Le gouvernement centrafricain a augmenté les prix des carburants au 1er octobre 2026, malgré les recommandations répétées du FMI sur le niveau déjà très élevé des prix à la pompe. Bangui instaure aussi un tarif supérieur pour les gros consommateurs, quelques semaines après une mesure similaire prise par la Bolivie.
La ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique, Edwige Opportune Pouninguinza, a annoncé la nouvelle grille tarifaire le 1er octobre lors d’une rencontre avec les organisations syndicales. Selon le gouvernement, les nouveaux prix sont immédiatement applicables. L’annonce est intervenue sans décret ni arrêté rendu public au moment de la communication.

Pour les particuliers, le litre de super passe de 1 050 à 1 150 FCFA. Le gasoil passe de 1 250 à 1 400 FCFA. Les gros consommateurs sont soumis à une grille supérieure, avec 1 500 FCFA pour le super et 1 650 FCFA pour le gasoil.
La hausse représente 100 FCFA par litre pour le super vendu aux particuliers et 150 FCFA pour le gasoil. Pour les gros consommateurs, l’écart avec le tarif des particuliers atteint 350 FCFA sur le super et 250 FCFA sur le gasoil.
Le gouvernement augmente les prix après la baisse de mai 2025
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Cette décision intervient après une légère baisse des prix opérée en mai 2025. À cette date, le litre de super avait été ramené de 1 100 à 1 050 FCFA. Le gasoil était passé de 1 350 à 1 250 FCFA. Le FMI avait documenté cette baisse dans son rapport sur la RCA.
Cette réduction avait été réalisée, selon la déclaration pathétique du gouvernement, dans le contexte d’un don russe de 30 000 tonnes de gasoil. Le FMI indiquait que les autorités avaient voulu utiliser cette opération pour soulager les consommateurs et réduire les difficultés structurelles d’approvisionnement.
Dix-sept mois plus tard, la trajectoire s’inverse
Le gouvernement relève de nouveau les prix et introduit une différence entre les consommateurs ordinaires et les gros consommateurs. Cette nouvelle grille intervient alors que la RCA reste fortement dépendante des importations pour couvrir ses besoins en carburants.
Le pays ne dispose pas d’une production pétrolière permettant d’alimenter son marché intérieur. Les coûts d’importation, de transport et de distribution pèsent donc directement sur la formation des prix.
Le FMI avait pourtant demandé une autre orientation
Le FMI ne s’est pas contenté de constater le niveau élevé des prix centrafricains. Dans ses documents consacrés à la réforme du secteur pétrolier, le Fonds a directement répondu à la question de savoir s’il demandait à Bangui d’augmenter les prix.
Sa réponse est sans ambiguïté : non.
Dans ses questions-réponses consacrées à la RCA, le FMI explique que les prix à la pompe sont déjà supérieurs à ceux des pays voisins producteurs de pétrole et figurent parmi les plus élevés au monde. Le Fonds indique qu’il recommanderait plutôt une baisse lorsque les conditions le permettraient, notamment après la réduction des marges d’importation et l’amélioration des recettes publiques.
Le FMI avait identifié plusieurs problèmes dans le fonctionnement du marché.
Il cite notamment l’absence d’une formule suffisamment transparente pour déterminer les coûts d’importation, la dépendance à l’égard des déclarations des importateurs et l’importance des marges. Le Fonds estime que ces mécanismes peuvent contribuer à gonfler les coûts supportés par le marché centrafricain.
En avril 2025, le FMI indiquait encore que le secteur des carburants fonctionnait en dessous de son potentiel en raison de prix à la pompe élevés. Le Fonds relevait que les recettes publiques provenant des carburants avaient diminué alors que les prix à la pompe restaient environ 40 % supérieurs à leur niveau de 2021.
Le FMI demandait également un audit de la structure des prix afin de mieux identifier les coûts et les marges.
La Banque mondiale avait également pointé le poids des subventions
La Banque mondiale avait, de son côté, consacré une étude spécifique à la réforme des subventions aux carburants en RCA.
Dans son analyse publiée en juin 2023, elle estimait que les subventions constituaient une charge importante pour les finances publiques et créaient des distorsions sur le marché. Elle relevait aussi que les ménages les plus aisés bénéficiaient davantage des subventions, notamment dans les zones urbaines.
La Banque mondiale ne proposait pas simplement une hausse mécanique des prix. Elle insistait sur la nécessité d’accompagner toute réforme par des mesures de protection sociale et des mécanismes destinés à limiter les conséquences sur les ménages vulnérables et les secteurs directement dépendants du carburant.
