RCA: Samba-Panza et Mahamat Kamoun n’ont manifestement pas le tempérament de femme et d’homme d’Etat! (TAHERUKA SHABAZZ,)

Publié le 5 novembre 2014 , 11:52
Mis à jour le: 5 novembre 2014 11:52

Corbeau News Centrafrique: 06-11-2014, 04h47.

TAHERUKA SHABAZZ, Président du Parti Panafricain
©CNC

Grande Interview de Monsieur TAHERUKA SHABAZZ

Président du PRP

 RCA: Samba-Panza et Mahamat Kamoun n’ont manifestement pas le tempérament de femme et d’homme d’Etat! 

1)      Monsieur TAHERUKA SHABAZZ, vous êtes l’un des jeunes leaders de la classe politique centrafricaine qui vient de créer un parti politique et qui certes, est à la conquête du pouvoir à la future présidentielle qui s’annonce très dur en 2015. Comment avez-eu l’idée de la formation de ce parti politique centrafricain qui a pour siège Dakar au Sénégal ? Et quelles sont vos stratégies pour solliciter le suffrage du peuple centrafricain meurtri de crise interminable qui bloque le retour de la paix en Centrafrique afin que les élections attendues se déroulent dans le calme et la transparence ?

Bonjour, cher Monsieur, de part mon éducation intellectuelle il m’a été toujours recommandé de commencer toute chose, toute parole par remercier Dieu de nous permettre de faire et/ou dire ce que l’on a dire et à faire. Aussi, permettez-moi de Le remercier de toujours soutenir les hommes et femmes de bonne volonté, qui précisément en Centrafrique, travaillent à améliorer les conditions de vie des nôtres, ce qui est un impératif catégorique pour tout Homme qui se définit comme tel. Permettez-moi également, de vous remercier de me permettre de m’exprimer publiquement et à grande échelle à travers vos médiats qui contribuent très fortement à fluidifier l’information sur la RCA à une époque où les mass-médias occidentaux ont pignon sur rue, reléguant à la marge la presse africaine, et dépeignant notre pays comme celui de barbares et cannibales perpétuellement engagés dans des guerres interconfessionnelles. Le Parti du Renouveau Panafricain (PRP) dont j’assure la présidence est le fruit des contingences de l’Histoire. Vous savez, intellectuellement et spirituellement je suis le disciple du Très Honorable Elijah Muhammad qui a donné au monde noir un des plus grands leaders du 20ème siècle en la personne de El-Hajj Malik ash-Shabazz que vous connaissez mieux sous le nom de Malcom X. Et Il nous enseigne de l’étude de l’Histoire ne consiste pas ou ne se réduit à pas à mémoriser des faits, des évènements, mais à devenir acteur dans le monde dans lequel nous vivons. Pour lui, celui ou celle qui a su assimilé à la perfection l’Histoire doit être capable de prédire les choses, de voir l’avenir. Et c’est dans ce cadre là, avec cette conception novatrice de l’Histoire, que nous avons pris nos responsabilités et fonder le PRP. Non seulement pour agir dans le présent et infléchir le cours des choses, des malheurs qui accablent les populations centrafricaines, mais aussi et surtout l’avenir, pour la vision panafricaine que nous incarnons, que nous portons et qui nous porte en retour. Aussi les élections présidentielles et législatives, ne sont pour nous qu’un élément de notre action, car le problème centrafricain va bien au-delà de la préparation des élections. C’est bien plus profond, et nous souhaitons agir sur tous plans pour matérialiser notre vision qui permettra aux populations centrafricaines de sortir définitivement de ce chaos indescriptible. Pour ce qui est nos stratégies, il nous semble que ce n’est pas le lieu ni le temps d’en parler ici et vous comprendrez aisément pourquoi. Le moment venu, les médiats centrafricains seront les premiers avertis. Restez à l’écoute.

2)      Depuis le déclanchement des hostilités entre les séléka et les antibala, quelles sont vos appréciations par rapport à l’intervention de la Sangaris qui continue à être prise par les groupes armés non conventionnels et surtout les résolutions du Conseil de Sécurité des Nations Unies non appliquées par cette force française, l’Eufor et les forces de la CEEAC qui portent tous désormais le béret bleu de l’ONU à part les éléments de l’armée française dont la présence est contestée sur le terrain ?

