
Incroyable! Un président qui réclame à genoux ce qu’il détruit lui-même. Faustin-Archange Touadéra parcourt le monde. Il tend la main. Il réclame des appuis budgétaires, il supplie pour le renouvellement de la MINUSCA, ce bouclier qui protège un pouvoir né d’un parjure. Mais Touadéra ne voit pas ou refuse de voir qu’il est le premier fossoyeur de son propre pays. Chaque opposant jeté en prison, chaque voix étouffée, chaque exécution signée Wagner éloigne un peu plus les bailleurs. Le régime creuse sa tombe financière de ses propres mains.
Le pays étouffe, et le gouvernement fait semblant de chercher de l’air
La Centrafrique souffre. Depuis la reconduction du gouvernement Félix Moloua en mai 2026, d’ailleurs une reconduction qui passe pour un déni, alors que tout le monde attendait un vrai gouvernement sous la septième république des bras cassés, l’asphyxie financière arrive et frappe de plein fouet. Touadéra monte alors à la tribune de la 81ᵉ Assemblée générale de l’ONU. Il parle d’aide internationale. Il réclame le retour de l’aide publique au développement. Il quémande des appuis budgétaires. Et voilà, le silence lui répond sèchement.

Touadera prendrant discours devant le conseil l’ONU en septembre 2026
Bretton Woods fait la sourde oreille
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Le FMI écoute et détourne le regard. La Banque mondiale ferme son carnet de chèques. L’Union européenne gèle. La Banque africaine de développement recule. Les pays amis France, États-Unis en tête suspendent leurs aides budgétaires. Personne ne veut plus déverser un centime dans un tonneau des Danaïdes. Personne ne veut financer un régime qui traque l’opposition, qui jette en prison des citoyens, des cadres, des intellectuels, des pasteurs. La communauté internationale craint et elle a raison de craindre que son argent serve à museler, à emprisonner, à éliminer.
Ngaragba, Camp de Roux, Bimbo : les prisons de la honte
La dérive autoritaire s’installe au grand jour depuis le faux référendum constitutionnel de 2023. Les arrestations arbitraires se multiplient. Ngaragba se remplit. Le Camp de Roux se remplit. Bimbo se remplit. La détention provisoire abusive devient une arme de gouvernement. Touadéra s’en sert pour faire taire. Mais cette arme se retourne contre lui : elle gèle les financements, elle bloque le PND, elle coupe les vivres à l’État.
Un ministre de la Justice qui défie jusqu’au président
Arnaud Djoubaye Abazène règne sur la justice comme sur un fief personnel. Les juges du siège se plaignent. Les magistrats du parquet se plaignent. Tous dénoncent l’immixtion permanente du ministre. Après la libération provisoire de Germain Wamoustoyo et de l’ambassadeur Yvon Tazou dans l’affaire Armel Sayo, Djoubaye il convoque les juges. Il les menace. Il leur interdit de libérer d’autres détenus politiques sans son accord préalable.
Touadéra lui-même donne des instructions. Les bailleurs nous regardent. Il ordonne d’accélérer les dossiers politiques. Djoubaye refuse. Il fait comprendre que c’est lui qui décide du sort des prisonniers. Même les grâces présidentielles signées par Touadéra, Djoubaye les bloque. Le ministre tient les clés des geôles, et il n’a de compte à rendre à personne.
Les visages de la répression
Ils sont nombreux. Ils sont brillants. Ils sont enfermés.
Dr Dominique Désiré Erenon, constitutionnaliste de renommée internationale, ancien expert auprès de l’Union africaine, maître-assistant à la Faculté des sciences juridiques et politiques de Bangui, président du parti MDSP. Éjecté de son poste technique sur pression du régime, il rentre volontairement de son exil parisien. Il atterrit le 3 octobre 2025. Il est arrêté dès sa descente d’avion. Conduit à la SRI. Détenu depuis à Ngaragba. Il rentrait pourtant pour enseigner, pour promouvoir son livre paru en mars 2025, pour faire vivre son parti. Le régime l’a accueilli avec des menottes et l’isole dans un trou.
Pasteur Guy Firmin Doba, socio-économiste, Directeur général de la Réforme de l’Administration au ministère de la Fonction publique, ancien DG de l’ASRP. Détenu à Ngaragba dans l’affaire Armel Sayo. Sa détention provisoire dépasse le délai légal fixé par le Code de procédure pénale.
Christian Dondra, notaire. Son crime : être le petit frère de Henri Marie Dondra, président du parti UNIR.
