À Ndachima, un artisan minier décrit le travail sous la menace permanente autour du site contrôlé par les Russes

Rédigé le 04 mars 2026 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
À Ndachima, village minier situé à une soixantaine de kilomètre de Bambari, dans la préfecture de la Ouaka, les jeunes centrafricains continuent de chercher de l’or dans une zone désormais sous contrôle russe, malgré plusieurs morts enregistrées chaque jour. Ibrahim, artisan minier né dans ce village, raconte pourquoi les habitants persistent à exploiter les déchets rejetés par les machines russes, au péril de leur vie.
Suivez ci-dessous son interview intégrale conduite par l’un des journalistes de Corbeau News Centrafrique (CNC).
CNC : Bonjour Monsieur Ibrahim. Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Ibrahim : Je m’appelle Ibrahim. Je suis artisan minier. Je suis né ici à Ndachima en 1991. Après mes études primaires à Ndachima, je suis allée au lycée de Bambari, j’ai abandonné en classe de seconde et je suis revenu au village.
CNC : Quelle est exactement votre activité aujourd’hui ?
Ibrahim : Comme la majorité des jeunes d’ici, je suis sur les chantiers miniers. Nous cherchons de l’or tous les jours.
CNC : Ndachima enregistre des morts quotidiennes autour du site minier. Pourquoi rester malgré ce danger constant ?
Ibrahim : Nous sommes nés ici, nous avons grandi ici. Nos grands-parents travaillaient déjà sur ces mines, nos parents aussi. C’est la seule activité possible dans ce village. Mais ce qui se passe aujourd’hui est complètement différent de ce que nous avons connu. Les terres que nos parents exploitaient ont été vendues. Maintenant, ce sont les Russes qui contrôlent tout.
CNC : Qu’est-ce qui a précisément changé depuis que les Russes ont pris le contrôle du site ?
Ibrahim : Ils ont tout verrouillé. Nous n’avons plus aucun accès. Lorsqu’ils creusent, ils enlèvent d’abord les couches de terre inutiles avant d’atteindre le gravier qui contient l’or. Ces déchets, ils les rejettent à environ trois kilomètres de leur base. Et nous, c’est sur ces tas rejetés que nous allons récupérer ce qui peut rester.
CNC : Combien de grammes pouvez-vous trouver dans une journée de travail ?
Ibrahim : Souvent rien. Tu peux transporter plusieurs sacs, les laver et ne rien obtenir. Mais parfois, tu peux trouver l’équivalent d’une petite tête d’allumette d’or. On vend ça entre 4000 et 5000 francs CFA. C’est ce qui permet de nourrir nos familles.
CNC : Pourquoi les Russes vous interdisent-ils de fouiller ces déchets alors qu’ils les ont déjà rejetés ?
Ibrahim : On ne sait pas. Si un Russe te voit, il tire. Directement. Ils tuent sans hésiter. On a connu ici des Français, des Sud-Africains, des Canadiens. Jamais on n’a vu autant de morts. Ici, les décès sont constants. Personne n’en parle, et les autorités ne viennent jamais.
CNC : Comment s’organise la surveillance autour du site ?
Ibrahim : À l’entrée, il y a ceux qu’on appelle les “Russes noirs”. Ce sont d’anciens combattants centrafricains formés par les Russes. Ils contrôlent le passage et confisquent parfois les sacs que nous transportons. Ils lavent eux-mêmes les déchets. Plus loin, quand les Wagner arrivent, ils tirent sur les gens ou renversent les camions de déchets sur ceux qui fouillent. Cela peut ensevelir dix ou quinze personnes d’un coup.
CNC : La jeunesse dit être la première cible des violences. Comment décrivez-vous ce que vivent aujourd’hui les jeunes dans cette zone ?
Ibrahim : Chaque fois, les jeunes répètent la même chose : les Russes nous tuent. Nous sommes l’avenir de ce pays, mais on nous élimine et personne ne réagit. Les autorités ne disent rien, comme si notre vie n’avait aucune valeur. Le nombre de morts dépasse tout ce que les habitants peuvent imaginer. Ici, la paix commençait à revenir. Des anciens rebelles, des braqueurs, des jeunes sans travail étaient venus pour changer de vie, prendre des outils, chercher de l’argent de façon honnête. Ils avaient laissé la violence derrière eux. Mais quand on tue comme ça, ces jeunes peuvent repartir dans le banditisme. Ceux qui étaient venus pour la paix se demandent pourquoi on les abat alors qu’ils essaient juste de vivre. Personne ne vient à leur secours, et cela détruit toute chance d’avenir.
CNC : Avez-vous été témoin d’un incident récemment ?
Ibrahim : Oui. Mardi, j’ai vu un homme se faire tuer. Le lendemain, ils ont encore tiré sur quelqu’un. Parfois, les déchets sont déversés directement sur les gens. C’est quotidien.
CNC : La population avait organisé une grève il y a quelques semaines. Y a-t-il eu un changement ?
Ibrahim : Aucun. Les habitants avaient protesté, les gendarmes et les soldats sont venus, mais rien n’a changé. Le danger reste le même.
CNC : Les autorités nationales se rendent-elles parfois sur le site ?
Ibrahim : Jamais. Le site est complètement fermé. Les Russes sont les seuls à y entrer.
CNC : Certains disent que des jeunes se rendent volontairement au camp russe en échange du riz ou de sardine pour être sodomisés par ses voyous de Wagner. Est-ce vrai ?
Ibrahim : Non. Par contre, il arrive que les Wagner arrêtent des gens, les enferment ou les agressent sexuellement. Mais personne ne s’y rend volontairement.
CNC : Merci Monsieur Ibrahim pour votre témoignage et votre disponibilité.
Ibrahim : C’est à moi de vous remercier. Merci CNC.
Propos recueillis par notre correspondant à Bambari.
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