
Le trafic de tramadol lié aux réseaux de Wagner en Centrafrique revient au premier plan après une enquête du Wall Street Journal. Un an après les premières révélations du CNC sur ce commerce, le quotidien américain décrit un réseau qui s’étend des frontières de la RDC aux zones minières centrafricaines.
Le reportage américain ne se limite pas à la circulation de comprimés dans les rues de Bangui. Il décrit une économie organisée autour du tramadol, avec des routes d’approvisionnement, des points de distribution, des zones de consommation et des revenus qui profiteraient aux réseaux russes présents dans le pays.

Cette enquête apporte de nouveaux éléments à un dossier déjà traité par le CNC. La rédaction avait documenté la circulation massive du tramadol et les liens établis sur le terrain entre ce commerce et les hommes de Wagner présents dans plusieurs régions du pays.
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De l’Inde à l’Oubangui, une route commerciale bien établie
Selon le Wall Street Journal, une partie du tramadol consommé en Centrafrique provient d’Inde. Les cargaisons transitent par la République démocratique du Congo avant d’entrer sur le territoire centrafricain.
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Le fleuve Oubangui constitue l’un des principaux axes de cette circulation. Les marchandises arrivent notamment dans les zones situées à proximité de la frontière congolaise avant d’être acheminées vers Bangui et d’autres localités.
Le produit poursuit ensuite sa route vers les zones minières. Le quotidien américain décrit un commerce qui bénéficie de réseaux de transport déjà utilisés pour d’autres marchandises, notamment l’or et le bois.
Les comprimés concernés présentent souvent des dosages très élevés. Des comprimés de 120, 200 milligrammes ou davantage circulent sur le marché parallèle centrafricain, alors que le tramadol est également utilisé légalement comme médicament dans des dosages thérapeutiques inférieurs.
Le CNC avait déjà documenté le phénomène
Cette enquête internationale intervient après plusieurs publications du CNC consacrées au trafic de tramadol en Centrafrique.
La rédaction avait décrit la présence du produit dans plusieurs villes et zones minières, ainsi que les circuits empruntés par les commerçants et les transporteurs. Ces informations avaient également fait apparaître les liens entre ce commerce et les réseaux contrôlés par les hommes de Wagner.
À l’époque, ces révélations étaient principalement fondées sur des informations recueillies auprès d’habitants, de commerçants et d’acteurs présents dans les zones concernées.
Un an plus tard, le Wall Street Journal arrive sur un terrain similaire avec une enquête fondée sur plusieurs témoignages et sources. Le quotidien américain décrit à son tour un commerce structuré autour du tramadol et son intégration dans les activités économiques des réseaux russes.
La convergence entre ces différentes enquêtes donne une nouvelle dimension au dossier.
Dans les zones minières, le tramadol accompagne l’économie de l’or
Le reportage américain établit un lien direct entre la circulation du tramadol et les régions où l’exploitation aurifère occupe une place importante.
Dans certaines zones minières, le produit serait consommé par des travailleurs soumis à de longues journées de travail. Le tramadol est recherché pour ses effets sur la douleur et la fatigue.
Le Wall Street Journal rapporte également sa consommation par certains combattants à fortes doses. Le produit serait utilisé pour supporter la fatigue et réduire la sensation de peur pendant les opérations.
Cette consommation concerne donc plusieurs catégories de personnes présentes dans les mêmes territoires : travailleurs des mines, transporteurs, commerçants et membres de groupes armés.
Le trafic s’appuie ainsi sur des espaces où plusieurs économies se côtoient déjà.
Un commerce qui rapporte sur chaque trajet
L’intérêt économique du tramadol apparaît aussi dans les témoignages recueillis par le quotidien américain.
Une cargaison achetée en Centrafrique autour de 7 000 dollars pourrait être revendue environ 21 000 dollars au Cameroun, selon des personnes interrogées par le Wall Street Journal.
Entre les deux points, les transporteurs doivent emprunter des axes contrôlés par différents groupes. Des paiements sont effectués pour permettre le passage des marchandises.
Le bénéfice ne provient donc pas uniquement de la vente finale. Chaque étape du parcours peut générer des revenus pour ceux qui contrôlent les routes, les points de passage ou les territoires traversés.
Le tramadol devient ainsi une marchandise particulièrement rentable dans un environnement où les réseaux disposent déjà de moyens de transport et de contrôle territorial.
Une économie clandestine qui dépasse la drogue
Le rapport publié en 2026 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime décrit également l’importance du tramadol dans l’écosystème criminel centrafricain.
L’organisation présente le pays comme un espace de destination et de redistribution de comprimés fortement dosés. Elle décrit des circuits qui relient les marchés centrafricains aux réseaux régionaux de trafic.
Cette économie fonctionne parallèlement à d’autres activités clandestines.
Dans les zones concernées, les mêmes routes peuvent servir au transport de l’or, du bois, du carburant, des produits alimentaires ou des médicaments détournés vers le marché illicite.
Les revenus issus de ces activités peuvent ensuite circuler dans les mêmes réseaux.
C’est cette organisation économique qui donne au trafic de tramadol une importance particulière dans le dossier centrafricain.
Wagner conserve des réseaux économiques en Centrafrique
Le reportage du Wall Street Journal intervient alors que la présence des réseaux issus de Wagner en Centrafrique a évolué depuis la disparition d’Evgueni Prigojine.
Le quotidien américain estime qu’environ 500 anciens membres de Wagner restent présents dans le pays. Leur activité se concentre notamment dans des régions où l’exploitation de l’or représente une importante source de revenus.
Le journal décrit un dispositif qui ne repose plus seulement sur les opérations militaires. Les activités commerciales occupent également une place importante.
L’or, le bois, le transport et désormais le tramadol apparaissent dans cette économie.
La question n’est donc plus uniquement celle de la présence de combattants russes sur le territoire centrafricain. Elle concerne aussi les activités économiques développées autour de cette présence.
Un dossier désormais documenté par plusieurs sources
Les informations publiées par le Wall Street Journal rejoignent plusieurs éléments déjà rapportés par le CNC sur la circulation du tramadol en Centrafrique.
Elles sont également rapprochées des données de la GI-TOC sur les marchés criminels du pays et des informations de l’ONUDC sur l’ampleur du trafic de tramadol en Afrique centrale et occidentale.
Le phénomène dépasse donc la seule consommation de médicaments détournés de leur usage médical. Il s’inscrit dans un commerce transfrontalier qui relie l’Asie, la RDC, la Centrafrique et plusieurs pays voisins.
Un an après les premières publications du CNC, l’enquête du Wall Street Journal apporte de nouveaux détails sur cette économie et sur les réseaux qui en tireraient des revenus. Le tramadol apparaît désormais comme l’un des produits au cœur d’un système qui associe circulation transfrontalière, exploitation minière et contrôle des axes commerciaux en Centrafrique. Actions disponibles
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