Kémo et Nana-Gribizi : un cri de cœur des ressortissants accuse les cadres d’avoir cotisé 16 millions pour Touadéra au lieu de développer leurs régions

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Kémo et Nana-Gribizi : un cri de cœur accuse les cadres d’avoir cotisé 16 millions pour Touadéra au lieu de développer leurs régions

 

 

Kémo et Nana-Gribizi : un cri de cœur accuse les cadres d’avoir cotisé 16 millions pour Touadéra au lieu de développer leurs régions

Rédigé le 26 novembre 2025 .

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

Une lettre ouverte signée par des ressortissants de Kémo et Nana-Gribizi accuse durement leurs élites d’avoir mobilisé plus de 16 millions de francs CFA pour la campagne de Touadéra pendant que leurs villages croupissent dans l’abandon total.

 

 

Un document qui circule actuellement interpelle ces cadres et fonctionnaires. Ce « cri de cœur Nana Gribizi – Kémo aux fonctionnaires et soutiens de Touadéra », accompagné d’une liste nominative de 73 contributeurs avec les montants précis de leurs donations, dénonce le paradoxe d’une mobilisation financière massive pour une campagne électorale alors que les populations de ces préfectures vivent dans des conditions dramatiques. Les auteurs de cette lettre ouverte qualifient d’ailleurs ces donateurs de « pseudo-ressortissants », une formulation qui en dit long sur leur colère. Pendant que leurs élites installées à Bangui ont choisi de cotiser massivement pour garantir le maintien au pouvoir du régime, les villages de Kémo et Nana-Gribizi manquent de tout : routes, hôpitaux équipés, écoles fonctionnelles.

 

La lettre débute par une ironie cinglante adressée directement à ces cadres. « Messieurs les membres du MCU et Soutien pour la reconduction de votre Régime pour l’éternité, ceci est un cri qui vous est adressé à vous et votre regime pour vous féliciter », écrivent les auteurs. Le document reconnaît que ces fonctionnaires ont « réussi à montrer qu’ils savent faire comme les ressortissants des régions 6 et 2 », une allusion aux autres régions du pays dont les élites sont réputées pour leur capacité à mobiliser des ressources pour des causes politiques.

 

Le cri de cœur poursuit en admettant que « votre pari a réussi c’est vrai ». Malgré les « difficultés financières et la vie précaire de la population » que ces cadres prétendent représenter, ils ont réuni « la coquète somme nécessaire au financement de la campagne des quatre scrutins » dans leur région. Les auteurs de la lettre précisent qu’ils ont démontré « qu’il faut moins de 15 millions de Francs CFA pour organiser les quatre élections (Présidentielles, Législatives, Régionales et Municipales) dans votre petite region comparée aux grandes régions de la République centrafricaine ».

 

La liste des contributeurs, qui accompagne cette lettre, détaille effectivement les noms de 73 personnes ayant versé des montants allant de 5 000 à 2 millions de francs CFA. En tête des donateurs figurent Bienvenu Ali et Ouambeti Thierry avec 2 millions de francs chacun, suivis de Prisca Mamadou (1,5 million), puis Célestin Yanendji, Zokoue Bienvenu, Djapagaza Christelle et Arthur Piri avec 1 million chacun. Les contributions s’échelonnent ensuite de 500 000 francs pour des noms comme Calixte Betianga, Ngaté Hypolite, Clotaire Samba, Martial Pabandji et Mazimbala Nelson, jusqu’aux plus modestes apports de quelques dizaines de milliers de francs. Le montant total atteint précisément 16 650 509 francs CFA.

 

Les dépenses provisoires engagées pour la cérémonie de réception du président témoignent de l’ampleur de l’événement : location de tente (1 million FCFA), sonorisation (150 000 FCFA), artistes (150 000 FCFA), symbole (10 000 FCFA), commission logistique (600 000 FCFA) et Semaporo (100 000 FCFA), soit un total de 2 010 000 francs. Le solde restant s’élève donc à 14 640 509 francs CFA, apparemment destiné au financement de la campagne proprement dite.

