Centrafrique : après l’attaque de Wagner contre des soldats tchadiens, Albert Yaloké Mokpème accuse à son tour le Tchad de vouloir déstabiliser Bangui

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Alors que N’Djamena réclame des explications sur seize militaires blessés, la présidence centrafricaine reprend les accusations contre le Tchad et la France.

 

Le porte-parole de la présidence centrafricaine, Albert Yaloké Mokpème, a évoqué sur Radio Ndeke Luka de prétendues opérations de déstabilisation visant la République centrafricaine et le Niger. Il a notamment cité le Tchad et la France, quelques jours après une opération des mercenaires russes du groupe Wagner dans le secteur frontalier de Nabagaye-Tissi, qui a fait seize militaires tchadiens blessés.

 

Centrafrique : après l’attaque de Wagner contre des soldats tchadiens, Albert Yaloké Mokpème accuse à son tour le Tchad de vouloir déstabiliser Bangui
Monsieur Albert Yaloke Mokpeme

 

Cette intervention de la présidence survient alors que N’Djamena attend des explications sur les tirs ayant atteint ses soldats dans le secteur frontalier où les mercenaires russes ont mené leur opération.

 

Interrogé sur Radio Ndeke Luka, Albert Yaloké Mokpème a affirmé que des Africains avaient alerté le président Faustin-Archange Touadéra sur des préparatifs d’attaques contre son pays.

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« Beaucoup d’Africains ont interpellé même le président de la République », a-t-il déclaré, avant d’évoquer des informations relatives à des opérations de déstabilisation.

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Le porte-parole a ensuite expliqué que ces personnes invitaient les autorités centrafricaines à rester vigilantes et à préparer une riposte en cas d’attaque.

 

Puis il a directement désigné deux pays : « Quand on cite le Tchad, quand on cite la France, nous sommes en droit effectivement de poser des questions. »

 

Une déclaration particulièrement étonnante dans le contexte actuel. Qui sont ces Africains dont parle le porte-parole ? Quelles informations ont-ils communiquées ? Et surtout, pourquoi la présidence centrafricaine choisit-elle de désigner le Tchad comme une menace au moment même où ce pays proteste contre une attaque ayant blessé ses militaires ?

 

Une attaque contre des militaires tchadiens passée au second plan

 

Le 10 octobre 2026, des mercenaires russes du groupe Wagner, accompagnés de leurs supplétifs, ont lancé une offensive contre des positions rebelles dans le secteur de Nabagaye-Tissi, près de la frontière tchadienne.

 

L’opération, préparée depuis Birao et menée en passant par Boromata, a également touché le territoire tchadien.

 

Selon les informations recueillies par la rédaction du CNC, un hélicoptère utilisé par les mercenaires russes a ouvert le feu sur des militaires tchadiens chargés de surveiller la frontière. Seize soldats ont été blessés. Des victimes civiles ont également été signalées.

 

Le gouvernement tchadien a protesté officiellement et convoqué l’ambassadeur centrafricain à N’Djamena. De son côté, Bangui a présenté l’opération comme une intervention militaire contre des groupes armés.

 

Mais au lieu de concentrer ses explications sur les circonstances de cette attaque, la présidence centrafricaine oriente désormais ses déclarations vers de prétendues intentions hostiles du Tchad.

 

Jules Njawé insulte un ministre tchadien, la présidence poursuit les accusations

 

Le conseiller camerounais de Faustin-Archange Touadéra, Jules Njawé, avait déjà accusé le Tchad et la France de préparer une offensive militaire contre la République centrafricaine.

 

Au cours d’un entretien avec Alain Foka, il a parlé de 103 pick-up armés et de deux avions de combat français. Il s’en est également pris au ministre tchadien des Affaires étrangères, Ahmat Kogri, qu’il a qualifié de « mesquin ».

 

Quelques jours après la protestation diplomatique de N’Djamena, un conseiller du président Touadéra attaque donc personnellement le chef de la diplomatie tchadienne. Le porte-parole de la présidence prend ensuite la parole pour présenter le même pays comme une menace contre la sécurité nationale.

 

Ces déclarations successives traduisent une attitude particulièrement provocatrice envers un État voisin qui vient de dénoncer une attaque contre ses propres soldats.

 

Au lieu d’apaiser les tensions, les personnalités du pouvoir centrafricain multiplient les accusations et les attaques verbales. Le différend frontalier prend ainsi une dimension politique et diplomatique de plus en plus préoccupante.

