Axe Bangui-N’Djamena : L’engrenage d’une guerre fratricide organisée par Wagner se précise

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​Une ombre menaçante et meurtrière plane désormais sur la frontière entre la République centrafricaine et le Tchad. Le peuple centrafricain, déjà étouffé par une vie chère insoutenable imposée par le régime dictatorial de Faustin-Archange Touadéra, sous peine d’arrestation arbitraire s’il ose ouvrir la bouche pour respirer, doit désormais s’attendre au pire des pires : le « lôrô na lôrô » (la fuite éperdue pour ceux qui ne comprennent pas le sango), la mort, la famine et les déplacements forcés.

 

Selon des observateurs avertis de la scène politique et sécuritaire sous-régionale, les signaux d’un affrontement militaire imminent entre les forces de Bangui, épaulées par les mercenaires russes de Wagner et les paramilitaires soudanais des FSR, et l’armée tchadienne n’ont jamais été aussi alarmants et loin.

Axe Bangui-N’Djamena : L’engrenage d’une guerre fratricide orchestrée par Wagner se précise

 

Au milieu de ce jeu d’échecs géopolitique mortel, les populations civiles des deux côtés de cette frontière artificielle tracée il y a un siècle par la colonisation s’interrogent, désemparées, sur les raisons réelles d’une telle escalade.

 

​La psychose de Bangui : quand le régime accuse Paris et N’Djamena

 

​Pour comprendre l’origine de cette tension aiguë et sans précédent entre les deux pays, il faut remonter à la stratégie globale du groupe paramilitaire russe Wagner en Afrique centralisée à Bangui.

 

Après s’être implantés en Centrafrique, au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les mercenaires de Wagner rêvaient de faire sauter le dernier verrou d’Afrique centrale : le Tchad, afin de parachever le départ des forces françaises.

 

​Mais le projet a capoté. Face à la déstabilisation de ses frontières et sous la pression d’enquêtes judiciaires internationales, notamment devant la CPI, le président tchadien Mahamat Idriss Déby a opéré un virage stratégique à 100% en consolidant son alliance sécuritaire avec Paris et en réorganisant le dispositif militaire français sur son sol.

 

​Pour le pouvoir centrafricain, le doute n’est plus permis et la ligne officielle est désormais claire. Comme l’ont affirmé sans ambages Jules Njawe, conseiller de Faustin-Archange Touadéra, et Maxime Mokpeme Yaloké, ministre porte-parole du gouvernement, la France pourrait se servir du Tchad comme base arrière pour renverser les pouvoirs en place en Centrafrique, au Niger et ailleurs.

 

À leurs yeux, le régime de Bangui, considéré par Paris et les chancelleries occidentales comme le poumon, le moteur central et le centre de gravité du déploiement russe en Afrique, est directement menacé. Persuadés que N’Djamena constitue le tremplin d’une contre-offensive occidentale, Touadéra et ses parrains russes ont décidé de jouer le tout pour le tout.

 

​L’étincelle de trop : le bombardement de trop et la riposte tchadienne

 

​Cette escalade guerrière trouve son terreau récent dans des incidents armés d’une extrême gravité. On se rappelle encore de l’avant-dernier événement tragique marqué par un bombardement meurtrier mené contre les militaires tchadiens, ayant occasionné 12 blessés du côté tchadien, ainsi que 3 morts et une dizaine de disparus dans les rangs des mercenaires russes.

 

​Ce coup de force inacceptable a jeté de l’huile sur le feu, poussant les autorités tchadiennes à renforcer massivement le dispositif militaire le long de sa frontière avec la Centrafrique.

 

C’est précisément cette riposte et ce verrouillage qui ont piqué au vif l’orgueil mal placé des mercenaires russes, les poussant à une fuite en avant à travers cette agitation militaire agressive.

 

Une stratégie de déstabilisation orchestrée depuis des années: L’historique des faits

 

Pour mémoire, cette volonté russe d’installer une dissidence depuis le territoire centrafricain ne date pas d’hier. Corbeau News Centrafrique n’a cessé de documenter au fil des ans les étapes de ce plan machiavélique :

 

– Les bases de Paoua : Dès les premières heures de la présence de Wagner, des bases d’entraînement pour rebelles tchadiens ont été érigées dans le nord-ouest de la RCA, notamment à Paoua, semant la panique au sein des populations locales.

 

– L’ancrage à Batangafo : Des mouvements massifs de troupes de rebelles tchadiens parrainés par Wagner se sont intensifiés à plusieurs reprises et avaient été installés dans la forêt de la ville de Batangafo.

 

– Les alertes de 2023 : En 2023, la gravité de ces situations avait poussé N’Djamena à envoyer une délégation officielle à Paoua pour contrer la menace, prouvant bien que la provocation russe et touadéramme ne date pas d’aujourd’hui.

