Sam-Ouandja : nouvelle désertion dans le rang des soldats FACA.  L’armée centrafricaine sombre dans la déliquescence totale

0
37

Sam-Ouandja : nouvelle désertion dans le rang des soldats FACA.  L’armée centrafricaine sombre dans la déliquescence totale

 

Sam-Ouandja : nouvelle désertion dans le rang des soldats FACA. L’armée centrafricaine sombre dans la déliquescence totale
Checkpoint des soldats FACA dans la Nana-Mambéré. Photo CNC

 

 

Rédigé le 27 novembre 2025 .

Par : la rédaction de Corbeaunews-Centrafrique (CNC). 

L’hémorragie continue dans les rangs des Forces Armées Centrafricaines. À Sam-Ouandja, sous-préfecture de la Haute-Kotto, six soldats ont déserté et sont rentrés à Bangui ces derniers mois. Cette nouvelle vague de désertions s’ajoute à celles déjà enregistrées à Ouadda-Maïkaga, Birao et Zémio, confirmant une crise profonde qui menace l’existence même de l’institution militaire centrafricaine.

 

 

Le détachement militaire déployé à Sam-Ouandja est arrivé dans la ville il y a quelques mois. Mais déjà, six soldats ont abandonné leur poste pour rentrer à Bangui. Certains ont quitté avec des autorisations médicales. D’autres ont simplement disparu dans la nature à bord d’une moto.

 

Parmi ceux qui sont partis officiellement, plusieurs ont présenté des certificats médicaux. L’un affirme souffrir de diabète. Un autre prétend avoir des problèmes de tension artérielle grave nécessitant un suivi urgent à Bangui. Un troisième a déclaré vomir du sang et avoir besoin d’une hospitalisation d’urgence. Des documents médicaux ont été produits. Des autorisations de congé sanitaire ont été accordées. Et ces soldats sont rentrés à Bangui, officiellement pour raisons de santé.

 

Le problème, c’est que personne ne vérifie vraiment si ces maladies sont réelles. Personne ne contrôle si ces soldats vont effectivement dans les hôpitaux militaires. Personne ne suit leur dossier médical une fois qu’ils ont quitté Sam-Ouandja. Les certificats médicaux sont devenus le moyen le plus facile de déserter sans être officiellement considéré comme déserteur.

 

Il y a quatre jours, trois soldats du détachement de Sam-Ouandja ont quitté la ville. Ces trois-là ont embarqué dans un hélicoptère du groupe Wagner en partance pour Bangui. Ils sont maintenant à Bangui, loin de Sam-Ouandja, loin de leurs responsabilités militaires.

 

L’état-major des FACA n’a même pas eu le temps de combler ces manquements. Six soldats en moins dans un détachement déjà limité en effectifs. Six hommes qui ont décidé qu’ils ne pouvaient plus supporter les conditions de vie à Sam-Ouandja.

 

Les raisons de ces désertions ne sont un mystère pour personne. Les soldats déployés dans les villes de province vivent dans des conditions catastrophiques qui se dégradent de jour en jour. Les Primes Globales d’Alimentation, censées permettre aux militaires de se nourrir, ne sont plus payées depuis des mois, voire des années dans certaines garnisons. Quand ils sont payés, les soldats reçoivent à peine 5 300 francs CFA par mois. Cinq mille trois cents francs par mois pour se nourrir, acheter du savon, laver leurs uniformes. Comment un soldat peut-il survivre avec moins de 200 francs par jour?

 

À Birao, dans la préfecture de Vakaga, les soldats n’ont pas reçu de PGA depuis huit mois. À Bangassou, dans la préfecture de Mbomou, ça fait six ans qu’ils attendent leurs primes. Six ans d’abandon total. Dans ces conditions, comment l’état-major des FACA peut-il s’étonner que les soldats désertent?

 

Les soldes, bien qu’officiellement versées sur des comptes bancaires, restent inaccessibles sur le terrain. Dans des villes comme Sam-Ouandja, Ouadda-Maïkaga ou Zémio, il n’y a pas de banques fonctionnelles. Les soldats ne peuvent pas retirer leur argent. Ils sont payés sur le papier, mais affamés dans la réalité.

 

Pour survivre, les soldats déployés dans certaines régions n’ont d’autre choix que de racketter la population. Dans les préfectures de Mambéré-Kadéï, Nana-Mambéré et Ouham-Pendé, les militaires érigent des barrières routières sur les axes commerciaux. Ils taxent les véhicules, les motocyclistes, les commerçants qui circulent. C’est devenu leur seule source de revenus.

 

Mais dans des zones isolées comme Sam-Ouandja, Bangassou, Obo ou Zémio, où il y a peu de circulation commerciale, cette option n’existe pas. Les soldats sont obligés de cotiser entre eux, parfois jusqu’à 20 000 francs, juste pour acheter du carburant pour les patrouilles et de la nourriture pour survivre. Comment peut-on demander à des soldats de défendre une ville quand ils n’ont même pas de quoi se nourrir? Comment peut-on exiger d’eux qu’ils restent à leur poste quand l’état-major les a complètement abandonnés?

