune instance internationale ne semble en mesure d’agir. La Cour pénale internationale, informée, est sur le dossier, mais la justice est lente dans ses procédures. Cette absence d’investigation laisse le champ libre aux forces présentes à Zémio et dans les environs. Wagner poursuit ses opérations sans contrainte apparente.
Touadera continue également ses activités criminelles. Personne n’ose s’interposer ou remettre en question les méthodes employées par ses criminels russes. Le silence des institutions internationales encourage la poursuite des arrestations arbitraires, des déportations, des exécutions sommaires. Les habitants de Zémio le savent. Ils comprennent qu’aucune protection ne leur sera offerte tant que cette situation perdurera. C’est précisément cette absence de recours qui alimente leur décision de partir, de tout abandonner pour sauver leur vie et celle de leurs proches.
Parfois, après quelques semaines de calme relatif, certaines familles tentent de rentrer à Zémio. Elles espèrent retrouver leurs maisons, reprendre leurs activités, redonner une normalité à leur existence. Mais ces tentatives de retour se heurtent rapidement à la réalité du terrain. Les forces présentes dans la ville leur rendent la vie impossible dès leur arrivée. Les contrôles se multiplient, les interrogatoires recommencent, la menace d’arrestation plane constamment. Récemment, ces mêmes forces ont pris une décision qui complique encore davantage la situation : elles ont bloqué la frontière avec la RDC.
Par Éric Nzapa
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