Martin Ziguélé : plus de 60 ans après les indépendances, avoir des mercenaires comme le groupe Wagner en Afrique est inacceptable

0
1

L’ancien Premier ministre centrafricain Martin Ziguélé critique le recours à des combattants étrangers pour assurer la sécurité de certains États africains. Invité de l’émission L’Arbre à Palabre sur la DW, il estime que la présence de groupes comme Wagner pose une question directe sur la souveraineté militaire des pays concernés.

 

Plus de 60 ans après les indépendances, plusieurs États africains continuent de faire appel à des forces étrangères lorsqu’ils ne disposent pas des moyens nécessaires pour contrôler leur territoire ou combattre des groupes armés. Pour Martin Ziguélé, cette situation révèle les limites de la souveraineté proclamée au moment des indépendances.

 

Martin Ziguélé : plus de 60 ans après les indépendances, avoir des mercenaires comme le groupe Wagner en Afrique est inacceptable

À lire aussi : Le Diplôme “Exceptionnel”, le Passeport “Optionnel” : Bienvenue dans la septième République des faussaires et des criminels

L’ancien Premier ministre centrafricain considère que la défense du territoire doit d’abord relever des institutions nationales. Lorsque des combattants étrangers sont chargés d’assurer la protection d’un régime ou de participer aux opérations militaires, la question de l’autonomie réelle de l’État se pose directement.

 

À lire aussi : Centrafrique : Élysée Nguimalé qualifie les militants et partisans du MCU d’un groupe d’inciviques et moins civilisés

Wagner au cœur du débat sécuritaire africain

 

Le groupe Wagner s’est imposé ces dernières années comme l’un des noms les plus connus dans le débat sur l’intervention de sociétés militaires privées russes en Afrique. Sa présence a notamment été associée à plusieurs pays confrontés à des crises sécuritaires.

 

En République centrafricaine, des instructeurs et combattants russes liés au dispositif Wagner ont été déployés à partir de 2018 dans le cadre d’une coopération avec les autorités de Bangui. Leur présence a ensuite pris une place importante dans le dispositif sécuritaire du pays.

 

Le modèle s’est également développé au Mali et au Burkina Faso, où les autorités militaires ont cherché de nouveaux partenaires sécuritaires après la détérioration de leurs relations avec certains pays occidentaux.

 

Pour Martin Ziguélé, ces changements de partenaires ne doivent pas être présentés comme une véritable indépendance si les États restent incapables d’assurer eux-mêmes leur défense.

 

Remplacer une dépendance par une autre

 

C’est l’un des principaux arguments avancés par l’ancien Premier ministre.

 

Pendant plusieurs décennies, plusieurs pays africains ont entretenu une coopération militaire étroite avec les anciennes puissances coloniales. Formation des soldats, fourniture d’armes, assistance technique, renseignement et présence de conseillers étrangers ont constitué une partie de cette coopération.

 

Le remplacement de ces partenaires par des forces russes ou d’autres acteurs étrangers ne suffit donc pas, selon Martin Ziguélé, à établir une souveraineté militaire.

 

Pour lui, la question essentielle n’est pas de savoir si le partenaire est français, russe ou issu d’un autre pays. Elle est de savoir si l’État africain possède lui-même les capacités nécessaires pour assurer sa défense.

 

Une armée nationale doit rester au centre

 

La souveraineté militaire suppose des forces armées nationales capables de protéger le territoire et la population.

 

Cela nécessite des soldats correctement formés, des équipements adaptés, des moyens financiers suffisants, une chaîne de commandement fonctionnelle et des institutions capables d’exercer un contrôle politique et juridique sur les forces de défense.

 

Pour Martin Ziguélé, investir dans ces capacités devrait constituer une priorité pour les États africains.

 

Le recours à des combattants étrangers peut répondre à une urgence sécuritaire, mais il ne règle pas nécessairement les faiblesses structurelles des armées nationales.

 

À terme, un État qui dépend de forces extérieures pour sécuriser son territoire reste vulnérable aux décisions de son partenaire.

 

La question du contrôle des forces étrangères

 

La présence de combattants étrangers pose également la question du contrôle de leurs opérations.

 

Une armée nationale est soumise aux lois du pays, à une chaîne de commandement et, en principe, aux mécanismes institutionnels de contrôle. La situation peut être différente lorsqu’un gouvernement fait appel à une société militaire privée étrangère.

 

Les modalités contractuelles, les responsabilités opérationnelles et les mécanismes de contrôle peuvent alors être plus difficiles à appréhender pour la population et les institutions nationales.

 

C’est notamment cette question qui nourrit les critiques formulées contre les groupes militaires privés présents sur le continent.

