Du rêve de l’intégration au cauchemar du Code pénal : L’effroyable réalité des jeunes diplômés centrafricains

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Les promesses de réussite portées par la septième République s’effondrent pour la jeunesse centrafricaine, brutalement renvoyée des listes de la fonction publique vers les cellules des tribunaux de Bangui.

 

Le point de presse du comité stratégique de recrutement brise définitivement les espoirs d’une génération entière de diplômés. En annonçant l’annulation de centaines de candidatures pour cause de faux et usage de faux dans des secteurs clés comme les Finances, la Justice, les Mines ou les Affaires étrangères, le Premier ministre transforme une attente sociale légitime en une affaire criminelle. Les postulants qui aspiraient à sortir de la précarité en intégrant l’administration se retrouvent jetés en pâture à l’opinion publique. Cette démarche gouvernementale vise à punir les individus pour masquer le délabrement complet d’un système éducatif et administratif dont l’État s’est désengagé depuis des décennies.

Du rêve de l'intégration au cauchemar du Code pénal : L'effroyable réalité des jeunes diplômés centrafricains
La queue des jeunes diplomes pour la certification de leur baccalaureat a la direction des examens et concours a Bangui. CopyrightCNC

 

Pour ces milliers de jeunes, l’obtention d’un diplôme à l’Université de Bangui ou le succès au baccalauréat représentait le seul chemin vers une vie digne. La réalité du terrain a rapidement douché ces ambitions, l’accès à la fonction publique étant devenu un privilège réservé aux clients du pouvoir et aux proches des ministres. Face au verrouillage des institutions et à l’absence totale d’un marché de l’emploi privé, la manipulation des documents administratifs est devenue l’unique stratégie de survie pour des licenciés et des bacheliers laissés pour compte. En criminalisant ces pratiques, le régime refuse de voir qu’il a lui-même acculé sa jeunesse à des extrémités pour ne pas sombrer dans la misère absolue.

 

L’ordre donné de transférer l’ensemble des dossiers au ministre d’État chargé de la Justice afin d’engager des poursuites pénales fait basculer ces demandeurs d’emploi dans l’angoisse. Les peines brandies, allant de cinq à dix ans d’emprisonnement assorties de travaux forcés, sont d’une sévérité disproportionnée par rapport au désespoir qui a motivé ces actes. Le pouvoir s’abrite derrière l’article cinquante-neuf de la Constitution et les textes du Code pénal pour orchestrer une répression spectaculaire. Cette fermeté de façade permet au gouvernement de simuler une lutte pour la moralité publique, alors qu’il est incapable d’offrir la moindre alternative économique à cette population active qu’il menace aujourd’hui d’enfermer.

 

L’illusion du mérite, défendue lors de ce point de presse au nom de l’impunité zéro, ne trompe personne. Les jeunes centrafricains, dont les voix ont été sollicitées pour légitimer les nouvelles orientations politiques du pays, découvrent le vrai visage d’un système qui préfère la solution carcérale à la réforme de ses propres structures de contrôle. Les circuits officiels qui délivrent, valident et enregistrent ces parchemins litigieux au sein de la direction des examens et concours ou des secrétariats universitaires restent épargnés par la colère ministérielle. Le comité technique choisit de briser l’avenir des candidats pour éviter de démanteler les réseaux de corruption bien installés au cœur des cabinets officiels.

 

La saisine du procureur de la République pour lancer l’action publique sert de paravent politique au Premier ministre. Cette annonce fracassante crée une diversion bienvenue, déplaçant le débat de l’incompétence économique du gouvernement vers la culpabilité individuelle des plus vulnérables. Les bacheliers et les cadres en quête d’intégration deviennent les fusibles d’une politique de communication qui cherche à afficher un bilan de salubrité publique aux dépens des sacrifices de la jeunesse.

 

Les couloirs du palais de justice s’apprêtent à voir défiler une cohorte de diplômés transformés en délinquants par la volonté d’un régime qui leur refuse le droit au travail, tandis que les intermédiaires administratifs et les vendeurs d’arrêtés ministériels dorment en paix, assurés de la protection de leurs fonctions et déjà prêts à monnayer les places laissées vides par cette purge_

 

Par Éric Azoumi

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