
Il faut avoir le cœur bien accroché pour écouter, sans vomir, le discours que Faustin Archange Touadéra a prononcé devant l’Assemblée générale des Nations unies. Un discours lamentable, creux, truffé de lieux communs, de bons sentiments de pacotille et de fausses contritions. Un discours écrit pour l’étranger, pour les caméras, pour les chancelleries, mais qui ne résiste pas une seconde à l’épreuve des faits. Car derrière les mots choisis, derrière le ton grave, derrière les pauses calculées, il y a un régime criminel. Un régime qui a livré la Centrafrique aux mercenaires, qui a pillé ses ressources, qui a terrorisé son peuple, qui a muselé toute opposition, qui a fait de la violence une méthode de gouvernement. Voilà la vérité que Touadéra a tenté de noyer sous un flot de belles phrases. Voilà la vérité qu’il faut rétablir.
Le discours commence par une formule solennelle, presque religieuse. « Je prends la parole au nom de la République Centrafricaine avec le sentiment de responsabilité que confère cette tribune et la fierté d’un peuple qui n’a jamais cessé d’espérer. » Respiration. Silence calculé. Regard caméra. Tout est là, dans cette première phrase. Le sentiment de responsabilité, il l’invoque. La fierté d’un peuple, il la revendique. L’espoir, il le confisque. Mais la responsabilité, monsieur le Président, ce n’est pas un sentiment que l’on déclame. C’est un acte que l’on pose. Et les actes de Touadéra, depuis huit ans, sont ceux d’un homme qui a choisi la survie de son clan plutôt que la dignité de son peuple. La fierté, ce n’est pas un mot que l’on prononce. C’est une réalité que l’on construit. Et la réalité de la Centrafrique sous Touadéra, c’est celle d’un pays à genoux, d’un peuple humilié, d’une nation vendue au plus offrant.

Il enchaîne, comme prévu dans le script. « Cette session s’ouvre sur le signe d’une double exigence, restaurer la confiance et gérer la transformation. » La confiance. Toujours la confiance. Ce mot revient comme un leitmotiv, comme une incantation, comme si répéter le mot suffisait à créer la chose. Mais la confiance ne se décrète pas. Elle se construit par des actes. Et les actes de Touadéra sont ceux d’un homme qui a trahi la confiance de son peuple. Il a trahi les électeurs en confisquant les élections de 2020. Il a trahi les opposants en les emprisonnant ou en les exilant. Il a trahi les journalistes en muselant la presse. Il a trahi les victimes en refusant de les écouter. Il a trahi la Centrafrique en la vendant au plus offrant. Alors oui, la confiance est à restaurer. Mais ce n’est pas lui qui peut le faire. C’est contre lui qu’il faudra la restaurer.
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Vient ensuite le passage obligé sur l’état du monde. « Jamais depuis longtemps la paix n’a pas eu aussi fragile. Dans tous les continents, les conflits se multiplient, s’enlisent et se nourrissent les uns des autres. » Il parle des conflits comme s’il n’en était pas un acteur. Comme s’il n’en était pas un responsable. Comme s’il n’en était pas un profiteur. Car les conflits, en Centrafrique, ne se nourrissent pas tout seuls. Ils se nourrissent des choix de Touadéra. Du choix d’avoir fait appel à Wagner. Du choix d’avoir livré des provinces entières aux mercenaires. Du choix d’avoir transformé l’armée nationale en une coquille vide. Du choix d’avoir préféré la guerre à la paix, la répression au dialogue, la prédation au développement. « Ils coûtent des vies civiles, détruisent des écoles et des hôpitaux et déplacent des familles entières », poursuit-il. Mais qui a détruit les écoles ? Qui a détruit les hôpitaux ? Qui a déplacé les familles ? Qui a tué les civils ? Ce ne sont pas des abstractions. Ce sont des décisions. Et ces décisions, c’est Touadéra qui les a prises.
