
Invité du débat Patara sur Radio Ndeke Luka, Mario Gilles Martial accuse le pouvoir de réprimer les contestations contre la hausse du carburant.
Les mots sont particulièrement durs. Samedi 24 octobre 2026, sur Radio Ndeke Luka, Mario Gilles Martial, membre du bureau politique du Mouvement de libération du peuple centrafricain (MLPC), n’a pas ménagé le régime du président Faustin-Archange Touadéra. Face aux arrestations des responsables de la société civile après la journée ville morte du 12 octobre, l’opposant a comparé les méthodes du pouvoir à celles des bandes criminelles.

« C’est un pays des gangsters. Et franchement, nos dirigeants se comportent comme des chefs de gangs », a-t-il déclaré pendant le débat politique Patara.
Cette accusation intervient alors que cinq responsables de la société civile ont été arrêtés le 15 octobre, après avoir participé à la mobilisation contre l’augmentation de 150 francs CFA du prix des carburants.
Des arrestations que Mario Gilles Martial ne comprend pas
Pour le responsable du MLPC, le gouvernement a choisi de poursuivre les organisateurs d’une protestation pacifique plutôt que de répondre aux difficultés économiques dénoncées par la population.
Il rappelle que les initiateurs de la ville morte avaient demandé aux Centrafricains de rester chez eux. Ils n’avaient appelé ni à des affrontements avec les forces de l’ordre ni à des destructions de biens publics.
« C’est une manifestation. Les gens ont exprimé ce qu’ils vivent du jour au jour », a-t-il expliqué.
Mario Gilles Martial conteste particulièrement l’argument des conséquences économiques avancé par les soutiens du pouvoir pour justifier les poursuites judiciaires.
Sur le plateau, Ben Wilson-Gassan, responsable de la plateforme Émergence 2025, a défendu la plainte déposée contre les organisateurs de la ville morte. Il estime que cette mobilisation a perturbé les activités administratives et économiques.
Une justification que Mario Gilles Martial refuse.
« Mais l’augmentation du prix pétrolier n’a pas de conséquences ? Pourquoi prendre cette décision d’une manière unilatérale sans concertation ? », a-t-il demandé.
Pour lui, les difficultés économiques provoquées par la hausse du carburant méritent autant d’attention que les perturbations enregistrées pendant la journée ville morte.
Quand les soutiens du pouvoir poursuivent les contestataires
Mario Gilles Martial s’est également interrogé sur le rôle joué par les organisations favorables au président Touadéra dans les poursuites contre les cinq activistes.
Il considère que ces organisations ne peuvent pas se présenter comme les représentants de l’ensemble des Centrafricains simplement parce qu’elles soutiennent le chef de l’État.
« Ils soutiennent les actions du chef de l’État, mais ils ne sont pas délégués par le chef de l’État pour représenter le peuple centrafricain », a-t-il affirmé.
Le responsable politique estime que les poursuites pénales doivent reposer sur le travail des autorités judiciaires. Il s’interroge notamment sur les circonstances dans lesquelles les cinq responsables ont été interpellés.
Au cours des échanges, il a évoqué les déclarations attribuées au procureur de la République, qui n’aurait pas été informé des premières arrestations.
Pour Mario Gilles Martial, cette chronologie pose un problème concernant les conditions d’intervention des forces de sécurité.
Il est allé jusqu’à accuser les soutiens du pouvoir d’avoir utilisé la procédure judiciaire pour régler des différends avec d’autres acteurs de la société civile.
Touadéra accusé de prendre parti dans une affaire judiciaire
La diffusion d’une intervention du président Faustin-Archange Touadéra a provoqué une nouvelle réaction de Mario Gilles Martial.
Dans cet enregistrement, le chef de l’État explique que le dossier des activistes est désormais entre les mains de la justice. Il invoque la séparation des pouvoirs pour justifier son absence d’intervention directe.
Le président affirme également que les organisateurs disposaient d’autres moyens pour exprimer leur mécontentement. Il cite notamment la possibilité de manifester sur l’avenue des Martyrs, avec un encadrement policier.
Mario Gilles Martial n’a pas accepté cette explication.
Selon lui, le président aurait dû écouter les différentes parties et rechercher une réponse à la crise sociale.
« Le chef de l’État, en tant que père de la nation, devant une situation comme ça, il devait maintenant écouter tout le monde et prendre une décision vraiment en tant que père de famille », a-t-il déclaré.
Il lui reproche d’avoir adopté une position favorable aux poursuites engagées contre les organisateurs de la contestation.
« Il a pris maintenant une autre position », a-t-il ajouté, avant de dénoncer ce qu’il considère comme un parti pris présidentiel.
Une population restée chez elle plutôt que de descendre dans la rue
Pour Mario Gilles Martial, le choix d’une journée ville morte constitue précisément une forme de protestation destinée à éviter les affrontements.
Les organisateurs avaient demandé aux habitants de suspendre leurs activités pour exprimer leur désaccord avec la hausse des prix.
Le responsable du MLPC estime que le suivi du mot d’ordre aurait dû conduire le gouvernement à examiner les revendications.
Mario Gilles Martial, figure du MLPC, critique vertement la gestion du carburant par le régime de Faustin-Archange Touadéra et exige l’arrêt des poursuites judiciaires.
Il accuse également le pouvoir d’avoir sous-estimé le mécontentement populaire.
Selon lui, les autorités pensaient que les Centrafricains accepteraient la nouvelle augmentation sans organiser de mobilisation importante.
« Comme c’est une population qui est devenue maintenant docile, qui ne veut pas manifester, ils disent que si on augmente le prix du carburant, ils ne vont pas manifester », a-t-il déclaré.
Il poursuit en expliquant que les autorités ont été surprises par la décision d’une partie des habitants de rester à domicile.
À ses yeux, les arrestations qui ont suivi montrent l’importance politique accordée par le pouvoir à cette mobilisation.
La vie chère au centre de ses accusations
Au-delà des arrestations, Mario Gilles Martial considère que le gouvernement évite de répondre au principal problème dénoncé par les manifestants : la dégradation du pouvoir d’achat.
Pendant l’émission, un reportage de Radio Ndeke Luka a présenté les conséquences de l’augmentation du carburant sur les marchés de Bangui.
Au marché de Pétévo, le sac d’oignons auparavant vendu à 55 000 francs CFA est désormais proposé entre 100 000 et 120 000 francs CFA, d’après les commerçants interrogés.
Le bidon d’huile de 25 litres, vendu auparavant à 26 500 francs CFA, atteint 36 500 francs CFA.
Ces augmentations pèsent sur les dépenses quotidiennes des ménages, particulièrement ceux dont les revenus sont faibles.
Pour Mario Gilles Martial, les autorités doivent revenir sur leur décision concernant le carburant.
« Le gouvernement ne peut que faire marche arrière pour essayer d’alléger la souffrance du peuple centrafricain », a-t-il déclaré.
Le responsable du MLPC estime que les arrestations des organisateurs de la ville morte ne répondent pas aux difficultés dénoncées par les habitants.
Pendant ce temps, les cinq responsables de la société civile arrêtés le 15 octobre restent au centre de la controverse judiciaire. Leurs interpellations continuent d’alimenter les débats sur le droit de manifester, les procédures d’arrestation et la réponse du gouvernement à la hausse du coût de la vie.
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