On connaît enfin l’auteur de la statue-ratée de Touadéra : entre le fiasco du culte de la personnalité et le ridicule du jamais vu

Rédigé le 12 avril 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
La statue de Faustin-Archange Touadéra, érigée en grande pompe sur la “Place Touadéra Merci”, est devenue en quelques heures l’objet de railleries et de controverses. Après des jours de spéculations, l’identité de son concepteur ne fait plus mystère : Dorcis Bio, président de l’association “Touadéra Merci”, assume fièrement la paternité de ce monument qui, pour beaucoup, ressemble davantage à un cochon qu’au président centrafricain.
Dorcis Bio, l’homme derrière la statue qui fait rire Bangui
Dorcis Bio, dans une déclaration solennelle sur les antennes de la radio Centrafrique, explique que ce monument est un “signe de reconnaissance et d’amour pour tous les travaux abattus par le président”. Selon lui, il fallait “matérialiser toutes les actions qu’a menées le chef de l’État” et lui offrir une “lettre de noblesse” à travers cet ouvrage d’art. Pourtant, dès son inauguration, les Centrafricains ont été unanimes : la statue ne ressemble en rien à Touadéra. Pire, sa tête évoque celle d’un cochon, déclenchant une vague de moqueries sur les réseaux sociaux et dans les rues de la capitale.
Le régime, visiblement embarrassé, a tenté de masquer la statue sous une bâche, avant qu’une femme proche du pouvoir ne propose de la refaire à ses frais. Une initiative qui en dit long sur l’état d’un système où chacun court après les faveurs du président, quitte à financer des monuments à sa gloire.
Pascal Bida Koyagbele et l’art de la flatterie politique
Pascal Bida Koyagbele, ministre conseiller en charge des grands travaux, a salué l’inauguration comme un “moment historique” et un “hommage à notre héros, notre champion”. Des mots qui sonnent faux dans un pays où la majorité de la population peine à se nourrir et où les services publics sont quasi inexistants.
Pour Koyagbele, ce monument marque “l’avènement d’une nouvelle révolution porteuse de renaissance”. Une déclaration qui contraste avec la réalité d’un pays en proie à la pauvreté, à l’insécurité et à une corruption endémique. Mais dans un contexte où la critique est étouffée, la flatterie devient une stratégie de survie pour ceux qui veulent rester dans les bonnes grâces du pouvoir.
Une statue qui divise et une population qui se moque
L’inauguration de la statue a provoqué un tollé. Les Centrafricains, habitués aux promesses non tenues et aux symboles vides de sens, n’ont pas hésité à exprimer leur ironie. Certains y voient une manœuvre de l’opposition pour ridiculiser Touadéra, d’autres une simple preuve de l’incompétence des artistes à la solde du régime.
Quoi qu’il en soit, l’affaire a forcé le régime à réagir : la statue a été recouverte, et une femme liée à un douanier influent a proposé de la refaire. Une course à la loyauté qui montre à quel point, en Centrafrique, le pouvoir se maintient moins par la compétence que par la soumission.
Un culte de la personnalité qui rappelle les pires heures de l’histoire centrafricaine
L’opposant Crépin Mboli-Goumba n’a pas manqué de rappeler que “jamais depuis l’empire Bokassa on n’était allé aussi loin dans le culte de la personnalité”. Une comparaison qui résume l’absurdité d’un régime obsédé par son image, alors que le pays s’enfonce dans la crise.
Alors que Touadéra entame un troisième mandat sous le signe de la répression et de la dépendance étrangère, cette statue-cochon restera comme le symbole d’un pouvoir déconnecté, plus préoccupé par son propre culte que par le sort de son peuple.
Par Gisèle MOLOMA
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