Vakaga : comment le ministre Arnaud Djoubaye Abazène redessine à sa tête les communes pour mieux régner

Rédigé le 27 novembre 2025 .
Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC).
Le ministre de la Justice, Arnaud Djoubaye Abazène, a annoncé à la radio un projet de redécoupage communal dans la Vakaga. Ce qu’il présente comme une réorganisation administrative cache en réalité une stratégie politique bien connue du régime Touadéra : fragmenter les territoires pour affaiblir les communautés qui ne font pas partie du gouvernement de Félix Moloua. Cette ethnie occupe les postes clés du gouvernement et utilise maintenant l’outil administratif pour s’assurer que les autres groupes ethniques restent sans influence réelle.
Le phénomène touche plusieurs zones de la préfecture : Ouanda-Djallé, Birao, Sikikédé. Partout, le même scénario se répète avec des variantes selon les réalités locales. Mais aujourd’hui, nous allons examiner ce qui se passe sur l’axe Boromata, où des villages à majorité Sara découvrent qu’on leur impose un découpage qui défie toute logique administrative.
Des villages Sara qu’on refuse de reconnaître
L’axe Birao – Boromata compte plusieurs villages à majorité Sara bien établis. Tangara rassemble entre 200 et 240 habitants. Tayoyo en compte 300. Tagnagna abrite 350 personnes. Ndomandé en héberge 200. Dakirime en regroupe 280. À 47 kilomètres de Birao, Bourguesse compte 500 habitants. Takamala, situé à 45 kilomètres, en rassemble 750 et possède une église catholique, un hôpital, une école primaire et un aérodrome. Takadja, le plus peuplé avec 850 habitants et une école primaire, se trouve à 55 kilomètres.
Au total, plus de 3 500 personnes vivent dans ces villages qui disposent d’infrastructures fonctionnelles. N’importe quel administrateur sensé créerait une commune autour de Takadja ou Takamala, les deux localités les mieux équipées. C’est ce que dicterait la simple rationalité.
Sauf que le ministre Arnaud Djoubaye Abazène a choisi une autre voie. Tous ces villages Sara de l’axe Boromata vont administrativement dépendre de Délémbé, un petit village situé sur l’axe Ouandja en allant vers Bria, à 55 kilomètres de Birao. Délémbé compte, après les troubles militaire, à peine vingt maisons actuellement. C’est un village qui avait un par cet un aérodrome du parc. Mais c’était avant. Mais depuis plusieurs mois, la quasi-totalité des habitants sont partis se refugier à Birao, laissant derrière eux un village quasi-désert. Vingt maisons, et c’est tout. Pourtant, c’est ce lieu quasi inexistant qui devient le chef-lieu d’une commune regroupant des milliers de personnes. Et ce qui est incroyable, ces villages qui se trouve sur l’axe de Boromata sont totalement à l’opposé de Délémbé.
L’absurdité comme méthode de gouvernement….
Comment un village de vingt maisons peut-il administrer des villages qui le dépassent en population et en infrastructures ? Comment justifier qu’on oblige les habitants de Takamala – qui ont un hôpital et un aérodrome – à parcourir des dizaines de kilomètres vers un endroit presque vide pour leurs démarches administratives ?
La réponse se trouve dans une phrase simple : “ les Sara, les Youlou, les Rounga et les autres ethnies de la Vakaga n’ont pas de représentants qui peuvent parler à leur nom au niveau du gouvernement ”. En clair : puisque les Sara, les Youlou, les Rounga n’ont pas de représentants dans les ministères, puisqu’ils ne pèsent pas politiquement à Bangui, on peut se permettre de découper leurs villages comme bon nous semble. On peut les rattacher à une commune fantôme où ils n’auront aucun contrôle sur leur propre administration. Surtout, on pense aux Sara, les vraies victimes absurdes.
En effet, ce redécoupage arrive au moment où le pays se prépare pour les élections de décembre 2025. Modifier les communes, c’est modifier les circonscriptions électorales. C’est décider qui pourra voter où, quelle communauté aura du poids et laquelle sera diluée dans des ensembles où elle ne comptera pas.
Les mafieux du régime qui contrôlent les ministères de la justice et autres ministères ont compris qu’un territoire bien découpé vaut mieux qu’un scrutin truqué. Si vous dispersez une communauté, si vous la rattachez à un chef-lieu inaccessible ou contrôlé par d’autres, vous annulez sa capacité à se mobiliser. Vous garantissez qu’aux élections, ces gens ne pèseront rien.
Le régime Touadéra a passé des mois à neutraliser l’opposition par des obstacles juridiques, à installer des candidats fantoches pour donner l’impression d’une compétition électorale. Maintenant, il s’attaque à la géographie électorale elle-même. C’est la dernière couche de verrouillage.
Abazène, l’homme des basses œuvres….
Le ministre de la Justice ne découvre pas ces méthodes. Son parcours au gouvernement a déjà donné lieu à plusieurs controverses. Le voilà qui ajoute une nouvelle page à son dossier en se transformant en géographe politique, redécoupant les territoires selon les intérêts de son clan et du régime plutôt que selon les besoins des populations.
Les Sara de l’axe Boromata, les Youlou de Ouanda-Djallé et les Rounga de Sikikédé ne demandent rien d’extraordinaire. Ils veulent simplement ce que la logique commanderait : une commune dont le chef-lieu corresponde à leur réalité démographique et territoriale. Takadja pourrait parfaitement jouer ce rôle avec ses 850 habitants. Takamala aussi, avec ses infrastructures. N’importe lequel de ces villages conviendrait mieux que Délémbe.
Mais leur problème, c’est qu’ils n’appartiennent pas à la bonne ethnie. Ils n’ont pas de cousins ministres, pas de protecteurs dans les couloirs du pouvoir à Bangui. Alors on les découpe, on les rattache à un hameau qui n’existe presque pas, et on appelle ça de la réorganisation administrative.
Martin Dorotou….
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