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Puis vient le passage sur les grandes puissances, sur le Conseil de sécurité, sur le droit international. « Les divisions au sein du Conseil de sécurité, instance chargée de préserver la paix et la sécurité internationale, paralysent l’action là où elle serait la plus urgente. » Il dénonce la paralysie des autres. Mais lui, qu’a-t-il fait ? Il a paralysé les institutions de son pays. Il a paralysé la justice. Il a paralysé le parlement. Il a paralysé toute opposition. Il a paralysé toute critique. Il a paralysé toute alternative. Alors oui, le Conseil de sécurité est divisé. Mais ce n’est pas une excuse pour Touadéra. Ce n’est pas une circonstance atténuante. Ce n’est pas une explication. C’est une diversion. Une diversion pour détourner l’attention de ses propres crimes. Une diversion pour faire oublier les rapports des Nations unies sur les exactions de Wagner. Une diversion pour faire oublier les témoignages des victimes. Une diversion pour faire oublier les charniers. Une diversion pour faire oublier l’or pillé, les diamants volés, le bétail raflé, les villages brûlés, les femmes violées, les enfants tués.
Et puis, le passage sur le droit international. Le plus indécent de tous. « Le droit international, censé protéger les faibles des ambitions des puissants, est chaque jour davantage relégué au rang de simples options. » C’est lui qui ose dire cela. Lui, Touadéra, qui a piétiné la Constitution de son propre pays. Lui qui a violé les accords de paix signés avec les groupes armés. Lui qui a ignoré les résolutions du Conseil de sécurité sur la protection des civils. Lui qui a refusé toute coopération avec la Cour pénale internationale. Lui qui a bloqué toutes les enquêtes sur les exactions commises dans son pays. Lui qui a protégé les auteurs de crimes contre l’humanité. Lui qui a fait du droit international une simple option, et même moins qu’une option, une variable d’ajustement, un instrument qu’on invoque quand cela arrange et qu’on ignore quand cela dérange. Voilà la vérité. Touadéra invoque le droit international à New York après l’avoir piétiné à Bangui. Il en appelle à la justice des autres après avoir organisé l’impunité chez lui. Il dénonce les puissants après s’être soumis à eux. Il dénonce les faibles après les avoir sacrifiés.
Le discours se termine dans le pathos. « Le prix, ce sont d’abord les plus vulnérables qui le payent. » Oui, les plus vulnérables paient. Ils paient depuis huit ans. Ils paient de leur vie, de leur dignité, de leur avenir. Ils paient parce que Touadéra a choisi de les sacrifier. Ils paient parce que Touadéra a choisi les mercenaires plutôt que l’armée nationale. Ils paient parce que Touadéra a choisi la répression plutôt que le dialogue. Ils paient parce que Touadéra a choisi l’impunité plutôt que la justice. Ils paient parce que Touadéra a choisi le pillage plutôt que le développement. Ils paient parce que Touadéra a choisi la guerre plutôt que la paix. Ils paient parce que Touadéra a choisi son fauteuil plutôt que son peuple. Et pendant qu’ils paient, lui, il parade à New York. Et pendant qu’ils meurent, lui, il prononce des discours. Et pendant qu’ils souffrent, lui, il serre des mains, il signe des accords, il pose pour les photographes.
Voilà la vérité sur Touadéra à l’Assemblée générale. Un discours lamentable. Un régime criminel. Un homme qui parle de paix avec les mains tachées de sang. Un homme qui parle de confiance après avoir trahi tout le monde. Un homme qui parle de transformation après avoir tout détruit. Un homme qui parle de droit international après l’avoir piétiné chez lui. Un homme qui parle des vulnérables après les avoir livrés aux mercenaires. Un homme qui parle d’espoir après avoir éteint tout espoir. Un homme qui parle de fierté après avoir humilié tout un peuple. Un homme qui parle de responsabilité après avoir fui toutes ses responsabilités. Un homme qui parle, parle, parle, pendant que la Centrafrique saigne. Mais les mots ne lavent pas les crimes. Les discours ne ressuscitent pas les morts. Et l’histoire, elle, ne retiendra pas les phrases. Elle retiendra les actes. Elle retiendra que Touadéra a eu un discours lamentable et un régime criminel. Elle retiendra que la Centrafrique a été livrée, pillée, humiliée, sacrifiée. Elle retiendra que le sang des victimes crie plus fort que les mots des bourreaux.
Faustin Archange Touadéra prononce un discours devant les Nations unies qui ne trompe personne en Centrafrique, où la réalité du pouvoir demeure marquée par la prédation.
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