Dans les coulisses de la bataille sans merci pour le perchoir de l’Assemblée nationale centrafricaine : Ngamana, Piri, Sarandji et d’autres se battent au conseil constitutionnel

Rédigé le 03 mars 2026 .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Le scrutin groupé du 28 décembre 2025 a à peine refermé ses urnes que la compétition pour diriger l’Assemblée nationale a déjà pris une tournure féroce, avec des manœuvres souterraines qui mettent à nu les rouages d’un pouvoir bâti sur la corruption et la criminalité.
Au cœur de cette offensive, un homme, un faussaire bien connu, monsieur Évariste Ngamana, ancien chef milicien, premier vice-président sortant de l’Assemblée nationale et titulaire de faux diplômes, nourrit depuis le début de la septième législature une ambition dévorante : s’emparer du perchoir. Faute d’avoir pu y accéder lors de son premier mandat, il a compensé son échec en achetant les suffrages de ses collègues pour se maintenir cinq années entières à son poste de vice-président, un poste qui, au fond, ne lui suffit pas.
Pour préparer sa conquête du fauteuil de président de l’Assemblée, Ngamana a commencé bien avant le jour du vote. Il a fait placer sa maîtresse, directrice des services informatiques, au sein de l’Autorité nationale des élections, transformant ainsi cet organe censé garantir la transparence en un instrument au service de ses propres desseins. Cette dame, dont les commissaires électoraux ont eux-mêmes demandé le limogeage après l’avoir prise en flagrant délit de manipulation des données, a gonflé les scores de candidats acquis à la cause de Ngamana, tandis qu’elle faisait disparaître les voix d’autres.
Installée à ce poste stratégique, Huguette Yolande Ndindy a fait ce pour quoi elle avait été placée là. Elle a gonflé les scores de candidats acquis à la cause de Ngamana, tandis qu’elle faisait disparaître les voix d’autres, le tout sans aucun fondement dans les procès-verbaux officiels. Les commissaires électoraux l’ont prise les mains dans le sac, et leur décision a été immédiate : ils ont réclamé à l’unanimité son limogeage sur-le-champ.
Le président de l’ANE avait d’abord validé cette révocation avec une célérité remarquable, non sans arrière-pensée. Car lui aussi avait jadis tenté d’approcher madame Ndindy, sans succès. La directrice avait préféré l’alliance avec Ngamana, et cette humiliation personnelle n’avait jamais été digérée. Le scandale électoral lui offrait donc une belle occasion de régler ses comptes. Mais le président Touadéra est intervenu pour bloquer la procédure et maintenir Huguette Yolande Ndindy en poste, sans même réaliser qu’il servait, ce faisant, les calculs personnels de Ngamana.
Car Ngamana manipule le chef de l’État avec une habileté redoutable, lui faisant croire qu’il agit dans l’intérêt général, alors qu’il construit patiemment sa propre ascension. Malgré ces montages, le nombre de députés favorables à Ngamana n’a pas atteint le seuil espéré à l’issue des élections. Il a donc fallu aller chercher des voix supplémentaires ailleurs, et le chemin naturel était celui du Conseil constitutionnel. Des appels répétés, insistants, ont alors déferlé sur le président de cette juridiction, le professeur Jean-Pierre Waboué que l’on pressait de valider des candidats rejetés ou d’invalider des candidats légitimes.
Malgré ces montages, le nombre de députés favorables à Ngamana n’a pas atteint le seuil espéré à l’issue des élections. Il a donc fallu aller chercher des voix supplémentaires ailleurs, et le chemin naturel était celui du Conseil constitutionnel. Des appels répétés, insistants, ont alors déferlé sur le président de cette juridiction, le professeur Jean-Pierre Waboué, que l’on pressait de valider des candidats rejetés ou d’invalider des candidats légitimes pour modifier la composition de l’Assemblée.
Jean-Pierre Waboué a d’abord tenu bon. Il a dit clairement que les manipulations déjà faites étaient suffisantes, qu’il ne pouvait plus aller au-delà. Il a même cessé de décrocher le téléphone lorsque Touadéra et Ngamana l’appelaient, préférant couper les ponts plutôt que de continuer à s’enfoncer. Devant ce blocage, Ngamana et Touadéra ont changé de méthode : plutôt que de convaincre le président du Conseil constitutionnel, ils ont travaillé les juges membres, les menaçant ou les achetant pour constituer une majorité interne qui passe outre la réserve du président.
Ce basculement au sein du Conseil constitutionnel a produit ses effets. Des candidats indépendants, certains n’ayant même pas franchi le cap du premier tour, ont été validés. D’autres, légitimement élus, ont été écartés. Le cas de Bouar 1, circonscription où Fleury Pabandji, très hostile à Sarandji, a été propulsé par ce mécanisme, illustre à lui seul l’ampleur du détournement. La cible prioritaire de Ngamana dans cette opération, ce sont les candidats indépendants qui ont préféré ne pas rejoindre le MCU officiel, des profils qu’il juge plus malléables et moins attachés à Simplice Mathieu Sarandji, le président sortant de l’Assemblée.
Car Sarandji est bien l’un de ses adversaires dans cette bataille. Longtemps pressenti pour quitter l’Assemblée afin d’accéder à la vice-présidence de la République, il a finalement opéré un demi-tour et dit vouloir rester au perchoir. Cette volte-face a irrité Ngamana, qui a aussitôt déclaré qu’il allait l’écraser dans les urnes internes. L’autre compétiteur de poids est Bertrand Arthur Piri, ministre actuel de l’énergie et neveu du président, qui lorgne lui aussi le perchoir avec une détermination affichée.
À ce jour, Ngamana revendique le soutien de cinquante députés acquis à sa cause, et il espère encore en rallier jusqu’à cent avant le vote décisif, ce qui lui garantirait une victoire nette face aux quarante voix restantes. Mais la politique n’est pas un registre figé : les allégeances achetées hier peuvent se revendre demain, et les députés qu’il croit tenir fermement dans sa poche pourraient bien lui réserver des surprises.
Par Alain Nzilo
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