 

Le Tchad, médiateur hier, présenté comme une menace aujourd’hui

 

Cette attitude est d’autant plus surprenante que le Tchad a participé aux efforts de médiation entre Bangui et les groupes armés centrafricains.

 

N’Djamena a notamment accueilli les discussions ayant conduit à l’accord du 19 avril 2025 avec l’UPC et les 3R, dans le cadre des initiatives destinées à réduire les violences en République centrafricaine.

 

Le pays qui a facilité ces négociations de paix se retrouve aujourd’hui publiquement accusé de préparer une déstabilisation de la République centrafricaine, quelques jours après avoir dénoncé des tirs contre ses propres militaires.

 

Quelle ingratitude politique envers un voisin dont les autorités ont accepté de recevoir des représentants des groupes armés pour faciliter leur rapprochement avec le gouvernement centrafricain !

 

La présidence centrafricaine semble avoir rapidement oublié le rôle joué par N’Djamena dans ce processus. Aujourd’hui, le même pouvoir présente le Tchad comme un ennemi potentiel, alors que ce dernier réclame simplement des explications sur les blessures infligées à ses soldats.

 

Albert Yaloké Mokpème a mis en cause le Tchad au sujet d’opérations de déstabilisation, tandis que le groupe Wagner poursuit ses interventions frontalières.

La présence de Wagner donne-t-elle trop d’assurance au pouvoir de Bangui ?

 

Depuis l’arrivée des mercenaires russes du groupe Wagner, certaines personnalités du régime de Bangui affichent une assurance grandissante dans leurs déclarations contre les pays voisins.

 

Mais la présence de ces combattants étrangers ne transforme pas automatiquement la République centrafricaine en puissance militaire capable d’affronter ses voisins.

 

L’armée tchadienne dispose d’une longue expérience des opérations militaires, notamment dans les zones désertiques et frontalières. Imaginer que les mercenaires russes pourraient, à eux seuls, garantir la sécurité de Bangui face à une confrontation directe avec le Tchad relève d’un calcul particulièrement risqué.

 

D’autant que les populations centrafricaines supporteraient les premières conséquences d’une nouvelle crise militaire. Les habitants des régions frontalières connaissent déjà les déplacements forcés, les violences des groupes armés et les difficultés liées à l’insécurité.

 

Après l’incident du 10 octobre, les autorités tchadiennes ont renforcé leurs positions militaires dans le secteur frontalier concerné. Cette réaction traduit la gravité accordée par N’Djamena à l’attaque contre ses soldats.

 

Dans ce contexte, les accusations répétées de Bangui contre le Tchad ne peuvent qu’aggraver les tensions.

 

Albert Yaloké Mokpème aurait pu consacrer son intervention à expliquer les circonstances de l’opération militaire du 10 octobre, les raisons pour lesquelles des soldats tchadiens ont été touchés et les démarches entreprises pour éviter de nouveaux incidents.

 

Il a préféré évoquer des Africains qui auraient alerté le président Touadéra sur des projets de déstabilisation, avant de citer le Tchad et la France.

 

Pendant que la présidence centrafricaine multiplie ces déclarations, N’Djamena attend toujours des réponses sur les seize militaires blessés. Le Tchad, qui avait accueilli les négociations de paix entre Bangui et les groupes armés, se retrouve désormais traité comme une menace par les autorités centrafricaines, au risque de compromettre davantage les relations entre les deux pays. 

 

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Fiche auteur : Alain NziloFonction Fondateur et directeur de publication de Corbeau News Centrafrique Journaliste d’investigationIdentité Journaliste centrafricain, né à Bangui. Créateur du groupe média Corbeau News Centrafrique, lancé en 2014.Formation Master en management des médias, École supérieure d’Action et de recherche commerciale, France Maîtrise en communication et médias, Université de Sherbrooke, Québec, Canada Doctorat en administration des affaires, option communication et médias, Université du Québec à Trois-Rivières, CanadaSpécialités Enquêtes d’investigation Analyses politiques africaines Crises sécuritaires en Centrafrique Politiques économiques africainesDescription Alain Nzilo est un journaliste spécialisé dans l’investigation et l’analyse politique. Son média, Corbeau News Centrafrique, est reconnu pour ses enquêtes sur les crises sécuritaires et les enjeux politiques du pays. Il est régulièrement cité par des institutions internationales comme source indépendante.Adresse professionnelle Corbeau News Centrafrique BP 1500, Bangui, République centrafricaine Téléphone : +236 75 72 18 21 Email : alainnzilo@gmail.com