Évariste Ngamana alias grand sorcier de Carnot, lors de son point de presse à Bangui, affirme qu’Anicet Georges Dologuélé doit adresser une demande de réintégration au président Faustin-Archange Touadéra, faute de quoi il ne pourrait plus siéger à l’Assemblée nationale. Cette lecture est directement contestée par la défense de l’opposant et intervient quelques jours après une déclaration similaire de Fidèle Gouandjika.
Le porte-parole du gouvernement présente son interprétation comme une simple application du droit. Pourtant, les avocats de Dologuélé défendent une lecture opposée du dossier. Pour eux, la question de la nationalité ne peut pas être réduite à l’obligation faite à leur client d’aller solliciter personnellement le président de la République.

Une affirmation présentée comme une évidence juridique
Dans son intervention, Évariste Ngamana s’appuie sur le prétendu article 42 du Code de la nationalité centrafricaine.
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Selon lui, une personne qui aurait perdu la nationalité centrafricaine doit demander sa réintégration au président de la République. Une enquête serait ensuite menée afin de vérifier sa situation, avant l’éventuelle prise d’un décret de réintégration.
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Le porte-parole du gouvernement des bras cassés en tire une conséquence directe pour Dologuélé : il doit écrire au président.
Mais cette présentation ne constitue pas l’unique lecture juridique du dossier.
Les avocats de Dologuélé contestent précisément le fait de présenter leur client comme une personne définitivement privée de la nationalité centrafricaine et devant nécessairement solliciter une nouvelle réintégration.
La controverse porte donc sur un point préalable : Dologuélé a-t-il réellement perdu sa nationalité centrafricaine au point de devoir demander à la recouvrer ?
C’est cette question que Ngamana présente comme déjà réglée, alors qu’elle demeure au cœur du contentieux.
Le porte-parole transforme une question contestée en certitude
Le problème juridique apparaît dans la manière dont le raisonnement est construit.
Ngamana part de l’hypothèse selon laquelle Dologuélé a perdu sa nationalité. Il applique ensuite à cette hypothèse la procédure de réintégration prévue par le Code de la nationalité. Enfin, il présente le résultat comme une évidence : Dologuélé doit écrire au président.
Or, c’est précisément la première étape qui est contestée.
Si la perte de nationalité fait l’objet d’un contentieux, on ne peut pas simplement partir de cette perte comme d’un fait définitivement acquis pour imposer ensuite la procédure de réintégration.
Le débat juridique doit donc commencer par la détermination du statut actuel de Dologuélé, et non par l’obligation de lui faire adresser une demande au chef de l’État.
Une contradiction avec le parcours institutionnel de Dologuélé
Cette lecture soulève une autre difficulté.
La question de la nationalité de Dologuélé avait déjà été portée devant les institutions judiciaires avant l’élection présidentielle de décembre 2025.
Le Tribunal de grande instance de Bangui avait annulé son certificat de nationalité en octobre 2025.
Mais le Conseil constitutionnel a ensuite validé sa candidature à l’élection présidentielle.
Dologuélé a participé au scrutin.
Il a ensuite été élu député.
Ces éléments ne font pas disparaître la décision du Tribunal de grande instance. Ils montrent en revanche que le contentieux ne peut pas être présenté comme une affaire juridiquement close par cette seule décision.
Le raisonnement de Ngamana devrait donc expliquer comment les différentes décisions institutionnelles s’articulent entre elles avant d’affirmer que Dologuélé n’a « aucune nationalité ».
« Il n’a aucune nationalité »
C’est probablement la déclaration la plus spectaculaire du porte-parole du gouvernement.
Selon lui, si Dologuélé ne demande pas sa réintégration, « c’est qu’il n’a aucune nationalité pour continuer à siéger à l’Assemblée nationale ».
Cette affirmation va beaucoup plus loin qu’une simple demande de régularisation administrative.
Elle signifie que le gouvernement considère Dologuélé comme une personne sans nationalité.
Or, si cette affirmation est juridiquement retenue, elle appelle immédiatement plusieurs explications.
Quelle décision établit aujourd’hui qu’il est apatride ?
Quelle autorité a constaté cette situation ?
Quelle décision définitive prive Dologuélé de sa nationalité centrafricaine ?
Et comment cette situation s’articule-t-elle avec la validation de sa candidature présidentielle puis avec son élection comme député ?
Ces questions ne sont pas secondaires. Elles sont au cœur du dossier.
Les avocats de Dologuélé défendent une lecture inverse
La défense de Dologuélé ne raisonne pas comme le porte-parole du gouvernement.
Elle conteste l’idée selon laquelle l’abandon de la nationalité française aurait automatiquement créé une situation nécessitant une nouvelle demande de réintégration dans la nationalité centrafricaine.
La distinction est fondamentale.
Pour la défense, Dologuélé est Centrafricain d’origine. La question de sa double nationalité et de sa renonciation à la nationalité française ne permet pas, à elle seule, de transformer son statut en celui d’un étranger devant solliciter une faveur du président de la République.