 

Des organisations internationales et des associations de défense des droits humains ont également accusé des combattants associés au groupe Wagner d’exactions contre des civils dans plusieurs pays. Ces accusations ont été contestées par les autorités concernées et par la Russie.

 

La sécurité ne doit pas devenir une affaire privée

 

Pour Martin Ziguélé, la défense du territoire constitue une fonction régalienne.

 

L’État doit donc conserver la maîtrise des décisions militaires, du commandement et de l’utilisation de la force.

 

La privatisation partielle de la sécurité peut créer une situation dans laquelle les intérêts d’un groupe extérieur ne coïncident pas nécessairement avec ceux de la population.

 

Cette question devient encore plus sensible lorsque les forces étrangères participent à des opérations contre des groupes armés, à la protection de responsables politiques ou à des missions de sécurisation des zones stratégiques.

 

La faiblesse des États au centre du problème

 

Le recours à des forces étrangères est également le résultat de difficultés internes.

 

Certains États africains disposent d’armées sous-équipées, de budgets militaires limités et de territoires difficiles à contrôler. Les groupes armés profitent de ces faiblesses pour étendre leur présence.

 

Dans ce contexte, les gouvernements cherchent des solutions rapides.

 

Pour Martin Ziguélé, cette logique ne doit pas empêcher les États de s’attaquer aux causes profondes de leurs difficultés sécuritaires : formation des militaires, modernisation des équipements, renseignement, contrôle des frontières, infrastructures et amélioration des conditions de vie des populations.

 

L’intervention du groupe Wagner soulève des questions cruciales sur la souveraineté militaire des États africains, un sujet que Martin Ziguélé aborde de manière directe et engagée.

Une coopération militaire étrangère peut apporter une assistance ponctuelle. Elle ne peut pas, à elle seule, remplacer la construction d’une véritable capacité nationale de défense.

 

Une question de souveraineté

 

L’analyse de Martin Ziguélé rejoint ainsi le débat plus large sur l’indépendance réelle des États africains.

 

Un pays peut disposer d’un gouvernement, d’une constitution, d’une armée et d’un territoire reconnu internationalement tout en restant dépendant d’une force étrangère pour assurer sa sécurité.

 

Pour l’ancien Premier ministre, cette dépendance constitue une contradiction avec le principe même de souveraineté.

 

La souveraineté militaire ne signifie pas nécessairement l’absence de coopération avec les autres pays. Les États peuvent acheter des équipements à l’étranger, former leurs soldats avec des partenaires ou participer à des opérations multinationales.

 

La différence réside dans le contrôle. Les décisions stratégiques doivent rester entre les mains des institutions nationales.

 

Renforcer les armées africaines

 

Pour sortir de cette dépendance, Martin Ziguélé plaide implicitement pour une reconstruction des capacités nationales de défense.

 

Cela passe par la formation des militaires, la professionnalisation des forces armées, l’amélioration du renseignement, la modernisation des équipements et le renforcement des institutions chargées de contrôler l’armée.

 

La coopération entre États africains peut également jouer un rôle important.

 

Les pays du continent disposent de compétences militaires, d’écoles de formation et d’expériences opérationnelles qui pourraient être davantage mutualisées. Une coopération sécuritaire africaine plus structurée permettrait de réduire progressivement la dépendance à l’égard des forces étrangères.

 

Le choix des partenaires ne suffit pas

 

Le débat sur Wagner ne doit donc pas être réduit à une opposition entre Russie et Occident.

 

Pour Martin Ziguélé, remplacer une puissance étrangère par une autre ne constitue pas automatiquement une politique de souveraineté.

 

La véritable indépendance suppose que les États africains soient capables de définir leurs besoins sécuritaires, de choisir leurs partenaires selon leurs intérêts et de conserver le contrôle de leurs opérations.

 

Plus de 60 ans après les indépendances, l’enjeu reste donc de construire des États capables d’assurer eux-mêmes les fonctions essentielles de leur souveraineté. Pour Martin Ziguélé, la défense du territoire et la protection des populations ne peuvent durablement être sous-traitées à des combattants étrangers sans poser la question de l’indépendance réelle du pays qui les emploie.

 

Par Alain Nzilo

Rejoignez notre communauté

 

Chaine officielle du CNC 

Invitation à suivre la chaine du CNC

CNC Groupe 3

CNC groupe 4 

CNC groupe le Soleil

Note : les deux premiers groupes sont réservés  uniquement aux publications officielles du CNC

 Abonnez-vous à notre chaine YouTube : (31) Corbeau News TV – YouTube 

Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65

Email : Redaction@corbeaunews-centrafrique.org

Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org

 

 

 

v