Avant de répondre à cette question, par souci de pédagogie afin que tout un chacun comprenne ma position sur ce sujet en ma qualité de Président du PRP, il faut savoir que je suis de ceux qu’on pourrait qualifier de panafricain intégral. C’est-à-dire que chaque particule de molécule de mes cellules ne vibre, politiquement, que sur la fréquence du panafricanisme, donc par nature je privilégierai toujours et avant tout, surtout dans les temps de crise, les solutions endogènes, intra-africaines et en l’espèce intra-centrafricaines. Mon parcours de militant, qui m’a valu des démêlés avec Nicolas Sarkozy qui a instrumentalisé l’outil judiciaire pour me persécuter en France pendant 10 ans, m’a permis de comprendre mieux que d’autres politiciens centrafricains que nous n’avons rien à attendre du côté de la France, de l’Union européenne, de l’Otan, etc. Nous n’avons rien à attendre d’eux puisque depuis plus de 130 ans que nous sommes entrés en contact avec la République française, nous n’avons eu de cesse de nous faire duper, humilier, piller et trahir en même temps. Aussi bien par l’intelligentsia affairo-politique française que par les apparatchiks politiques banguissois. L’agenda de ces pays européens n’est pas le nôtre, bien au contraire. Et d’ailleurs je vais organiser un meeting à la mi-décembre 2014 à Bangui avec la jeunesse centrafricaine pour lui expliquer dans le détail preuves à l’appui les véritables raisons de l’intervention de ces pays douteux, voire néfastes et dangereux pour la souveraineté centrafricaine. Et la presse centrafricaine sera bien évidemment conviée à cette grande conférence.

Donc je sais très bien que ces forces sont là pour un autre objectif que ce qu’ils prétendent. Et seuls les naïfs peuvent croire un seul instant que ces Européens sont là par charité. Regardez comme ils traitent leurs propres compatriotes dans leurs propres pays. Comment pourraient-ils faire preuve de compassion envers les Centrafricains à qui ils n’ont toujours montré que du mépris ? Ils traitent tellement mal leurs propres compatriotes que ces derniers les vomissent chaque jour un peu plus. Prenez l’exemple en France du Président François Hollande, dont la nullité est devenue légendaire ; un dernier sondage de l’opinion publique française pose que 96% des Français ne veulent surtout pas qu’il se représente aux prochaines élections de 2017, tellement il les a maltraité par ses réformes assassines, son manque de vision, de réaction, et son amateurisme craint. Donc clairement, je suis de ceux qui réclament le départ pur et simple de la Sangaris, des forces de l’Eufor et du retrait du mandat de l’ONU.

3)      Depuis un an, toutes ces forces étrangères venues protéger la population civile n’arrivent pas à sécuriser le peuple tant à Bangui comme provinces mais les leaders politiques réclament la tenue des élections en février 2015. N’êtes-vous pas en train de sacrifier davantage les électeurs qui ne sont pas en sécurité et fatigués de la gravité de ce drame humain du moment où les hommes en arme ne sont pas désarmés ?

