
La formule a fait le tour des réseaux sociaux centrafricains dès le soir du 30 mars. « La récréation est terminée », a déclaré le président Faustin-Archange Touadéra lors de son discours d’investiture pour ce nouveau septennat. Trois mots censés sonner comme un tournant, une rupture, un avertissement. Laurent Gomina Pampali, lui, a posé la question que personne dans les rangs de la mouvance n’ose formuler : récréation pour qui, exactement ?
L’ancien ministre et ex-député, interrogé par Guira FM, n’a pas cherché à ménager la formule présidentielle. « Qui dit récréation dit un moment de rupture pour s’amuser, pour se distraire. Mais qui réellement dans le pays se distrait aujourd’hui ? » La réponse, Pampali la donne lui-même, sans attendre : la grande majorité des Centrafricains vit dans la souffrance et la précarité. Lui-même, ancien dignitaire de l’État, attend toujours que sa pension soit payée régulièrement.
C’est là que la formule de Touadéra se retourne contre elle-même. Dire que la récréation est terminée, c’est admettre implicitement qu’il y a eu récréation. Et si récréation il y a eu, elle n’a certainement pas été pour le paysan de l’Ouham, pour le fonctionnaire à la retraite dont les arriérés s’accumulent depuis des années, pour les déplacés de l’intérieur qui survivent sous des bâches. Pampali le dit sans détour : la vraie fin de la récréation, ce sera le jour où les pensions seront payées, où la vie domestique changera concrètement, où l’appartenance partisane ne sera plus la condition d’accès aux droits les plus élémentaires.
L’ancien professeur de philosophie de l’université de Bangui note par ailleurs que la situation économique du pays ne dépend pas uniquement des décisions de Bangui. Les guerres déclenchées en Ukraine et au Moyen-Orient font monter les prix à l’échelle mondiale. Le savon, la viande, les produits de première nécessité deviendront plus chers encore. Promettre la fin de la récréation dans ce contexte, sans en expliquer les moyens concrets, risque de rester un slogan de plus dans une longue série de slogans.
Pampali ne ferme pas la porte. Il dit vouloir croire que le discours du 30 mars traduit une prise de conscience réelle. Mais il pose une condition simple, presque brutale dans sa clarté : que chaque Centrafricain, qu’il soit de la majorité ou de l’opposition, qu’il mange à la table du pouvoir ou pas, puisse vivre dignement. Sans que cette dignité soit conditionnée par une carte de parti.
Par Alain Nzilo
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