C’est donc sur ce point précis que les deux camps tiennent des positions diamétralement opposées.
Le gouvernement dit : il a perdu sa nationalité, il doit demander sa réintégration.
La défense répond en substance : il n’a pas à demander de redevenir ce qu’il est déjà.
Cette contradiction aurait dû être au centre de toute présentation sérieuse du dossier.
Une étrange coïncidence avec la déclaration de Gouandjika
La sortie d’Évariste Ngamana intervient quelques jours après celle de Fidèle Gouandjika.
Ce dernier avait déjà publiquement demandé à Dologuélé de reconnaître la victoire de Touadéra et de solliciter sa réintégration dans la nationalité centrafricaine.
Gouandjika avait également évoqué le risque de voir le mandat parlementaire de Dologuélé remis en cause s’il ne régularisait pas sa situation.
Quelques jours plus tard, Ngamana reprend pratiquement le même raisonnement.
Même point de départ.
Même demande adressée à Dologuélé.
Même référence à la réintégration.
Même menace sur le mandat parlementaire.
Cette répétition donne à la séquence une dimension politique particulière. La déclaration de Ngamana ne ressemble plus à une initiative isolée destinée à expliquer le droit. Elle intervient dans la continuité directe du message précédent d’un conseiller du président de la République.
Une stratégie qui dessine déjà la prochaine étape
Le plus important dans les propos de Ngamana se trouve finalement dans la conséquence qu’il annonce.
Il ne dit pas seulement que Dologuélé devrait demander sa réintégration.
Il explique ce qui se produirait s’il refuse : il ne pourrait plus continuer à siéger à l’Assemblée nationale.
La nationalité devient donc le point de départ d’une éventuelle procédure contre son mandat.
Le schéma apparaît clairement :
perte de nationalité → demande de réintégration → refus éventuel → absence de nationalité → contestation du mandat de député.
C’est cette construction qui donne à la déclaration sa portée politique.
Elle permet de préparer le terrain à une future contestation du siège de Dologuélé à l’Assemblée nationale.
La question de la nationalité devient alors le moyen juridique utilisé pour atteindre une conséquence politique : son éviction du Parlement.
Le précédent Meckassoua donne une autre dimension à la séquence
Cette évolution rappelle nécessairement le précédent Karim Meckassoua.
En 2018, le président de l’Assemblée nationale avait été destitué à l’issue d’une procédure parlementaire. La destitution avait été votée par 98 députés contre 41.
Le contexte et les motifs ne sont pas les mêmes que ceux du dossier Dologuélé. Il ne faut donc pas présenter les deux affaires comme identiques.
Le parallèle se situe plutôt dans la méthode : un conflit politique avec un opposant, suivi d’une construction institutionnelle permettant de remettre en cause sa position au sein de l’Assemblée nationale.
Dans le dossier Dologuélé, la question de la nationalité pourrait jouer ce rôle.
La répétition des déclarations de responsables du pouvoir renforce cette hypothèse politique.
Une demande de réintégration qui prend une dimension politique
Il y a enfin une contradiction entre la manière dont Ngamana présente la procédure et le contexte dans lequel elle est réclamée.
Il affirme que Dologuélé ne doit pas écrire au président pour lui faire plaisir.
Mais cette demande intervient après que Fidèle Gouandjika lui a publiquement demandé de reconnaître la victoire de Touadéra.
Le président de la République se retrouve donc au centre de la procédure.
Dologuélé, opposant politique et ancien candidat à la présidentielle, doit lui écrire pour demander sa réintégration.
S’il ne le fait pas, le porte-parole du gouvernement annonce qu’il ne pourra plus siéger comme député.
La procédure juridique prend alors la forme d’une injonction politique.
Dologuélé doit se plier à la démarche exigée par le pouvoir ou prendre le risque de voir son mandat parlementaire remis en cause.
Une affaire qui ne porte plus seulement sur la nationalité
La sortie d’Évariste Ngamana marque ainsi une nouvelle étape dans le dossier Dologuélé.
Le débat n’est plus limité à la question de son certificat de nationalité ou de son passeport. Il touche désormais directement à son mandat de député.
Le porte-parole du gouvernement a lui-même établi ce lien.
Il affirme que Dologuélé doit demander sa réintégration. Il affirme ensuite que son refus signifierait qu’il n’a aucune nationalité et qu’il ne peut plus continuer à siéger à l’Assemblée nationale.
Le pouvoir dispose ainsi d’une argumentation déjà construite pour contester son maintien au Parlement.
Reste maintenant la question essentielle : les institutions judiciaires et parlementaires confirmeront-elles cette lecture, ou les arguments des avocats de Dologuélé finiront-ils par s’imposer face à cette interprétation du gouvernement ?
Pour l’instant, une chose est établie dans le débat politique : après la déclaration de Fidèle Gouandjika, celle d’Évariste Ngamana reprend le même axe et place désormais explicitement la menace sur le mandat de député de Dologuélé.
Par Alain Nzilo
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