Rappelez-vous les (fausses) raisons qui ont été invoquées en 1991, en 2003 et 2014 dans l’invasion, le bombardement et la destruction de l’Irak. Rappelez-vous des (fausses) raisons invoquées pour l’effroyable assassinat du Guide lybien Muammar al-Gaddhafi et la destruction complète du pays. Idem pour la Syrie de Bachar al-Assad. A chaque fois c’est cette raison fallacieuse de protection des populations, qui a par la suite été formulé sous l’escroquerie juridique du fameux et imaginaire « droit d’ingérence » (qui n’existe dans aucune législation de notre galaxie) et définitivement présenté comme la « responsabilité de protéger ». Donc c’est un mensonge que dire que ses forces seraient venues en Centrafrique pour protéger nos compatriotes, elles sont là pour exécuter un agenda dont les Centrafricains ignorent les tenants et les aboutissants, alors que cela devrait nous préoccuper au plus haut point. Quant à l’organisation des élections, je me dois de dire un mot sur les conditions de leur mise en place. En effet, je lis ici et là que le retour à la paix serait, comme on dit en mathématique, la « condition nécessaire et suffisante » pour pouvoir appeler les Centrafricains aux urnes. Je m’insurge de toutes mes forces contre cette conception boiteuse des choses. Je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, le retour à la paix ne peut en aucun être retenu comme LA condition pour la marche vers les élections. Elle est, en fait, une conséquence et pas une cause. Nous allons aux élections pour avoir la paix et non l’inverse. C’est à la nouvelle Administration, au nouveau Gouvernement de nous apporter la paix et non le Gouvernement de Transition qui en est complètement incapable. Vouloir inverser les choses c’est comme si un médecin voulait attendre que son patient entré dans un profond coma avec un grand flot de saignement de sa jambe, préfèrerai attendre que ce malade se réveille de son coma pour lui demander la permission de pouvoir arrêter cette hémorragie à la jambe. C’est insensé, car si ce médecin n’agit pas aussitôt le coma va se transformer en mort à cause de cette hémorragie à la jambe. Et cette hémorragie à la jambe de la Centrafrique, c’est très clairement l’absence d’un Gouvernement légitime capable d’agir avec toute la force, les moyens et la rigueur de la Loi. Et tant que cet instrument fera défaut, la RCA sera en proie au chaos. Et je réitère mes propos, même si le nouveau président ou la nouvelle présidente n’était élu(e) que par 1000 Centrafricains représentatifs, il/elle aurait infiniment plus de légitimité que n’importe quel acteur actuel de la Transition qui n’ont été élus par personne si ce n’est par leur propre cénacle. Aussi, pour justement abréger au plus vite les souffrances des populations meurtries, il faut très vite installer un vrai gouvernement élu et non prolonger ce palliatif inefficace qu’est la Transition.

4)      Quelle lecture faîtes-vous de la gestion de la Transition par la présidente Cathérine Samba-Panza et son gouvernement dirigé par Mahamat Kamoun qui sont tous deux accusés pour détournement du don anglais ?

Comme vous l’avez compris je suis un adversaire farouche du concept même de Transition au-delà même des personnes de la Transition. La Transition quelque soient les personnes qui la pilote est vouée à l’échec du fait de la faiblesse qui lui consubstantielle et des nombreuses contradictions inhérentes aux textes, aux traités, aux accords et autres instruments juridiques érigés pour la circonstance. Cette Transition est intrinsèquement vouée à l’échec de façon rédhibitoire car elle ne dispose pas des moyens de sa politique illusoire. La mendicité internationale ne peut pas constituer un mode de financement sérieux pour un Etat fusse-t-il failli comme le nôtre.

Et si en plus les pilotes de cette Transition font preuve de manquements, de laxisme voire de malhonnêteté vous comprenez qu’un tel bateau ne pourra jamais mener le peuple à bon port. Car la Transition est à ce jour un Titanic politique.

Aussi pour moi les personnes de Samba-Panza et Kamoun sont anecdotiques, accessoires, futiles. Ils n’ont manifestement pas le tempérament de femme et d’homme d’Etat qui aurait pu leurs permettre de passer outre les lourdeurs et pesanteurs de l’appareil de Transition. Au contraire, ils ont été tiré vers le bas part les grandes failles de l’arsenal juridique de Transition. Donc je ne suis pas du tout étonné par le rendu de ces deux personnalités de la Transition que sont Madame la Cheffe de la Transition et Monsieur le Chef du Gouvernement de Transition. J’aurai aimé qu’ils me donnent tort, pour le bien de la Centrafrique. Mais non. Dès lors vous comprenez l’urgence, pour le bien de tous, d’organiser les élections coûte que coûte même si tout le monde ne pourra pas voter. Il nous faut sortir de ce cercle vicieux au plus vite.

