RDC : Félix Tshisekedi lie la révision constitutionnelle à la fin de l’agression, un argument démagogique pour justifier son projet

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Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, affirme que la révision de la Constitution est nécessaire pour remettre le pays sur les bons rails et mettre fin à l’agression dont il se dit victime. Une justification contestable, alors que les difficultés militaires de la RDC face aux rebelles du M23 et au Rwanda posent d’abord la question de l’efficacité de son armée et de sa stratégie de défense.

 

« Je n’aime pas cette constitution et je ne l’ai pas caché », a déclaré Félix Tshisekedi, en réponse aux soupçons sur ses intentions politiques. Le chef de l’État congolais rejette l’idée selon laquelle son projet de changement constitutionnel viserait à prolonger son maintien au pouvoir.

 

RDC : Félix Tshisekedi lie la révision constitutionnelle à la fin de l’agression, un argument démagogique pour justifier son projet
Felix tshisekedi le 30 decembre 2018 apres son vote afp

 

« Moi, je pense que ma mission est celle de mettre fin à l’agression de mon pays et de le poser sur les bons rails pour qu’il aille de l’avant », a-t-il expliqué. Il ajoute que ces objectifs passent également par une révision de la Constitution, estimant que le texte actuel ne serait pas suffisamment favorable au pays.

 

Cette argumentation entretient une confusion entre deux questions pourtant distinctes : la défense du territoire national et la modification de la loi fondamentale. La Constitution ne constitue pas, en elle-même, un obstacle à la formation d’une armée efficace, à l’amélioration de son commandement ou au renforcement des capacités opérationnelles des Forces armées de la RDC (FARDC).

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Une Constitution ne remplace pas une stratégie militaire

 

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Depuis plusieurs années, l’est de la RDC reste confronté à une crise sécuritaire persistante. Les avancées du M23, les accusations de soutien militaire rwandais portées par Kinshasa et les difficultés des FARDC à reprendre durablement le contrôle de certaines zones ont mis à l’épreuve les capacités de l’État congolais à défendre son territoire.

 

La RDC dispose pourtant d’un territoire immense, de ressources naturelles considérables et d’un potentiel humain important. Malgré ces atouts, les autorités peinent à garantir la sécurité dans plusieurs régions de l’est du pays.

 

Dans ces conditions, le débat porte d’abord sur la préparation des soldats, la qualité de l’équipement, la discipline dans les rangs, le renseignement militaire, la logistique et l’efficacité de la chaîne de commandement. La capacité à coordonner les opérations avec les partenaires régionaux et internationaux compte également.

 

La question est donc simple : en quoi une révision constitutionnelle permettrait-elle, à elle seule, de résoudre ces difficultés militaires ? Félix Tshisekedi n’apporte pas, dans sa déclaration, d’explication concrète établissant un lien direct entre le changement de la Constitution et la reconquête des territoires perdus.

 

Présenter la révision constitutionnelle comme une étape nécessaire pour mettre fin à l’agression revient ainsi à associer deux enjeux qui exigent des réponses différentes. La défense nationale relève avant tout de décisions politiques, militaires et stratégiques, dans le cadre des institutions existantes.

 

Félix Tshisekedi écarte les soupçons sur son maintien au pouvoir

 

Le président congolais affirme également qu’il ne cherche pas à prolonger son mandat. « Mais ça ne veut pas dire que je vais rester au pouvoir », assure-t-il.

 

Il poursuit en déclarant : « Si en 2028, les objectifs que je me suis fixés sont atteints et que le peuple ne veut pas changer de constitution, je ne vois pas comment moi je vais faire pour me maintenir au pouvoir. »

 

Cette formulation ne dissipe pas les interrogations sur ses intentions. Elle laisse au contraire subsister une ambiguïté : le chef de l’État défend une modification constitutionnelle tout en affirmant que son maintien au pouvoir n’en constitue pas l’objectif.

 

Or, la Constitution congolaise fixe les règles relatives au mandat présidentiel. Toute initiative de révision doit donc être examinée à la lumière de ses dispositions, notamment celles qui encadrent la durée et le nombre des mandats présidentiels. Le débat ne peut pas se limiter aux intentions affichées par le président.

 

En liant son projet constitutionnel à la fin de l’agression, Félix Tshisekedi présente cette réforme comme un élément de sa mission nationale. Pourtant, la sécurité du pays ne saurait servir, à elle seule, de justification à une modification des règles fondamentales de l’État.

 

Un discours démagogique qui évite les questions de fond

 

La déclaration de Félix Tshisekedi peut être qualifiée de démagogique dans la mesure où elle associe une réforme constitutionnelle controversée à un objectif national largement partagé : la défense du territoire et le retour de la paix.

La révision constitutionnelle proposée par Félix Tshisekedi soulève de nombreuses interrogations quant à son impact réel sur l’efficacité des FARDC et la sécurité du territoire national.

 

La population congolaise attend des résultats sur le terrain, notamment la protection des civils, la sécurisation des territoires occupés et le renforcement des capacités de l’armée. Elle attend aussi des explications sur les raisons pour lesquelles un pays disposant des moyens humains et économiques de la RDC rencontre autant de difficultés face à une rébellion soutenue, selon Kinshasa et plusieurs rapports internationaux, par le Rwanda.

 

La priorité devrait être de répondre à ces préoccupations par des mesures concrètes, plutôt que de présenter la modification de la Constitution comme une condition du redressement national.

 

En affirmant que la révision constitutionnelle fait partie des moyens nécessaires pour remettre la RDC sur les bons rails, Félix Tshisekedi déplace le débat vers les institutions sans démontrer en quoi cette réforme améliorerait directement la situation militaire. Son discours ne répond donc pas à la question centrale : pourquoi les FARDC peinent-elles à défendre efficacement le territoire congolais, et quelles mesures immédiates le pouvoir entend-il prendre pour y remédier ?

 

La fin de l’agression et la réforme constitutionnelle sont deux dossiers distincts. Les réunir dans un même argument politique risque surtout de détourner l’attention des responsabilités du pouvoir dans la conduite de la guerre et de nourrir les soupçons autour des véritables objectifs de cette initiative constitutionnelle.

 

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