Pont de PK9 : traverser à pieds, c’est affronter la mort en face

Par la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC.
Des milliers de Centrafricains risquent leur vie chaque jour sur cet ouvrage du pont du PK 9 qui tombe en ruine.
Une traversée qui dure une éternité
Tous les matins, c’est le même scénario. Dès six heures, les véhicules forment une longue file qui s’étend sur plusieurs centaines des mètres. Taxi-brousse, motos, voitures particulières, camions de marchandises : tout le monde attend son tour pour franchir ce pont à voie unique.
20 minutes d’attente minimum. Parfois plus. Les conducteurs coupent leurs moteurs, descendent de leurs véhicules, discutent entre eux. D’autres, plus pressés, tentent de doubler par la droite. Les militaires sifflent, gesticulent, remettent de l’ordre dans cette pagaille.
Ce pont relie Bangui à Mbaïki via Bimbo et à toute la zone sud-ouest de la capitale. Pas d’alternative. Pas de déviation possible. Tous les habitants de cette partie de la ville allant vers Moungoumba et Mbaïki doivent obligatoirement passer par ce pont du PK 9. Commerçants qui vont au marché, employés qui rejoignent leur bureau, écoliers qui se rendent en classe : personne n’échappe à cette corvée quotidienne.

Le pont du PK9, long de 100 mètres et de 3 mètres de largeur, a été construit durant la période coloniale dans les années 1945 – 1950 par une coopération allemande. Cette infrastructure vétuste a été construite pour quelques dizaines de véhicules par jour. Aujourd’hui, des centaines de voitures l’empruntent chaque heure. Le calcul est simple : l’ouvrage n’est plus adapté à la réalité actuelle.
Le trottoir sans protection, et la mort en face
Mais le vrai problème, c’est le passage des piétons. Le trottoir longe le pont sur toute sa longueur de 100 mètres. Sauf qu’il n’y a plus de barrières de sécurité. Elles ont disparu, rongées par la rouille ou emportées par les intempéries. Résultat : les gens marchent au bord du vide, à quelques mètres au-dessus de la rivière Mpoko.
Chaque jour, des centaines de personnes empruntent ce passage. Femmes avec leurs enfants, vendeurs chargés de marchandises, jeunes qui vont à l’école. Tous avancent prudemment, collés au muret central pour éviter de glisser vers l’extérieur.
Quand il pleut, la situation devient encore plus dangereuse. Le sol devient glissant, la visibilité diminue. Les gens se bousculent, se poussent, tentent de passer plus vite. Un accident peut arriver à tout moment.

La rivière Poko coule plusieurs mètres en contrebas. L’eau est profonde à cet endroit. Quelqu’un qui tombe a très peu de chances de s’en sortir vivant, surtout s’il ne sait pas nager.
Depuis combien de temps déjà ?
Cette situation dure depuis des années. Peut-être même des décennies. Les habitants de Bimbo ont grandi avec ce pont défaillant. Leurs parents l’ont connu, leurs grands-parents aussi. Les ainés se souvient d’une époque où la circulation était fluide sur ce pont.
Pourtant, la solution existe. Elle est même évidente : construire un deuxième pont. Ou au minimum, réparer celui qui existe, remettre les barrières de sécurité, élargir la chaussée. Ces travaux ne demandent pas de technologies révolutionnaires. D’autres pays africains l’ont fait.
Mais rien ne bouge. Les années passent, les gouvernements se succèdent, les promesses s’accumulent. Le pont reste dans le même état. Pire : il continue de se dégrader. Chaque saison des pluies emporte un peu plus de revêtement, chaque passage d’un camion lourd fragilise un peu plus la structure.
L’habitude du provisoire
Au fil du temps, les gens s’organisent. Ils partent plus tôt le matin, rentrent plus tard le soir. Ils évitent les heures de pointe quand c’est possible. Ils développent des stratégies, des astuces, des raccourcis. Cette capacité d’adaptation force le respect.
Mais cette adaptation a ses limites. Elle ne résout pas le problème de fond. Elle permet juste de survivre avec. C’est la différence entre traiter les symptômes et soigner la maladie.
Le pont de PK9 continue de fonctionner. Tant bien que mal. Les gens continuent de passer, de patienter, de prendre des risques. Cette résilience impressionne. Elle montre la capacité d’adaptation des populations, leur détermination à poursuivre leurs activités malgré les obstacles.
Mais cette résilience ne doit pas servir d’excuse à l’inaction. Elle ne doit pas faire oublier qu’une infrastructure défaillante handicape toute une région, freine le développement économique, met en danger des vies humaines.
Un jour, peut-être, les choses changeront. Un nouveau pont verra le jour, ou l’ancien sera réparé. En attendant, la vie continue, avec ses contraintes et ses dangers. Le pont de PK 9 reste ce qu’il est : un passage obligé vers un avenir qui tarde à venir….
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