5)      Quel regard avez-vous sur le fonctionnement du Conseil National de Transition que dirige Alexandre Ferdinand Nguendet, laquelle fait l’objet de corruption abusive depuis son installation ? Et pour preuve, ce fameux CNT vient de suspendre la commission d’enquête relative à l’affaire des 10 milliards angolais détournés et les fonds soudanais et congolais encaissés sans traçabilité au niveau du trésor public qui font l’objet des critiques. Qu’en dites-vous ?

Est-ce que le CNT est représentatif des populations et des territoires centrafricains ? La réponse est clairement non, même si je suis convaincu que certains de ses membres sont mus par des motivations très élevées pour le bien commun de la Centrafrique. La Charte Constitutionnelle de Transition est mal ficelée et source de nombreux conflits du fait de ses contradictions internes et avec les textes et traités internationaux comme les différents accords (Brazzaville, N’Djaména, Libreville, ONU). Tout un chacun peut constater que dans son essence même, cet appareil pose problème. De plus, comme dans le cas de l’appareil de l’exécutif de Transition, les hommes qui pilotent le CNT, en particulier son Président Alexandre Ferdinand Nguendet, sont loin de se montrer à la hauteur du défi actuel. L’on se serait attendu à ce que, sous l’impulsion de son Président, des commissions d’enquêtes parlementaires soient créées, ne serait-ce que pour porter éclairage sur les différents charniers qui jalonnent le pays. De même les Centrafricains s’attendaient bien évidemment à une très grande implication du CNT, en leur nom, dans la question de la gestion par la Présidence de Transition et du Gouvernement de Transition des dons des Etats-frères. Mais une fois de plus, je le répète dès le départ toute ces déviances étaient prévisibles, inévitables. Le Pr Albert Einstein, Prix de Nobel de Physique, disait que « la folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ». Franchement à quoi nous attendions-nous ? Suis-je le seul à connaitre background de Monsieur Nguendet ? Et comprendre qu’il ne pouvait en être autrement ?

6)      Pouvez-vous nous définir l’idéologie du parti PRP et présenter les grandes lignes de son programme de développement pour la république centrafricaine qui accuse un grand retard socio-économique dû à la crise ?

Dans le livre d’Osée chapitre 4 : 6, Dieu dit « Mon peuple meurt par manque de connaissance », c’est de nous dont il est question là. Le manque de connaissance des populations sur la vision, les méthodes, le background de celles et ceux qui les dirigeaient a causé ce profond chaos. En retour le manque de connaissance des dirigeants centrafricains sur la réalité des véritables enjeux concoure également à nourrir le chaos ambiant à tous les niveaux. Aussi avant de me montrer à la face des Centrafricains, j’ai tenu à me forger, me préparer à ma mission, à incarner littéralement ma pensée, ma vision, ma doctrine. Et c’est parce que j’ai vécu dans ma chair ces enseignements, ces connaissances, cette vision que je peux la soumettre aujourd’hui aux Centrafricains. J’ai passé plus de 15 ans à murir cette pensée, m’inspirant avant tout de l’idéologie endogène de base qu’est le panafricanisme, la seule pensée africaine qui ai permis de libérer politiquement l’Homme africain durant tout le 20ème siècle. Cette pensée, je l’ai machée, assimilée, intégrée et actualisée avec nos réalités du 21ème siècle. Et cette idéologie qui est maintenant celle du PRP, c’est ce que j’ai appelé le « géo-panafricanisme d’expansion » : une pensée endogène, autochtone, dense qui tient la dragée haute à toutes ces idéologies périmées et importées comme le socialisme, la social-démocratie, le libéralisme, l’écologisme politique, etc. Toutes ces « pensées » sont mortes dans les territoires qui les ont vues naître (Occident) et ont largement contribué à semer le chaos dans les économies et les structures sociales de ces pays qui sont actuellement en crise. Leurs leaders comme François Hollande en France, Georges Papandréou en Grèce, Barack Obama aux USA, Mario Monti en Italie ou encore David Cameron au Royaume-Uni sont très fortement contestés voire honnis. Donc ces idéologies sont des échecs patents, mais malheureusement il y a encore des hommes et femmes politiques centrafricains qui veulent importer ces idéologies d’échec chez nous. Le « géo-panafricanisme d’expansion » que j’ai patiemment théorisé puis développé dans mes ouvrages, articles et conférences allie, par réalisme, doctrine et pratique, enseignement et discipline. A commencé par la mienne, puisque je me suis imposé la discipline de vivre dans ma chair ces différentes approches. Voilà pourquoi j’ai été enseignant, universitaire-chercheur, auteurs-conférenciers. Voilà pourquoi je me suis engagé dans une formation militaire à travers différents corps de l’armée comme le 5ème régiment des hélicoptères de combat (ALAT), le 11ème régiment du génie, le 17ème groupe d’artillerie, l’école des troupes aéroportées. Voilà pourquoi après avoir enseigné j’ai fondé ma propre société d’édition, et ma propre start-up dans l’agro-alimentaire appelé ISA CORP qui m’a permis de produire des centaines de tonnes de tomates, de piments, de carottes, de concombres, etc. pour le marché intra-africain et de transformer des dizaines de tonnes de thons, de capitaines, de requin en poisson séché-salé (makayabo) , inspirant par ce fait des jeunes cadets qui eux-mêmes se sont lancés dans ces activités pour produire et créer de l’emploi et du chiffre d’affaire pour leurs familles.

