Vice-présidence en RCA : Pourquoi nourrir un faux espoir au « serpent à deux têtes » Sani Yalo ? Son profil le disqualifie d’office

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Vice-présidence en RCA : Pourquoi nourrir un faux espoir au « serpent à deux têtes » Sani Yalo ? Son profil le disqualifie d’office.

Vice-présidence en RCA : Pourquoi nourrir un faux espoir au « serpent à deux têtes » Sani Yalo ? Son profil le disqualifie d’office.
Le parrain des parrains mafieux Sani Yalo

 

 

Rédigé le 01 juillet 2026 .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

 Alors que la nouvelle législature est installée et que le projet de loi organique sur la vice-présidence, mis en sommeil en 2023 sous pression extérieure, s’apprête à revenir sur la table de l’Assemblée nationale, les spéculations vont bon train sur le nom du futur occupant de ce poste stratégique. Parmi les prétendants, Sani Yalo, influent homme d’affaires et proche conseiller mystique du président Faustin-Archange Touadéra, fait figure de candidat sérieux aux yeux de certains courtisans. Pourtant, un examen froid des conditions d’éligibilité et de son lourd parcours criminel invite à une prudence absolue. Enquêtes.

Selon un député membre de la commission des lois contacté par la rédaction de Corbeau News Centrafrique (CNC), les critères retenus pour accéder à la vice-présidence ne dérogeraient pas fondamentalement à ceux exigeant un casier judiciaire vierge, une bonne moralité et l’occupation antérieure de hautes fonctions de l’État. Des exigences logiques pour une fonction qui placerait son titulaire au cœur de la continuité de l’État.

Mais derrière les ambitions affichées de Sani Yalo se cache surtout un personnage dont les méthodes et les comportements inquiètent jusque dans les cercles du pouvoir.

 

De l’humiliation à l’arrogance : Les révélations d’un avocat du Barreau

Pour mesurer l’ambition démesurée du personnage, il faut plonger dans les coulisses du pouvoir de Bangui. Interrogé par la rédaction du CNC, un éminent avocat inscrit au barreau de Centrafrique, s’exprimant sous couvert d’un strict anonymat, livre un témoignage cinglant sur les méthodes de Sani Yalo :

« Pour tenter d’obtenir la primature, Sani Yalo était prêt à toutes les bassesses : il marchait littéralement sur ses genoux pour aller supplier Touadéra. Aujourd’hui, le voilà qui marche fièrement sur ses deux jambes, la poitrine bombée, comme si la vice-présidence lui revenait de droit historique. C’est comme si cette fonction revenait au premier contributeur financier de la réélection de Touadéra, rôle qu’il prétend avoir joué avec plus de 200 millions injectés dans la campagne. C’est le propre d’un usurpateur qui veut s’imposer par la force. »

Ce contraste saisissant résume à lui seul la métamorphose de l’homme : humble et rampant lorsqu’il s’agit de quémander un décret, arrogant et menaçant dès qu’il croit le pouvoir à portée de main.

Mais l’ambition seule ne suffit pas. Encore faut-il franchir l’obstacle politique et institutionnel qui se dresse déjà devant lui.

 

Sarandji en maître du jeu : Le piège législatif qui attend l’usurpateur

Dans ce processus législatif, un homme clé détient désormais les leviers du pouvoir : Simplice Mathieu Sarandji, l’actuel président de l’Assemblée nationale. Alors que le projet de loi organique n’a pas encore été voté et doit être examiné par les députés, Sarandji se retrouve en position de force.

Or, le contentieux personnel entre les deux hommes est de notoriété publique. Sani Yalo a toujours revendiqué haut et fort avoir porté Touadéra au pouvoir en 2016 via des groupes de soutien qu’il a lui-même financés, reléguant le MCU de Sarandji au rang d’allié de la dernière heure venu « pour bouffer ». Fort de cette prétendue légitimité, Sani Yalo s’est montré d’une arrogance sans bornes envers le patron du Parlement.

Mal lui en a pris : en réaction à ce mépris affiché, Sarandji et sa majorité parlementaire s’apprêtent à durcir drastiquement les conditions d’éligibilité lors de l’examen du texte. Une manœuvre d’une légalité imparable conçue sur mesure pour couper l’herbe sous le pied de son rival et lui barrer définitivement la route avant même que le poste ne devienne une réalité concrète.

Et si les rivalités politiques ne suffisaient pas à l’écarter, son propre parcours personnel pourrait achever de compromettre ses ambitions.

 

Du Km5 à l’imposture académique : Un CV qui est un roman

Le premier verrou que le camp de Sarandji compte actionner concerne le niveau d’instruction. Pour la présidence ou la vice-présidence, la République exige des garanties académiques minimales.