 

Le Général Zéphirin Mamadou, chef d’état-major des FACA, n’est pas capable de diriger une armée nationale. Ce général est maintenu à son poste parce qu’il est l’ami de Wagner. Parce qu’il est protégé par les mercenaires russes. Parce qu’il fait partie du cercle restreint du Président Touadéra. Mais Mamadou, c’est un businessman. Un homme d’affaires. Un milliardaire qui accumule des richesses pendant que ses soldats meurent de faim dans les garnisons de province. L’armée ne l’intéresse même pas. Son seul intérêt, c’est faire de l’argent.

 

Le Général Mamadou n’a jamais commandé une unité militaire sur le terrain. Jamais. Il n’a aucune expérience des réalités que vivent ses soldats en province. Il est électricien de formation, passé de lieutenant-colonel à général en trois ans avec l’arrivée de Touadéra au pouvoir. Une ascension qui n’a rien à voir avec ses compétences militaires, mais tout à voir avec sa proximité avec le régime. C’est de la mafia. Un système mafieux où les promotions s’achètent, où les généraux exploitent l’armée au lieu de la diriger, où les soldats sont sacrifiés pour enrichir les chefs.

 

Mamadou reste dans son bureau climatisé à Bangui. Il ne visite jamais les garnisons. Il ne parle jamais avec ses soldats. Il ne connaît pas leurs difficultés. Il ne mesure pas leur détresse. Il ne comprend pas pourquoi ils désertent. Ou peut-être qu’il comprend, mais que ça ne l’intéresse pas.

 

À Sam-Ouandja, comme à Ouadda-Maïkaga où plus d’une dizaine de soldats ont déjà déserté, comme à Birao où les militaires ont tiré en l’air pour protester contre le non-paiement des PGA, comme à Zémio où 19 soldats ont fui en avion après avoir incendié des villages, le schéma est partout le même. Des soldats affamés. Des soldats abandonnés. Des soldats qui n’ont d’autre choix que de déserter pour survivre. Certains inventent des maladies. D’autres produisent des certificats médicaux bidons. D’autres partent sans rien dire, profitant du premier hélicoptère ou du premier véhicule disponible.

 

La spirale des désertions s’accélère. Les garnisons se vident. L’armée centrafricaine s’effondre sous les yeux indifférents d’un état-major corrompu et d’un gouvernement plus préoccupé par les voyages présidentiels que par le sort de ses soldats.

 

Pendant des années, le gouvernement centrafricain a pleuré sur l’embargo des armes imposé par les Nations Unies. “C’est à cause de l’embargo que nos soldats ne peuvent pas se battre”, disaient-ils. “Levez l’embargo et nous pourrons doter notre armée correctement”, promettaient-ils. L’embargo a été levé il y a plus d’un an. Et qu’est-ce qui a changé? Absolument rien. Les soldats n’ont toujours pas d’armes modernes. Ils n’ont toujours pas d’équipements. Ils n’ont toujours pas de PGA. Ils meurent toujours de faim dans leurs garnisons.

 

L’embargo n’était qu’une excuse commode pour justifier l’incompétence et la corruption de l’état-major. Maintenant que cette excuse n’existe plus, la vérité apparaît dans toute sa cruauté : le problème n’a jamais été l’embargo. Le problème, c’est un système pourri de l’intérieur, où l’argent destiné à l’armée est détourné par les généraux et les ministres.

 

Le niveau où l’armée nationale est arrivée, c’est un niveau de déliquescence totale. L’armée centrafricaine est en faillite. Elle ne se décompose pas lentement. Elle s’effondre brutalement. Les désertions se multiplient dans toutes les garnisons de province. Les soldats fuient. L’état-major a perdu le contrôle. Il n’y a plus de chaîne de commandement fonctionnelle. Il n’y a plus de discipline. Il n’y a plus de cohésion. Il n’y a plus d’armée.

 

Ce qui reste, ce sont des soldats désespérés qui attendent le moment propice pour déserter. Ce qui reste, ce sont des garnisons fantômes où les effectifs fondent de jour en jour. Ce qui reste, ce sont des uniformes sans âme, des grades sans autorité, des généraux sans troupes.

 

Combien de temps encore avant que toutes les garnisons de province soient abandonnées? Combien de temps encore avant qu’il ne reste plus aucun soldat à Sam-Ouandja, à Ouadda-Maïkaga, à Birao, à Zémio? Combien de temps encore avant que ces villes tombent aux mains des groupes armés parce qu’il n’y aura plus personne pour les défendre?

 

Le Général Mamadou continue ses affaires. Le ministre de la Défense continue ses discours. Le Président Touadéra continue ses voyages. Et pendant ce temps, l’armée nationale disparaît sous leurs yeux.

 

Corbeau News Centrafrique continuera de documenter cette agonie. Nous continuerons de raconter les désertions. Nous continuerons de dénoncer l’abandon des soldats. Nous continuerons de pointer du doigt les responsables de cette catastrophe. Parce qu’un jour, quand il sera trop tard, quand toutes les garnisons seront vides, quand toutes les villes de province seront tombées, il faudra bien rendre des comptes. Il faudra bien expliquer comment une armée nationale a pu disparaître en quelques années sous la direction d’un général businessman qui n’a jamais mis les pieds sur le terrain.

 

Par Moïse Banafio….

 

Rejoignez notre communauté

Chaine officielle du CNC

Invitation à suivre la chaine du CNC

CNC Groupe 3

CNC groupe 4

CNC groupe le Soleil

Note : les deux premiers groupes sont réservés  uniquement aux publications officielles du CNC