Au Camp de Roux : Abakar Mahamat, ancien DG du Trésor public ; Gilbert Guido, DG de l’ANER ; Boris Toïma et Alfred Toïma, dans l’affaire Sayo.
À la prison pour femmes de Bimbo l’ancienne ministre Clarisse Sayo et Chimène Beyina, ancienne directrice de cabinet de Sayo. Elles croupissent. La liste est longue.
D’autres encore sont placés sous contrôle judiciaire, leurs libertés publiques réduites à néant.
Les opposants traqués jusque dans leurs maisons
Anicet Georges Dologuélé reste bloqué à Bangui. Le pouvoir lui refuse un passeport. Les médias d’État ferment leurs portes aux opposants. Leur liberté d’aller et venir se réduit chaque jour. Leurs mouvements sont épiés.
Martin Ziguélé, Nicolas Tiangaye, Mahamat Kamoun, Crépin Mboli Goumba tous sous surveillance rapprochée. Mboli Goumba est surveillé jusqu’aux abords de sa propre maison.
La diaspora sous la menace d’une liste noire
À l’étranger, les opposants exilés et les activistes sont pistés sur les réseaux sociaux. Une longue liste les attend à l’aéroport Bangui M’Poko. S’ils rentrent, ils sont arrêtés dès leur descente d’avion. Les noms circulent : François Bozizé, Abdou Karim Meckassoua, Jean Serge Wafio, Chancel Sekode Ndeugbayi, Christian Guenebem, Jean Pierre Mara, Serge Bozanga, Pr Jean-François Akandji-Kombe, Bernard Selemby Doudou, Joseph Prudence Mayte alias Kerembesse et ses compagnons des 12 Apôtres, Ludovic Ledo et ses compagnons du G16. Tous ceux qui manifestent contre le régime à l’étranger, tous ceux qui s’expriment sur les réseaux, figurent sur cette liste.
Rentrer à Bangui devient un pari mortel. Aucun dialogue politique inclusif n’existe. Le régime le refuse.
Le prix à payer : un pays à genoux
La conséquence tombe, brutale. Pas de financement. Pas d’aide budgétaire. Le PND est plombé. L’État s’appauvrit. Et voici la mécanique implacable :
Face à la répression politique et à une justice instrumentalisée, le pouvoir fait face à une crise financière majeure en raison du gel des fonds.
1. Les clauses de bonne gouvernance piétinées
L’Union européenne, la Banque mondiale, le FMI lient leurs aides au respect des droits de l’homme, à l’ouverture de l’espace civique, à l’indépendance de la justice. Le gouvernement piétine ces principes. Il cible les partis d’opposition, les journalistes, la société civile. Les comités d’évaluation des bailleurs n’ont plus aucune garantie politique. Les tranches d’appui budgétaire restent bloquées.
2. Une justice instrumentalisée que personne ne veut financer
Les partenaires refusent de moderniser Ngaragba ou Bimbo. Ils refusent de financer des tribunaux qui servent à neutraliser la dissidence. L’argent des contribuables étrangers ne servira pas à légitimer un système de détention arbitraire. Les fonds sont gelés, réorientés, détournés.
3. Des élections sabotées, des bailleurs exaspérés
La fermeture de l’espace politique refroidit les bailleurs. Les scrutins sont reportés sans fin. Les élections locales s’empilent dans les tiroirs. La MINUSCA maintient un appui technique résiduel, mais les investissements massifs n’arrivent pas. Personne ne veut financer un simulacre d’élection d’où l’opposition est exclue.
4. L’aide d’urgence comme dernier refuge
L’aide structurelle s’effondre. Le développement, les infrastructures, l’éducation, la santé à long terme : tout est gelé. Seule reste l’aide humanitaire stricte, versée directement aux agences de l’ONU OCHA, UNHCR et aux ONG. Même ce Plan de réponse humanitaire, estimé à 264,1 millions de dollars, peine à mobiliser. Le pays s’enfonce.
Conclusion : la ligne rouge
L’appareil d’État s’appauvrit. Les caisses se vident. Le régime s’isole. Et pendant ce temps, les prisons restent pleines, les opposants restent muselés, les juges restent menacés. Le traitement des détenus et des opposants demeure la ligne rouge infranchissable.
Tant que Touadéra et Djoubaye maintiendront leur étau, les investissements mondiaux resteront loin. Le régime bloque lui-même l’aide qu’il mendie. Il creuse sa propre fosse.
Alain Nzilo
Directeur de publication.
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