Aussi grâce à mes rencontres et échanges avec des pointures internationales dans tous les domaines, j’ai élaboré une nouvelle doctrine économique le « khepérisme », une nouvelle doctrine diplomatique basée sur un triptyque panafricain, des nouveaux fondements du juridisme étatique, une nouvelle approche de la question de défense et sécurité, une nouvelle perception de la politique. Tout cela figure dans mes ouvrages et les dossiers de formation des membres du PRP.

Je ne pourrai pas ici parler dans le détail de tous les points, mais sachez que dans cette idéologie la formation, l’instruction et la recherche sont vues comme la base de toute civilisation, car ce sont les seules conditions de possibilité d’existence de cette idéologie panafricaine que j’incarne. Ce qui veut dire que là où il n’y a pas de culture, pas d’éducation, pas de formation, pas de librairies, pas de bibliothèques, pas de festivals, pas de prix d’excellence, etc. le « géo-panafricanisme d’expansion » suffoque, meurt. En d’autres termes, pour que notre pensée puisse perdurée et prospérer, elle se doit de donner à la population une éducation de très haute qualité. Aussi pour ce faire, nous proposons de redonner au sängö la pleine puissance de son génie créateur en faisant de lui une langue d’enseignement et d’administration. Dès le pré-scolaire jusqu’en classe de terminale, la langue sängö deviendra langue de culture, pour permettre au génie centrafricain de s’exprimer dans toute sa plénitude créative. Nous procéderons à une réforme de fond en comble de l’enseignement supérieur pour que l’enseignement et la recherche répondent aux besoins des Centrafricains. Il est scandaleux de financer des recherches, des bourses d’études, des formations qui ne profitent pas aux Centrafricains en premier lieu. La réforme de l’enseignement supérieur est cœur du projet panafricain, car sans elle le panafricanisme meurt.

Au niveau de l’économie, le fondement, la base du khépérisme, qui est une doctrine de l’économie physique, reste l’agriculture. C’est le cœur de la doctrine économique du PRP. Je parle par connaissance directe, car je pratique l’agriculture, la pisciculture, la transformation des produits halieutiques à travers la société que j’ai fondé. Or qui dit agriculture dit forcément « maitrise de l’eau », dit « construction d’infrastructures de stockage et de transport », dit « prévisions météorologies », dit « formation supérieure de qualité », dit « instauration d’un marché local de matières premières », dit « études et soins vétérinaires », dit « recherche sur les semences et des méthodes de culture, d’élevage et de transformation », dit « médecine du travail », dit « contrôle qualité », dit « politique fiscale incitative et/ou dissuasive », dit « crédit publique productif », dit « mutuelle agricole », dit « assurance », «dit « sauvegarde et protection de l’environnement », etc. Comme vous le voyez par vous-même, poser l’agriculture comme fondement de l’action de la politique économique embrasse tous les secteurs de la vie socio-économique et oblige l’Etat à développer de façon holistique tous les pans de la vie publique.

