
our l’ouverture de sa nouvelle session gouvernementale, Faustin Touadéra a choisi de priver ses propres collaborateurs de parole, verrouillant l’accès aux réseaux sociaux afin d’imposer un contrôle absolu sur l’information, pour ne pas dire accentuer la propagande d’État.
Les ministres nouvellement nommés ont immédiatement compris que leur autonomie politique s’arrêtait aux portes du palais présidentiel. En interdisant formellement l’usage des comptes personnels pour annoncer des réformes ou commenter l’actualité de la nation, l’empereur dictateur a instauré un régime de surveillance inédit au sein même de l’exécutif. Cette décision de centraliser la parole publique sous la tutelle unique d’un seul ministère de la communication s’apparente à une mise sous camisole bureaucratique d’une équipe gouvernementale réduite à un rôle de figuration. Le chef du régime de Bangui entend ainsi tuer dans l’œuf toute velléité d’indépendance ou de promotion personnelle de la part de ses subordonnés.

Cette stratégie de verrouillage vise à masquer les rivalités intenses qui agitent une coalition hétéroclite, composée de fidèles de la première heure et de ralliés de fraîche date. En imposant une discipline de fer et en brandissant le secret des délibérations comme une obligation constitutionnelle absolue, Faustin Touadéra cherche à empêcher les fuites inévitables vers la presse indépendante concernant le partage des budgets ministériels. La peur de voir les contradictions internes du pouvoir étalées sur la place publique pousse le sommet de l’État à transformer les membres du cabinet en de simples exécutants muets, soumis au dogme de la pensée unique présidentielle.
La rhétorique officielle justifie cette censure par un besoin de cohérence et de dignité dans la communication de l’État, un argument qui peine à dissimuler la paranoïa d’un pouvoir affaibli. Depuis l’avènement de cette septième république contestée, la moindre critique ou la moindre initiative non cadrée par la présidence est perçue comme un acte de défiance. Les ministres de salon, ainsi rebaptisés par le dictateur lui-même, se retrouvent sous la surveillance constante du Premier ministre, chargé de faire appliquer un règlement intérieur répressif où le moindre écart de langage peut conduire à un limogeage immédiat.
En confiant le monopole de la diffusion des informations à un canal institutionnel unique, le régime de Bangui espère formater un récit lissé et conforme à sa propagande de refondation. Cette centralisation outrancière s’applique également aux annonces d’envergure économique et sécuritaire, interdisant aux ministères sectoriels de valoriser leurs propres actions sans validation préalable de la présidence. Les investisseurs et les partenaires internationaux se retrouvent face à un écran de fumée où la vérité des chiffres et la réalité du terrain sont systématiquement gommées au profit d’un culte de la personnalité exacerbé.
Le Premier ministre devra présenter un programme de politique générale à l’Assemblée nationale sous la dictée directe de ce dispositif de censure. Les lettres de mission distribuées aux membres du gouvernement serviront d’instruments de cadrage idéologique, renforçant la centralisation d’un pouvoir qui ne tolère aucune voix discordante. Pendant que l’administration se focalise sur le flicage numérique de ses agents et de ses hauts fonctionnaires, les problèmes urgents liés à l’inflation et à l’effondrement des services publics restent sans réponse, étouffés par le bruit monolithique de la propagande officielle.
Par Alain Nzilo
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