Le dossier centrafricain ne se résume donc pas au montant affiché sur le panneau d’une station-service. Il touche directement le transport, la distribution des marchandises, les activités utilisant des groupes électrogènes et le coût des produits importés.
Une nouvelle différence entre particuliers et gros consommateurs
La décision du 1er octobre introduit une évolution supplémentaire.
Le prix n’est plus seulement déterminé par le produit vendu. Il dépend désormais aussi de la catégorie de l’acheteur.
Un particulier paie 1 150 FCFA le litre de super. Un gros consommateur paie 1 500 FCFA.
Pour le gasoil, le particulier paie 1 400 FCFA. Le gros consommateur paie 1 650 FCFA.
Cette distinction concerne directement les acteurs qui consomment de grandes quantités de carburant. Elle peut donc toucher les entreprises disposant de groupes électrogènes, certains opérateurs industriels et d’autres structures ayant une consommation importante.
Elle est également susceptible d’avoir un effet sur les organisations internationales et les opérateurs économiques utilisant des volumes importants. La portée exacte dépendra toutefois des critères administratifs qui détermineront la qualité de « gros consommateur ».
Le gouvernement devra donc préciser les modalités d’application, les volumes concernés et les catégories juridiquement retenues.
Une stratégie qui rappelle immédiatement la décision bolivienne
La nouvelle politique centrafricaine intervient quelques semaines après une réforme adoptée en Bolivie.
Le 17 août 2026, le gouvernement bolivien a adopté le décret suprême 5676. Il a décidé de maintenir le diesel à 9,80 bolivianos le litre pour les particuliers et les transporteurs, tout en portant le prix à 18 bolivianos pour les gros consommateurs.
Le gouvernement bolivien explique que la mesure concerne les entreprises, industries et institutions qui achètent de grandes quantités de diesel directement. Les particuliers et les transporteurs continuent, eux, de bénéficier du prix réglementé.
La Bolivie a également défini des seuils de consommation.
Un utilisateur direct est défini à partir de 120 litres jusqu’à 5 000 litres mensuels. Le client direct se situe entre 5 000 et 19 999 litres. Le statut de grand consommateur commence à partir de 20 000 litres mensuels.
Le gouvernement bolivien assume donc clairement le principe d’un prix différent selon le volume acheté et le profil de l’utilisateur.
La décision centrafricaine du 1er octobre intervient environ six semaines après celle de La Paz.
Deux pays, deux systèmes, une même logique tarifaire
Les deux mécanismes ne sont pas identiques.
La Bolivie applique principalement cette différenciation au diesel. La RCA l’applique désormais au super et au gasoil.
La Bolivie fixe aussi des seuils précis de consommation. Pour la RCA, les critères détaillés permettant de classer un acheteur comme gros consommateur doivent être clairement établis dans le dispositif réglementaire applicable.
Le principe économique est néanmoins comparable : maintenir un prix réglementé pour les consommateurs ordinaires et appliquer un prix plus élevé aux gros utilisateurs.
Le gouvernement bolivien explique cette politique par la nécessité de rapprocher le prix payé par les gros consommateurs du coût réel d’importation et de lutter contre les détournements de carburant.
Il est donc possible de parler d’une forte proximité dans le mécanisme et dans le calendrier, mais pas d’affirmer que Bangui a directement copié La Paz sans document établissant un lien.
Une hausse qui intervient malgré les réformes demandées par le FMI
Depuis 2023, le FMI accompagne la RCA dans une réforme du marché des carburants.
Le programme prévoit notamment une structure de prix fondée sur des références internationales prédéfinies. Cette structure doit intégrer les taxes, les marges, les coûts de transport et les différents frais liés à l’importation.
Le FMI demande également davantage de transparence dans la publication des structures de prix.
Le Fonds considère cette réforme comme un moyen d’améliorer l’efficacité du marché et de rendre les recettes fiscales liées aux carburants plus prévisibles.
Le problème est que le niveau des prix reste élevé malgré ces réformes.
En 2025, la Banque mondiale recensait déjà la RCA parmi les pays affichant les prix de l’essence les plus élevés d’Afrique subsaharienne. Son relevé de janvier 2025 donnait un prix de 1,74 dollar par litre pour la RCA, devant plusieurs autres pays de la région.
La nouvelle hausse intervient donc dans un marché qui supportait déjà des prix élevés.
Une pression supplémentaire sur les entreprises
L’augmentation appliquée aux gros consommateurs constitue la partie la plus sensible de la nouvelle grille.
Le gouvernement centrafricain a officialisé cette nouvelle grille tarifaire malgré les recommandations répétées du FMI sur le niveau déjà très élevé des prix à la pompe.
