Pendant que les sinistrés s’entassent dans la boue à chaque saison des pluies, les autorités de Bangui s’enferment dans des promesses stériles et une communication totalement déconnectée.
Le constat est choquant et se répète invariablement chaque année au retour de la saison des pluies. Les discours officiels se succèdent, calqués sur le même modèle, portés par des autorités devenues maîtresses dans l’art de la propagande et de la déception à grande échelle. Le chef de l’État actuel, surnommé l’empereur dictateur par ses concitoyens, diffuse en boucle les mêmes déclarations lénifiantes, persuadé que la population se contentera de paroles en guise de bilan. Une décennie entière s’est écoulée sous cette gouvernance, et pas le moindre début d’exécution ou de changement concret n’est visible dans les quartiers sinistrés de la capitale, abandonnant les Centrafricains à leur triste sort.

Cette gestion calamiteuse des inondations confirme parfaitement une inertie institutionnelle érigée en système. On nous parle de canalisations, de curage des caniveaux et de plans d’urbanisation, mais la réalité sur le terrain dément immédiatement ces annonces mensongères. Les structures étatiques se focalisent uniquement sur le versement des salaires de la fonction publique, une stratégie minimale visant uniquement à empêcher les grèves et à maintenir le régime en place. Au-delà de cette gestion salariale, les caisses sont vides et l’appareil d’État se trouve totalement paralysé, incapable de concevoir ou de financer la moindre infrastructure publique d’envergure.
Pour les ponts à consolider, les voies d’eau à aménager ou les secours de première nécessité, le gouvernement se transforme en mendiant international. Ce sont exclusivement les partenaires extérieurs, la Minusca, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, l’Union européenne ou la France, qui apportent les fonds nécessaires pour colmater les brèches ici et là. Sans cette perfusion financière permanente des institutions internationales, le dénuement de l’administration publique serait total. Les cadres nommés à la tête des ministères, souvent choisis par pur népotisme au sein de cercles d’amis, se révèlent incapables d’initier une politique publique autonome et préfèrent briller dans les médias.
Les récentes interventions de la direction de cabinet du ministère de l’Action humanitaire sur Radio Guira confirment ce décalage total et cette propagande pathétique. Les explications fournies rejettent la responsabilité des inondations sur les comportements des citoyens et sur les constructions anarchiques, éludant la faillite totale de l’aménagement urbain par l’État. Le projet tant vanté de relocalisation définitive des sinistrés de l’île M’Bongossoua vers le site de Samba, présenté comme une solution de logements sociaux décents sous l’autorisation présidentielle, cache une tout autre réalité. Les dons humanitaires de l’Unicef et des agences internationales sont captés et redirigés vers la construction d’infrastructures scolaires privées appartenant à la ministre elle-même dans sa région natale de Samba. Les promesses de nouveaux pôles urbains se transforment ainsi en opportunités d’enrichissement personnel et en projets privés financés par l’aide internationale, tandis que les familles sinistrées s’entassent toujours dans des abris de fortune au milieu de la boue en attendant de futures vagues d’eau.
Par Éric Azoumi
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