Centrafrique-Soudan : Comment le régime de Touadéra achemine des mercenaires et de la drogue aux FSR d’Hemetti
Rédigé le .
Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC
Alors que la guerre civile continue de ravager le Soudan, l’Empereur-président de la République centrafricaine, Faustin-Archange Touadéra, enfonce chaque jour davantage son pays dans un rôle de base logistique arrière au service des Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemetti ». Prêt à tout pour renflouer les caisses d’un État asphyxié, il semble désormais franchir un nouveau cap dans l’illégalité internationale, au mépris des avertissements de la Cour pénale internationale, exposant ainsi Bangui à des risques accrus de poursuites. Complicité administrative, plateforme de transit pour les armes et les combattants : cette dérive alimente également la colère de Moscou, soutien officiel du pouvoir central à Khartoum.
La complicité administrative de Bangui au cœur du trafic
Selon nos informations régionales recueillies sous couvert d’anonymat, et confirmées par des mouvements suspects récemment documentés par Africa Intelligence, le pouvoir de Bangui est devenu un véritable facilitateur de recrutement pour les FSR en octroyant des visas officiels à des paramilitaires colombiens, souvent liés à des réseaux de narcotrafic. Début mai, selon nos confrères, plusieurs dizaines de ces recrues hispanophones ont débarqué à l’aéroport de Bangui à bord d’un vol régulier de Royal Air Maroc en provenance de Casablanca.
Sur le plan des procédures aéronautiques, un élément fondamental mérite d’être souligné : les ressortissants colombiens ont l’obligation d’obtenir un visa pour entrer sur le territoire centrafricain. Sans délivrance préalable d’un visa en bonne et due forme, ou sans émission d’une note verbale officielle par la diplomatie centrafricaine ou les services de l’immigration-émigration, la compagnie Royal Air Maroc n’aurait jamais pu autoriser leur embarquement à Casablanca. Cette réalité administrative lève ainsi le voile sur une complicité directe et délibérée du sommet de l’État centrafricain dans cette filière mercenaire.
D’après nos sources, leur mission au Soudan ne se limite pas à l’encadrement tactique des troupes d’Hemetti. Ces mercenaires sud-américains auraient également introduit d’importantes quantités de stupéfiants destinées aux lignes de front, dans une stratégie visant à galvaniser les combattants des FSR pour les pousser à combattre « sans peur aux yeux ». Depuis Bangui, ces hommes et leur cargaison seraient acheminés par de petits appareils vers Birao, dans la Vakaga, avant de franchir la frontière en direction de Nyala, fief stratégique du commandement des FSR.
Financer les soldats de Poutine au mépris de la CPI
En agissant de la sorte pour générer des ressources financières, l’Empereur-président centrafricain fait le choix assumé de défier la justice internationale. Cette posture contraste radicalement avec celle du Tchad voisin. Récemment, l’action déterminée de la CPI face aux complicités dans les livraisons d’armes et les soutiens aux rebelles soudanais avait contraint N’Djamena à opérer un repli tactique afin d’éviter des poursuites internationales.
Là où le Tchad a préféré reculer sous la menace de sanctions, Touadéra semble avoir choisi de récupérer ces réseaux à son propre profit. Pour le régime centrafricain, l’argent issu de ce soutien aux FSR, combiné au rapprochement avec le parrain émirati, constitue désormais une question de survie politique. Ces fonds occultes serviraient en priorité à financer les services des soldats de Poutine, alors que Moscou exigerait désormais de Bangui une facture mensuelle de plus de 15 millions de dollars en liquide pour le maintien de ses paramilitaires. Convaincu de pouvoir échapper à la CPI, Touadéra paraît ainsi s’enfermer dans une fuite en avant aussi risquée que coûteuse.
La logistique de l’ombre organisée par Wagner et les Émirats
Ce transit hautement sensible ne pourrait fonctionner sans l’étroite collaboration des mercenaires russes de Wagner, actuellement en transition vers Africa Corps, qui sécurisent et facilitent les déplacements de ces contingents sur le territoire centrafricain. Cette sous-traitance logistique épouse parfaitement les intérêts stratégiques de l’allié émirati.
Comme l’a récemment révélé une enquête du Monde, Abou Dhabi utiliserait l’espace aérien centrafricain via de nouvelles compagnies de fret, telles qu’Invicta Air Cargo, opérant avec des avions-cargos immatriculés en RCA (TL-AIT et TL-ARU), afin d’acheminer armes et matériels vers les FSR. En contrepartie, le pouvoir émirati multiplierait les promesses d’investissements à Bangui — centrale solaire, modernisation aéroportuaire — apportant un souffle financier crucial à un régime fragilisé.
La colère de Moscou face au double jeu de Touadera
Cette centralisation croissante des réseaux de trafic et de mercenariat commence désormais à peser lourdement sur la scène diplomatique, au point de générer de fortes tensions avec le principal protecteur sécuritaire de Bangui. Attendu à Moscou du 26 au 28 mai pour le Forum international sur la sécurité piloté par Sergueï Choïgou, Touadéra sait que sa marge de manœuvre se réduit considérablement.
La ligne officielle de Vladimir Poutine sur le conflit soudanais demeure pourtant sans ambiguïté : Moscou soutient le pouvoir légitime de Khartoum ainsi que l’armée régulière du général Abdel Fattah al-Burhan. C’est précisément cette contradiction qui alimente l’exaspération du Kremlin. Alors que le ministère russe de la Défense s’apprête à remplacer officiellement Wagner par Africa Corps, voir ces forces associées, sur le territoire centrafricain, à une filière de soutien logistique et humain au profit des rebelles d’Hemetti devient politiquement inacceptable.
Moscou refuse catégoriquement que sa future vitrine sécuritaire officielle en Afrique soit compromise par les ambitions financières de Bangui et ses alliances opaques avec les Émirats arabes unis ainsi que des réseaux de narco-mercenariat. Selon plusieurs sources, cette collision d’intérêts, ainsi que l’implication indirecte d’Africa Corps aux côtés des FSR, devraient être au cœur d’un échange particulièrement tendu entre Vladimir Poutine et son homologue centrafricain.
L’Empereur-président Touadéra, qui affiche jusqu’ici une indifférence provocatrice face à la CPI, pourrait rapidement découvrir que jouer simultanément sur plusieurs tableaux entre grandes puissances expose son régime à des risques géopolitiques bien plus immédiats que les seules menaces judiciaires internationales.
Affaire à suive.
Par Gisèle MOLOMA
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