Une entreprise qui consomme 20 000 litres de super par mois, à titre d’exemple, paierait désormais 30 millions de FCFA au tarif de 1 500 FCFA le litre.
Au tarif particulier de 1 150 FCFA, le même volume représenterait 23 millions de FCFA.
L’écart serait donc de 7 millions de FCFA par mois pour ce seul volume.
Avec le gasoil, 20 000 litres représenteraient 33 millions de FCFA au tarif de 1 650 FCFA, contre 28 millions de FCFA au tarif particulier de 1 400 FCFA.
Ces calculs montrent l’effet du nouveau système sur les entreprises fortement dépendantes des groupes électrogènes ou du transport. Ils ne préjugent pas des volumes effectivement consommés par chaque entreprise.
Dans un pays où l’électricité demeure insuffisante pour de nombreuses activités, le coût du carburant peut directement entrer dans les charges d’exploitation.
Une entreprise qui répercute cette hausse sur ses coûts de fonctionnement peut ensuite l’intégrer dans ses prix. Le transporteur peut l’intégrer dans le coût du transport. Le commerçant peut l’intégrer dans le prix des marchandises. Les opérateurs utilisant des groupes électrogènes peuvent également supporter une hausse de leurs dépenses énergétiques.
Le risque d’un nouvel effet sur le coût de la vie
La hausse ne concerne donc pas uniquement les automobilistes.
Le carburant intervient dans presque toute la chaîne économique. Les marchandises doivent être transportées. Les matériaux doivent être acheminés. Les commerces ont besoin de logistique. Certaines entreprises doivent produire leur propre électricité.
Le FMI avait déjà relevé en 2025 que les prix élevés du carburant pesaient sur la consommation des ménages et sur l’activité économique.
La nouvelle hausse intervient alors que le FMI projetait une inflation moyenne de 3,3 % en 2026, après 4,6 % en 2025, selon les données rapportées par EcoMatin.
Une augmentation du prix du carburant peut donc compliquer cette trajectoire si elle se transmet aux transports et aux autres biens et services.
Le paradoxe des prix élevés et des recettes fiscales faibles
Le dossier centrafricain comporte aussi un autre paradoxe relevé par le FMI.
Des prix élevés ne garantissent pas automatiquement de meilleures recettes fiscales.
Selon le Fonds, les recettes fiscales provenant du secteur des carburants sont passées d’environ 24 milliards de FCFA en 2021 à 17 milliards en 2024, alors que les prix à la pompe restaient environ 40 % plus élevés qu’avant la crise.
Le FMI explique cette baisse par plusieurs facteurs.
Les volumes importés pour la consommation locale ont diminué. Les prix élevés ont encouragé la contrebande de carburants moins chers provenant des pays voisins. Cette contrebande réduit la base fiscale officielle. Le Fonds évoque aussi les problèmes liés à la détermination des coûts d’importation et des marges.
La question n’est donc pas uniquement de savoir combien coûte un litre à la pompe.
Elle concerne aussi le volume réellement vendu sur le marché officiel, les recettes fiscales effectivement collectées et les coûts qui composent le prix final.
Une politique qui change encore après trois mouvements en trois ans
Depuis 2023, la RCA a connu plusieurs changements importants de sa grille tarifaire.
En janvier 2023, le gouvernement avait fortement augmenté les prix. Le super était passé de 865 à 1 300 FCFA et le gasoil de 855 à 1 450 FCFA. En mai 2025, une partie de cette hausse avait été annulée avec la baisse à 1 050 FCFA pour le super et 1 250 FCFA pour le gasoil.
La décision du 1er octobre 2026 marque donc un nouveau retournement.
Cette fois, la particularité ne réside pas seulement dans la hausse. Le gouvernement ajoute une nouvelle séparation entre les catégories d’acheteurs.
La RCA se retrouve ainsi avec un système où le même produit peut avoir deux prix officiels selon le profil et le niveau de consommation de l’acheteur.
Quelques semaines auparavant, la Bolivie avait adopté une architecture comparable pour les gros consommateurs de diesel.
La proximité des deux décisions constitue un élément de comparaison, mais aucune source consultée ne permet d’établir que la décision centrafricaine résulte directement d’une instruction ou d’une coopération avec le gouvernement bolivien.
Pour le marché centrafricain, la prochaine étape dépendra notamment de la publication complète de la nouvelle structure des prix, des critères retenus pour définir les gros consommateurs et de la manière dont ces tarifs seront appliqués aux différents acteurs économiques. Actions disponibles
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