Martin Ziguélé : “Un pays sans routes, un président sans vision, pas d’avenir pour la Centrafrique”

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Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Lors d’une émission sur la chaîne gabonaise SIBIKAN MEDIA, Martin Ziguélé, ancien Premier ministre et porte-parole du BRDC, a dressé le portrait d’une Centrafrique paralysée par l’absence totale d’infrastructures routières et de vision politique sous la présidence de Touadéra.
Martin Ziguélé raconte une anecdote qui résume la situation : “Le premier ministre Kamoun, qui est avec nous dans le BRDC, est allé saluer sa famille à Bambari au centre du pays. De Sibut à Bambari, ça fait 200 kilomètres, ils ont fait 16 heures de temps. Une route qui à l’époque se pratiquait en 3 heures, 2 heures et demie».
Ce témoignage concret montre la dégradation catastrophique des infrastructures. Un trajet de 200 kilomètres qui prenait 3 heures nécessite maintenant 16 heures. Cette multiplication par cinq du temps de transport paralyse toute activité économique.
L’ancien Premier ministre Martin Ziguélé porte une accusation sans appel : “Depuis que le président Touadéra est arrivé au pouvoir, il n’a pas reconstruit 10 kilomètres de route sur le budget national». Dix ans de présidence sans reconstruire 10 kilomètres de route – ce chiffre résume l’abandon total des infrastructures.
Martin Ziguélé anticipe le comportement présidentiel pendant la campagne : “Tous ces déplacements à l’intérieur du pays, y compris pour cette campagne, il le fera uniquement avec des hélicoptères et des avions. Il ne peut pas le faire par route. Même pour les cérémonies, lundi par exemple, ils iront à Bouar pour lancer la rentrée scolaire, tout le monde ira par avion».
L’ancien Premier ministre Martin Ziguélé compare avec sa propre pratique : “Moi, quand je circule en Centrafrique, je vais par route, je m’arrête dans les villages, je dors à la belle étoile, je vis ce que vit la population. Pourquoi ils ne vont pas par route ? Parce qu’il n’y a pas de route. Vous avez un pays où il n’y a pas de route, il n’y a pas d’électricité».
Cette comparaison entre un président qui fuit son territoire en hélicoptère et un opposant qui circule par route dans les villages témoigne de deux conceptions opposées de la politique.
Martin Ziguélé compare la Centrafrique à d’autres pays africains : “Vous arrivez en Centrafrique, c’est l’inverse, c’est-à-dire la pauvreté augmente, il n’y a pas de route». Pendant que d’autres pays construisent, la Centrafrique détruit.
L’ancien Premier ministre dénonce les priorités du gouvernement : “Qu’est-ce que le gouvernement fait ? De la crypto-monnaie. Le sango coin, le meme coin et tout cela. Cette fébrilité cache l’impuissance et l’absence de vision pour le pays».
Au lieu d’investir dans les routes et les infrastructures de base, le régime lance des projets fantaisistes comme le sango coin qui n’apportent rien à la population.
Martin Ziguélé s’inquiète pour l’avenir : “Lorsque je vois la manière dont le pouvoir se comporte, beaucoup plus porté vers la jouissance que vers l’autocritique et la lucidité économique, je me dis que demain sera pire qu’hier parce que la population s’accroît. Et avec les différentes crises que nous avons connues, la population urbaine de Bangui a presque doublé avec les mêmes infrastructures qu’il y a 20 ans, sauf que ces infrastructures sont en état de dégradation avancé».
Cette prévision sombre découle d’une analyse rationnelle : population croissante + infrastructures dégradées = catastrophe annoncée.
L’ancien Premier ministre Martin Ziguélé répète : “Ce pays, je vous le dis, c’est Dieu qui protège sa population, ce n’est pas le système de santé. La plus grande catastrophe que nous aurons dans ce pays, c’est la qualité du capital humain que nous avons déjà et qui va en s’aggravant».
Sans routes, sans écoles fonctionnelles, sans hôpitaux équipés, la Centrafrique produit une génération sacrifiée qui n’aura pas les moyens de développer le pays.
Martin Ziguélé tire une conclusion définitive : “Ce pays est à l’arrêt. Ce pays est non seulement à l’arrêt, mais ce pays recule».
L’ancien Premier ministre pose une question finale : “Est-ce que nous sommes un pays conscient du fait que nous perdons notre contenu chaque jour à cause d’un leadership évanescent, qui n’est pas crédible, qui n’est pas consistant et qui n’a aucune vision ?”
Dans des interviews précédentes, Ziguélé a réitéré ces critiques. En 2025, il affirmait : “C’est par l’agriculture et par l’agriculture seule que la Centrafrique s’en sortira». Mais comment développer l’agriculture sans routes pour acheminer les produits ?
Il dénonçait également la crise économique : “70% de la population vit en pauvreté extrême. Deux Centrafricains sur cinq ont besoin d’assistance pour vivre, se couvrir, aller à l’école ou se soigner. Dans 80% des foyers, les familles se contentent d’un unique repas quotidien».
Cette pauvreté massive découle directement de l’absence d’infrastructures qui permettraient l’activité économique.
Martin Ziguélé qualifiait le bilan de 2024 d’“accablant” et estimait que “les perspectives pour 2025 ne sont guère optimistes”. Il constatait : “Le pouvoir d’achat est au plus bas, et l’inflation est devenue incontrôlable en raison de décisions de politique publique incompréhensibles et opaques».
L’analyse de Martin Ziguélé démontre qu’un pays sans routes est un pays sans avenir. Les infrastructures routières constituent la condition première du développement économique. Sans elles, impossible de commercer, d’accéder aux marchés, de transporter les productions agricoles, de se rendre à l’école ou à l’hôpital.
Dix ans sans reconstruire 10 kilomètres de route témoignent d’un abandon délibéré des fonctions régaliennes de l’État. Le président préfère dépenser des milliards pour Wagner plutôt que d’investir dans les routes qui permettraient à la population de vivre dignement.
Cette absence de routes condamne la Centrafrique à rester un archipel de zones isolées incapables de communiquer entre elles. Le pays se fragmente pendant que le président le survole en hélicoptère sans voir la misère qu’il a créée.
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