Le Parquet spécial de la Cour pénale spéciale (CPS) a requis, le 11 septembre 2026 à Bangui, la réclusion criminelle à perpétuité contre Edmond Beina et Jean Bahara dans l’affaire dite « Guen ». Il a également demandé 30 ans de prison contre Philémon Kahena et François Boybanda, ainsi que l’acquittement de Dieudonné Gomitua.
Le Parquet défend les qualifications de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité
L’audience, présidée par le juge Aimé Pascal Delimo, avec les juges Emile Ndjapou et Herizo Rado Andriamanantena, a été consacrée aux répliques des parties. Le Parquet spécial, représenté par le substitut du procureur Alain Tolmo, a rejeté les principaux arguments présentés par les avocats de la Défense.

Le ministère public a notamment défendu l’application de l’article 154 du Code pénal centrafricain et de l’article 3 commun aux Conventions de Genève. Selon lui, ces dispositions permettent de retenir la qualification de crimes de guerre dans le contexte d’un conflit armé non international.
Pour les crimes contre l’humanité, le Parquet spécial a soutenu que les attaques contre les populations civiles musulmanes avaient présenté un caractère généralisé et systématique. Il a notamment cité les feuilles de palmier utilisées comme signes distinctifs devant certaines concessions chrétiennes, les mots de passe et les pratiques de vaccination censées rendre les combattants Antibalakas invulnérables.
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Le Parquet a aussi évoqué des attaques menées très tôt, notamment pendant les heures de prière, contre des civils musulmans et leurs biens. Il considère ces éléments comme permettant d’établir une attaque organisée et systématique contre cette population.
Des responsabilités individuelles contestées par la Défense
Concernant Edmond Beina, le Parquet spécial a soutenu qu’il exerçait des fonctions de commandement au sein des Antibalakas et disposait d’un pouvoir sur leurs éléments. Il l’a également présenté comme impliqué directement dans certaines attaques, notamment lors des violences commises au domicile du chef Ali Garba.
Pour François Boybanda alias Balhere, le ministère public a retenu une responsabilité liée à son rôle allégué d’instigateur ou d’auteur moral. Il lui reproche notamment d’avoir participé à la préparation de combattants Antibalakas et d’avoir contribué à la mobilisation d’Edmond Beina et de son équipe.
Philémon Kahena alias CB est, de son côté, présenté par le Parquet comme ayant exercé des responsabilités au sein des Antibalakas après le départ d’Edmond Beina. Le ministère public a notamment évoqué ses liens de commandement avec un dénommé Nara, auquel la mutilation d’un civil musulman, Abackar X, avait été attribuée.
Jean Bahara, jugé par contumace, est également mis en cause par plusieurs témoignages. Le Parquet a notamment cité celui de Gambo Yaya, qui a déclaré avoir vu l’accusé transporter le conseiller Bandjoukou sur une moto et avoir affirmé être l’auteur de son meurtre. Le mandat d’arrêt délivré contre Jean Bahara reste en vigueur depuis mars 2022, selon le compte rendu de la CPS.
Les avocats demandent l’acquittement
La Défense a rejeté les arguments du Parquet spécial et demandé l’acquittement des accusés qu’elle représente. Me Fred Yvon Makpevo, avocat de François Boybanda et de Philémon Kahena, a notamment contesté l’individualisation des charges et la valeur probante de certains témoignages.
Pour Philémon Kahena, l’avocat a affirmé qu’aucun élément suffisamment probant n’établissait son appartenance active aux Antibalakas ni sa participation aux attaques. Il a également relevé des contradictions dans les arguments du Parquet concernant les liens entre son client et le dénommé Nara.
Me Albert Panda a demandé l’acquittement de Dieudonné Gomitua, estimant que les éléments présentés ne permettaient pas d’engager sa responsabilité pénale. Cette position rejoint les réquisitions du Parquet spécial et les observations de la partie civile concernant cet accusé.
De son côté, Me Adrien Tabangue, avocat d’Edmond Beina, a contesté la qualification de crime de guerre. Il a notamment soutenu que les conditions permettant de caractériser un conflit armé non international n’étaient pas réunies dans les localités concernées. Il a aussi contesté la participation directe de son client aux meurtres commis au domicile du chef Ali Garba.
Me Claude Ngaisset Pessinam, avocat de Jean Bahara, a invoqué le principe d’interprétation stricte de la loi pénale. Il a contesté les éléments matériels retenus contre son client ainsi que la valeur de certains témoignages qu’il considère fondés sur des ouï-dire, des rumeurs ou des déclarations vagues.
Les accusés maintiennent leurs positions
Après les répliques des parties, la Cour a donné la parole aux accusés pour leurs dernières déclarations, conformément à l’article 125 du RPP. François Boybanda alias Balhere a déclaré ne pas se reconnaître dans les attaques et les tueries évoquées à l’audience. Philémon Kahena alias CB a affirmé son innocence et expliqué avoir été confondu avec une autre personne portant le même surnom.
Dieudonné Gomitua a remercié Dieu pour la position adoptée en sa faveur par le Parquet spécial et la partie civile. Edmond Beina, pour sa part, n’a rien ajouté à ses précédentes déclarations.
L’audience a été levée à 16h03. La suite de la procédure est fixée au 15 décembre 2026 à 10 heures devant la Cour pénale spéciale. Actions disponibles
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