Sur ce terrain, le CV de Sani Yalo s’apparente à une vaste escroquerie. Pour masquer un parcours chaotique, l’homme s’est inventé un passé de séminariste, prétendant avoir étudié au petit séminaire de Bangassou. Un mensonge grossier : en réalité, Yalo aurait fui l’école coranique du quartier Km5 à Bangui. Ce cursus en dent de scie expliquerait pourquoi, aujourd’hui encore, il est incapable de présenter le moindre diplôme académique reconnu. Comment un homme qui a bâti sa vie sur un faux profil scolaire pourrait-il incarner la deuxième personnalité de l’État ?

Mais les zones d’ombre autour de Sani Yalo ne s’arrêtent pas à un simple CV contesté.

 

Un casier judiciaire international et du sang sur les mains

Au-delà de l’imposture intellectuelle, le parcours de Sani Yalo est jalonné de violences et de sang. L’homme est décrit par de nombreux observateurs comme un criminel capable de donner la mort à son prochain sans l’ombre d’un état d’âme. Son nom reste ainsi lourdement associé à l’affaire de l’enlèvement crapuleux de l’homme d’affaires Issa Manu, une tragédie qui illustre les méthodes mafieuses de son réseau.

Sur le plan purement judiciaire, le dossier est un champ de ruines :

En 2006, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Bangui à huit ans de prison ferme pour escroquerie, faux et corruption de fonctionnaires dans l’affaire Zongo Oil, avec privation de ses droits civiques.

À l’international, sa condamnation par contumace à 59 ans de prison par la justice équato-guinéenne pour son implication directe dans le coup d’État déjoué de décembre 2017, où son frère Ahmed « Dada » Yalo était sur le terrain, reste une réalité. Le mandat d’arrêt international émis par Malabo lui pend toujours au nez.

Et pourtant, malgré ce passif explosif, d’autres accusations continuent encore d’alourdir le portrait déjà accablant du conseiller présidentiel.

 

Pillages, spoliations et terreur au BARC : Le portrait d’un prédateur public

La propension de Sani Yalo à confisquer illégalement les biens d’autrui et à abuser de son pouvoir est documentée de longue date. S’il accédait à la vice-présidence, c’est l’État tout entier qu’il mettrait en coupe réglée. Ses états de service parlent pour lui :

La spoliation immobilière : preuve de son mépris total des lois, Sani Yalo occupe illégalement et par la force la propriété privée de l’avocat et leader de l’opposition, Maître Crépin Mboli-Goumba, lançant un défi pathétique à la justice et au droit de propriété.

Le chaos et les abus au BARC : à la tête du Bureau d’Affrètement Centrafricain (BARC), Yalo a instauré un régime de terreur. Sa gestion s’est fait remarquer par des méthodes d’intimidation, des violences, ainsi que des accusations graves de viol et de harcèlement sexuel à l’encontre du personnel.

Le banditisme économique : à cela s’ajoutent les détournements de parcs de véhicules de CFAO Motors et de Gagoa-Civ, le pillage de l’ambassade de Libye, les scandales de l’hôtel Ledger, et le vol du groupe électrogène destiné au marché de Bimbo.

Mais c’est sans doute sa dernière sortie publique qui a définitivement achevé de braquer contre lui une partie de l’appareil d’État.

 

L’insulte aux Ngbaka-Mandja : La goutte d’eau qui fait déborder le vase

Dernièrement, acculé par les enquêtes sur ses dérives, Sani Yalo a commis l’erreur de trop. Excédé d’avoir dû répondre de ses actes lors d’une audition devant le procureur de la République, un homme d’ethnie Ngbaka-Mandja comme la mère à Touadera, le conseiller présidentiel a laissé exploser sa rage en qualifiant publiquement les Ngbaka-Mandja d’« ingrats ».

Cette sortie tribaliste et incendiaire a suscité une colère noire et unanime au sein de cette communauté. En s’attaquant à ce magistrat, Sani Yalo s’est mis à dos un pan entier de l’appareil d’État, consolidant un front commun bien décidé à bloquer définitivement ses ambitions politiques.

Que deviendrait la République centrafricaine si un tel homme accédait à la vice-présidence ?

La presse de connivence et les flatteurs doivent cesser de souffler sur les braises de cette folle rumeur. Entre un casier criminel international, des accusations de viol, d’enlèvement, de spoliations foncières, un faux CV et une guerre ouverte contre le président de l’Assemblée nationale, Sani Yalo apparaît politiquement et moralement carbonisé. Faustin-Archange Touadéra, déjà affaibli par les divisions de son camp, sait que nommer Sani Yalo à un tel poste équivaudrait à confier les clés de la République à un prédateur et à signer l’acte de décès de son propre régime.

Affaire à suivre.

 

Par Gisèle MOLOMA

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