 

​Entre agitations et frilosité : Quand la peur change de camp

 

​Pourtant, selon nos informations de terrain, les mouvements réels de ces mercenaires et de leurs supplétifs tchadiens se cantonnent pour l’instant à des zones frontalières reculées, soigneusement tenues à distance des véritables lignes de front.

 

​De quoi faire sourire un observateur averti de la vie politique et sociale centrafricaine, qui résume la situation avec une image pleine d’ironie : pour lui, cette prétendue démonstration de force militaire des mercenaires russes de Wagner n’est en réalité qu’une immense démonstration de peur.

 

Et d’ajouter pour conclure que:

 

C’est exactement le comportement d’un chien acculé face à un danger qui se met à aboyer bruyamment : « WOU ! WOU ! WOU !», tout en effectuant de larges détours en virgule pour filer en douce et chercher un abri.

 

​L’appel de l’opposition démocratique : Maître Crépin Mboli-Goumba sonne l’alarme

 

​Face à cette fuite en avant suicidaire qui menace d’embraser toute la sous-région, l’opposition politique démocratique hausse le ton. Interrogé sur cette menace d’embrasement militaire entre les deux pays frères, lors de son Grand entretien mensuel, Maître Crépin Mboli-Goumba, coordonnateur du Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution (BRDC), livre une analyse sans concession et appelle à un sursait immédiat.

Face à cette escalade militaire menée sous la houlette de Faustin-Archange Touadéra et de ses supplétifs russes face au président Mahamat Idriss Déby, l’opposant Maître Crépin Mboli-Goumba exige une mission diplomatique d’urgence pour apaiser les tensions frontalières.

 

​Selon l’opposant, il est impératif de changer radicalement de rhétorique pour enrayer cette spirale de guerre.

 

Il préconise l’envoi immédiat d’une mission officielle de haut niveau au Tchad afin de présenter des excuses formelles, d’apaiser les tensions et de solder ce passif de provocations où la RCA est injustement pointée du doigt dans des logiques de complots.

 

​Maître Crépin Mboli-Goumba dénonce avec force un complotisme généralisé et délétère entretenu par le pouvoir : l’opposition est accusée de comploter contre le régime, la France est accusée de comploter contre le régime, le Tchad est accusé de comploter contre le régime… En réalité, tout le monde finit par comploter contre ce régime dictatorial isolé.

 

Pour l’acteur politique, derrière ces discours belliqueux se cachent avant tout des fonds de commerce mercantiles et financiers pour certains, mais la tragédie demeure : on met en péril et en danger de mort la vie de 6 millions de compatriotes centrafricains, ce qui relève d’une irresponsabilité criminelle absolue.

 

​Malgré cette frilosité tactique déguisée en bravade, le régime dictatorial de Touadéra en mains des mercenaires russes de Wagner s’est engagé dans une pente savonneuse.

 

En croyant pouvoir manipuler des supplétifs pour déstabiliser le Tchad, Touadera et son gouvernement ignorent superbement la réaction d’une armée tchadienne aguerrie et risque d’embraser toute la sous-région, transformant à terme la capitale centrafricaine Bangui en champ de bataille jusque sur les rives du fleuve Oubangui.

 

Une aventure militaire suicidaire dont les populations civiles seront, comme toujours, les seules à faire les frais, avec, à nouveau, l’installation de camps de fortune à ciel ouvert, pendant que Touadéra, les membres de son cabinet, de son gouvernement et leurs familles fuiront en véhicules blindés avant que Bangui ne s’embrase dans la désolidarisation.

 

Affaire à suivre…

 

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Gisèle MolomaFonction : Cheffe du service des investigations Corbeau News CentrafriqueIdentité Journaliste centrafricaine. Responsable des enquêtes au sein de Corbeau News Centrafrique, où elle coordonne les investigations et supervise la production des dossiers sensibles.FormationMaîtrise en droit Université de BanguiMaster en gestion des ressources publiques Université Paul Valéry, Montpellier, FranceSpécialités Enquêtes d’investigation Analyse juridique des affaires publiques Études sur la gouvernance et les politiques publiques Crises sécuritaires et politiques en CentrafriqueDescription Gisèle Moloma est une journaliste spécialisée dans l’investigation et l’analyse juridique des affaires publiques. Son travail se distingue par une approche rigoureuse, fondée sur la vérification des faits et l’étude des mécanismes de gouvernance. Au sein de Corbeau News Centrafrique, elle dirige les enquêtes majeures du média et contribue à la production de dossiers approfondis sur les enjeux politiques et sécuritaires du pays.Adresse professionnelle Corbeau News Centrafrique BP 1500, Bangui, République centrafricaine