 

Mais c’est après avoir documenté cette mobilisation financière que le cri de cœur devient véritablement acerbe. « Maintenant que le financement des élections est bouclé, il est de votre grande responsabilité, de faire de même pour les problèmes de votre region », interpellent les auteurs. Le document rappelle que « chaque habitants de la région 4 est conscient que vous y avez pensé » et énumère les localités qui souffrent : « Mbrès qui vit Ndassima au quotidien, Bandoro et Ndjoukou mais surtout Maroumba proche de Ndassima, toutes ces villes vivent un enfer qui ne vous échape sûrement pas ».

 

L’objectif du cri de cœur est clairement formulé : « vous rappeller que vous avez des électeurs qui attendent de vous le même sens d’engagement et de responsabilité que celui que vous déployz pour garder le pouvoir, geste louable ». La formulation, teintée d’ironie, appelle ces fonctionnaires à consacrer la même énergie au développement de leurs régions d’origine qu’à la campagne présidentielle.

 

« Sans vous offenser, vous êtes priés de considérer la présente comme un appel solennel et urgent », poursuit la lettre. Les auteurs dénoncent le fait que « la liste mise en circulation de façon ostententoire, ne peut masquer le silence de la population, au point d’être interprétée comme une ignorance totale des difficultés ». Puis vient cet avertissement direct : « La population sait qui a cotisé ».

 

Le cri de cœur propose alors une série de priorités concrètes pour lesquelles ces mêmes cadres pourraient « cotiser de la même façon » : construire l’axe Sibut-Grimari, construire la piste Galafindo-Ndjoukou, équiper les hôpitaux préfectoraux de Sibut et Kaga Bandoro, et payer les maîtres-parents qui enseignent les classes terminales des lycées de Sibut, Dékoa et Bandoro. Ces revendications touchent aux besoins les plus élémentaires : routes, santé et éducation.

 

Le cri de cœur introduit ensuite le concept d’« isolement social » pour décrire la situation actuelle. Selon les auteurs, cet isolement « défini l’état dans lequel la population de votre Région vit actuellement sans sentiment d’appartenance à la société banguissoise à laquelle vous appartenez en son nom ». Cette population vit « dans un état de délabrement de l’environnement domestique, le désordre excessif avec des besoins en infrastructures de bases qui ne vous préoccupent guere ». Le document énumère ces besoins fondamentaux : « École, Eau propre, Santé et route pour vendre ses produits agricoles afin de contribuer aux besoins alimentaires des autres régions ».

 

Dans un dernier développement, le cri de cœur pose la question de savoir « comment résister contre l’iNJUSTICE socialE INSOLENTE dANS LAQUELLE VOUS LA MAiNTENEZ Au NOM DE VOTRE POUVOIR ». Les auteurs affirment qu’« il est essentiel d’agir au plus tôt pour éviter les dangers potentiels » et reviennent à leur proposition centrale : « Cotisez comme vous venez de le faire pour le financement de votre reconduite aux affaires ».

 

Cette lettre ouverte, signée « cri de cœur de la Nana Gribizi et de la Kémo », témoigne d’une fracture profonde entre les élites de ces préfectures, installées dans la capitale et mobilisées pour la réélection de Touadéra, et les populations locales qui continuent de vivre dans le dénuement. La publication de la liste nominative des 73 contributeurs, avec les montants précis de leurs donations, apparaît comme une volonté de rendre publique la responsabilité de chacun de ces cadres. En démontrant qu’ils peuvent réunir plus de 16 millions en quelques semaines pour une cause politique, ces fonctionnaires ont involontairement prouvé qu’ils disposent des moyens et des réseaux pour mobiliser des ressources importantes. La question posée par ce cri de cœur est donc simple : pourquoi ne pas utiliser cette même capacité de mobilisation pour le développement de leurs régions d’origine, abandonnées depuis des années par les pouvoirs publics ?

 

Dans le contexte des élections groupées de décembre 2025, où le président Touadéra brigue un troisième mandat contesté, cette affaire vient s’ajouter aux nombreuses polémiques qui entourent le processus électoral. Elle pose la question du rôle des élites locales et de leurs priorités : servir les intérêts d’un régime en place ou répondre aux besoins urgents de leurs populations d’origine. Pour les habitants de Kémo et Nana-Gribizi, la réponse semble désormais claire, et elle est consignée noir sur blanc dans cette liste de 73 noms qui circule désormais comme un réquisitoire public.

 

Par Justin Féïmona….

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