La 7e République de Touadéra au bord de la crise de nerfs, ses piliers Sani Yalo et Bida Koyagbalé sur le gril de la justice.
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Le régime de Faustin-Archange Touadéra traverse une zone de fortes turbulences. Depuis le début de ce mois, la fuite d’un enregistrement audio sur Facebook et WhatsApp, évoquant un projet de coup d’État en préparation, sème la panique au sommet de l’État. Cette affaire, qui met en cause plusieurs figures clés du pouvoir, révèle la paranoïa d’un régime assis sur un tas de paille sèche : au moindre bruit de lézard, les barons de Bangui sursautent, persuadés que l’incendie est déclaré
Un complot fantôme aux ramifications haut placées
Selon les éléments de cet enregistrement sonore qui secoue la capitale, les auteurs affirment s’informer sur les mouvements de Karim Mekassoua, l’ancien président de l’Assemblée nationale. Ce dernier, actuellement à Brazzaville, chercherait à obtenir l’appui logistique et financier du président congolais Denis Sassou Nguesso pour finaliser un projet de déstabilisation en RCA.
Mais le scandale réside surtout dans l’implication présumée de plusieurs “points focaux” logés au cœur même du régime de Bangui. Parmi les autorités citées figurent Bida Koyagbalé, ministre conseiller des grands travaux à la présidence, et l’incontournable Sani Yalo, président du conseil d’administration du Bureau d’affrètement routier centrafricain (BARC). Convoqués par la justice pour être auditionnés depuis le 25 mai, les deux hommes ont dans un premier temps refusé de se présenter, obligeant le président Touadéra lui-même à intervenir fermement pour les rappeler à l’ordre et les contraindre à obtempérer.
Bida Koyagbalé et Sani Yalo : des profils qui accablent le régime
Si cette enquête judiciaire fait l’effet d’une bombe, c’est que les personnalités visées incarnent à elles seules les dérives morales, les trafics et le charlatanisme financier de l’entourage présidentiel.
Bida Koyagbalé, dit « Tourougou-Banque » : l’art de l’illusion financière
Décrit par des sources policières comme un homme à la moralité douteuse, Bida Koyagbalé est un habitué des dossiers sombres. Après avoir totalement dilapidé la fortune de son propre défunt papa, il s’est retrouvé sans un sou à Bangui. C’est à force de faire la cour au régime qu’il a réussi à se faire nommer ministre conseiller aux grands travaux. Pourtant, l’homme n’a aucune base politique réelle. Pour masquer ce vide et s’attirer les faveurs de la présidence, il s’est mis à inventer les projets bancaires les plus farfelus du monde : il promettait la création d’une « Tourougou Banque » pour les militaires et d’une « Yaka-Banque » pour les agriculteurs, au point que tout Bangui l’a rapidement affublé du surnom moqueur de « Tourougou-Banque »
Multipliant les voyages en jet privé vers la Russie pour projeter ses plans mirifiques auprès des partenaires de Moscou, il en est revenu les mains vides, ses projets chimériques étant restés bloqués au Kremlin. Entre-temps, la réalité l’a rattrapé : il traîne une ardoise monumentale auprès d’Ecobank Centrafrique pour des prêts massifs contractés sur les biens paternels, des fonds prétendument destinés à l’agriculture moderne qu’il s’avère aujourd’hui incapable de rembourser.
Sani Yalo : l’art du reniement, de l’escroquerie et des « diamants de sang »
Sani Yalo est une figure dont la réputation sulfureuse n’est plus à faire, ou du moins n’est plus à démontrer. Le parquet n’aura pas grand-chose à faire le concernant. Qualifié par l’opinion publique de « mafieux né », il cumule les fonctions d’apparatchik, de conseiller occulte, de fournisseur attitré de produits aphrodisiaques pour le chef de l’État et, surtout, de grand argentier du parti au pouvoir.
Sani Yalo : un parcours criminel et cynique sans états d’âme
Pour comprendre de quoi Sani Yalo est capable, il faut plonger dans son passé, largement documenté par les enquêtes de Mondafrique. Né en 1963 d’un père mécanicien, il a très tôt appris à utiliser les réseaux d’influence pour s’enrichir, s’illustrant par une totale absence d’états d’âme.
L’escroquerie et la condamnation dans l’affaire Zongo Oil : Impliqué dans le détournement de plusieurs milliards de FCFA au détriment du Trésor public via la société Zongo Oil sous Patassé, il est arrêté puis libéré avant de prendre la fuite. Sous le régime de Bozizé, il est à nouveau arrêté au Cameroun en 2002 puis extradé vers la Centrafrique. Il est finalement condamné en août 2006 par le tribunal de Bangui à huit ans de prison ferme pour escroquerie, faux et corruption
Le double jeu avec la Séléka et les Anti-Balaka : Opportuniste politique, il gravite autour de la Séléka avant d’en être rejeté en 2013. C’est durant cette période de chaos, que d’aucuns qualifiaient de guerre communautaire à Bangui, que Sani Yalo révèle sa vraie nature d’homme sans scrupules. Faisant fi des clivages idéologiques ou religieux, il finance et utilise simultanément les rebelles de la Séléka et les miliciens Anti-Balaka pour racheter à bas prix les « diamants de sang » qu’ils extrayaient des zones minières. Ce trafic d’or rouge, pourtant placé sous strict embargo international, a alimenté la guerre fratricide et grandement enrichi Yalo sur le dos des victimes centrafricaines.
Le jackpot du BARC sous Touadéra : En août 2016, Touadéra le récompense en le nommant à la tête du BARC. Cette structure, qui détient le monopole du trafic routier sous-régional, constitue une véritable mine d’or. C’est depuis ce poste que Sani Yalo est devenu le grand financier du parti présidentiel, injectant récemment, de ses propres aveux, près de 200 millions de FCFA pour assurer les festivités et la survie politique du régime.
Des ambitions politiques définitivement enterrées
Cette convocation judiciaire sonne le glas des ambitions démesurées de Sani Yalo. Profitant de son poids financier, il s’est battu sans relâche pour évincer le Premier ministre Félix Moloua afin de prendre sa place. Moloua ayant été reconduit, Yalo s’était alors rabattu sur le poste de vice-président de la République.
Cette audition devant les juges enterre définitivement ses rêves de grandeur. Contactée par notre rédaction, une source proche de Sani Yalo confie que ce dernier fulmine en coulisses. Il perçoit cette enquête comme une véritable “chasse aux sorcières” orchestrée contre lui, lui rappelant les heures sombres qu’il a vécues sous François Bozizé, à l’époque où un certain Faustin-Archange Touadéra était déjà Premier ministre.
Le ver est dans le fruit. En activant la justice contre ses propres créanciers et soutiens de la première heure, Touadéra joue avec le feu. Quand un pouvoir commence à traquer ses propres financiers et ses conseillers les plus fantasques pour des soupçons de complot, c’est le signe indéniable que les fondations du palais de la Renaissance craquent de toutes parts.
Affaire a suivre..
Gisèle MOLOMA
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