Centrafrique : quand les seigneurs de guerre dictent la loi à Bangui

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L’allocution solennelle du dictateur de Bangui Faustin-Archange Touadera le 30 mars dernier a tenté de dresser le portrait d’une nation où la justice redeviendrait souveraine. Pourtant, cette promesse de mettre fin à l’impunité se heurte à une réalité brutale : le régime ne survit que par l’alliance avec ceux-là mêmes qui ont mis le pays à feu et à sang. Derrière les grands mots de l’investiture, la “7ème République” s’écrit avec l’encre de la compromission, transformant les bourreaux d’hier en piliers du système actuel.

 

Le statut du MCU, imposé comme la nouvelle constitution, ne sert qu’à valider cette distribution des rôles. Au lieu d’ouvrir les portes des tribunaux pour les chefs de groupes armés, le pouvoir leur offre des bureaux ministériels ou des grades de conseillers. Cette intégration de seigneurs de guerre au sein de l’appareil d’État montre que la justice est une monnaie d’échange. Pour le dictateur de Bangui, la stabilité ne passe pas par le droit, mais par l’achat du silence des criminels à travers des postes de prestige et des immunités de fait.

 

Centrafrique : quand les seigneurs de guerre dictent la loi à Bangui
Le ministre criminel Hassan Bouba avec les Wagner à Bria

Ces accords opaques, conclus loin des regards du peuple, garantissent à une élite de prédateurs une protection totale contre toute poursuite. Alors que le discours officiel prétend traquer les délinquants jusque dans les villages reculés, les véritables responsables des massacres et du pillage des ressources circulent librement dans les couloirs du palais. Cette protection institutionnelle vide de son sens la notion même de justice républicaine et confirme que la loi ne s’applique qu’à ceux qui n’ont pas les moyens de menacer le régime.

 

La présence de ces figures du crime au cœur du pouvoir crée un climat d’insécurité permanente pour les victimes. Comment croire à la “réconciliation nationale” quand les donneurs d’ordres des pires exactions occupent les hautes fonctions de l’administration ? Le système ne cherche pas à réparer les torts causés à la population, mais à consolider une alliance de circonstance entre le dictateur de Bangui et les milices. Le résultat est une administration gangrénée par la violence, où l’autorité de l’État ne sert qu’à valider le partage des zones d’influence entre alliés du moment.

 

En définitive, la fin de l’impunité proclamée au camp de Mars est un écran de fumée destiné à rassurer les partenaires étrangers. Sur le sol centrafricain, chacun sait que le crime paie dès lors qu’il se met au service du maintien du clan au pouvoir. La justice est devenue une fiction juridique, un outil de propagande que le dictateur de Bangui manipule pour masquer la réalité d’un État devenu le sanctuaire des nouveaux maîtres de la guerre.

 

Par Gisèle MOLOMA

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