Sibut, un village exproprié par les Russes pour étendre leurs chantiers miniers

Publié le 5 décembre 2021 , 7:56
Mis à jour le: 6 décembre 2021 12:55

 

Bangui, 6 décembre 2021 (Corbeaunews – Centrafrique ) – Depuis près d’un mois, les habitants du village  Béyala, situé à 5 kilomètres de la ville de Sibut sur l’axe Damara s’apprêtent  à assister impuissamment  à la démolition de leur village et de leurs champs, par les mercenaires russes de la société Wagner. Ces derniers disent agir à la demande du gouvernement centrafricain  pour la création d’une ferme  agricole dans la région. Mais pour les habitants de Béyala, c’est la colère et stupéfaction qui dominent. Ils dénoncent l’implication du chef de l’État.

Les mercenaires russes de Wagner dans le marché à Sibut
Les mercenaires russes de Wagner dans le marché à Sibut

 

De la culture de cannabis à l’exploitation minière à Béyala

En janvier 2021, la localité de Béyala avait été convoitée par de présumés trafiquants hollandais qui disaient vouloir cultiver du cannabis dans la localité. Le gouvernement avait accepté, et une portion de terre située à côté de l’Église catholique leur avait été attribuée. Mais durant près de six mois, ces « trafiquants hollandais » s’adonnaient non seulement à l’exploitation de l’or, mais aussi à la culture de cannabis dans le coin. Comme par hasard, huit mois après leur installation, ils ont quitté précipitamment le village de Béyala pour rentrer à Bangui, puis quitter le pays sous prétexte que l’un de leur serait mort. Où? Difficile de le savoir.

 

Après le cannabis, c’est la tomate

Deux mois après le départ précipité de ces présumés trafiquants hollandais de Béyala,  les Russes s’activent pour exproprier complètement le village, et disent agir à la demande du gouvernement centrafricain pour la création d’une ferme de production de la tomate. Alors, la question que tout le monde se pose est de savoir à cause de la culture de tomate que l’on exproprie tout un village  ?

Le processus a démarré, mais les Russes ont rencontré une solide résistance de la population de Béyala. Celle-ci a non seulement saisi le préfet de Kémo, mais aussi le tribunal local pour faire annuler la décision. Pour tenter de les calmer, les Russes leur proposent à chaque propriétaire qui a un titre foncier un dédommagement.

Mais qui a le titre foncier dans ce village ? « Une véritable escroquerie », dénonce un habitant contacté par la rédaction du CNC. D’après lui, les autorités locales ont proposé de les relocaliser  dans deux endroits: l’une sur l’axe Dékoua, l’autre sur l’axe Grimari, et le processus de démolition du village Béyala va démarrer le mois prochain, a-t-il ajouté.

 

Une triste réalité

En réalité, c’était en août dernier que la société Wagner s’est imposée au gouvernement pour la récupération forcée de cette portion du territoire de Kemo riche en ressources minières. Mais pour se couvrir, les russes avancent un argument fallacieux, celui de l’installation d’une zone de production agricole.

Rappelons que depuis la prise du pouvoir du Président Faustin Archange Touadera en mars 2016, on assiste à une progression fulgurante des réseaux de mafia dans le pays. De la culture du cannabis au trafic de passeport diplomatique en passant par le népotisme au sommet de l’État, les centrafricains sont surpris de voir qu’un professeur de l’Université, devenu Président de la République, se laisse manipuler jusqu’à ce point par des mafieux.

 

Par Gisèle MOLOMA

Journaliste rédacteur

Alain Nzilo

Directeur de publications

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