Notre première ambition vise l’auto-suffisance alimentaire, avec des produits de qualité et nutritifs. Tout en assurant le plein emploi surtout pour les femmes et les jeunes. Les femmes sont la base de notre projet de civilisation, car elles sont le fondement de la civilisation. C’est à l’aune de la situation des femmes que l’on juge de degré de civilisation d’une Nation. Et les jeunes, par leur dynamisme naturel constitue pour nous une ressource humaines incroyable pour tirer en tant locomotive le pays vers le haut. Je peux dire que je suis sidéré quand je vois que des jeunes prennent des armes contre d’autres Centrafricains pour des sommes modiques, alors que le salaire mensuel que je donne à un jeune débutant sans qualification dans mes champs est de 25 000 francs. Soit le même salaire mensuel, à 5000 francs près, qu’un vacataire de l’université de Bangui que l’Etat peine à payer. Et encore, les champs que je cultive au Sénégal sont sur des sols très pauvres, c’est carrément du sable qui nécessitent beaucoup de traitements, de correctifs nutritionnels pour assurer un bon rendement. En Centrafrique, les terres sont outrageusement et naturellement fertiles avec une très bonne pluviométrie. Ici au Sénégal avec un hectare je produis en moyenne 80 tonnes (80 000kg) de tomates. Vendus à 100 francs le kilo, ça fait 8 millions de francs en trois mois d’activités. Sur un hectare, on produit en moyenne 30 tonnes (30 000kg) de carottes. Vendus en moyenne à 500 francs le kilo, vous faites 15 millions en quatre mois d’activités. En un mois, dans l’usine de traitement on produit 12 tonnes de poissons séchés-salés. Vendus sur le marché à environ 2500 francs le kilo, vous récoltez 30 millions en un mois de travail. Alors expliquez-moi comment on peut encore mourir de faim en RCA ? Comment accepter qu’il y ai encore de la pauvreté en RCA ? Et comment supporter que la jeunesse ne projette dans rien d’autre que cette obsession à toujours vouloir devenir « ministre d’Etat » ou « milicien » en RCA ? Quand seulement avec une exploitation agro-alimentaire rationnelle on peut devenir millionnaire ? Plus riche qu’un ministre, et de façon légale sans tuer ou voler quelqu’un. Celui ou celle qui sait ce qu’est l’entreprenariat ne cherchera jamais à devenir fonctionnaire car il peut devenir millionnaire en étant son propre patron. Hier encore, j’avais un écho d’un cadet qui a travaillé dans mon champ et aujourd’hui est à son compte. Et pour sa première tentative il fait chiffre d’affaire de 11 millions de francs, sur un hectare en seulement quatre mois.

Et je ne parle pas de projection, je parle de faits, de mon expérience propre. De ce que j’ai fait moi-même et que des jeunes inspirés par mon expérience, et formé dans mes champs ont réalisé eux-aussi. Comment le Centrafricain peut encore être dans la mendicité quand le pays possède de telles ressources naturelles agricoles et halieutiques et que nos voisins importent d’Europe ou d’Asie leur nourriture ? La CEEAC compte plus de 150 millions de personnes qui tous ont besoin de manger, pourquoi la RCA ne se positionne-t-elle pas sur ce marché juteux ? Au lieu de se tirer dessus pour des places au gouvernement ou au CNT, alors que leurs caisses sont vides, nous devrions nous tourner vers une autre voie, celle de l’entreprenariat, de l’exploitation rationnelle de nos ressources agricoles et halieutiques. Et encore je ne vous ai pas parlé de l’exploitation des essences de fleurs comme le jasmin utilisé par le marché des parfums de luxe et dont le kilo se négocie au bas mot à 80 000 € soit plus de 52 millions de francs le kilo. Pourquoi la jeunesse est tenue à l’écart de ça ? Cultiver des fleurs pour développer l’économie du pays, pourquoi on se refuse ça pour préférer la barbarie ? Ce pays peut être transformé en un paradis en très peu temps, avec un peu d’imagination, beaucoup d’audace, d’ambition, de rigueur et de sueur.

Il y a tellement chose dont je voudrais parler aux Centrafricains, comme dans l’architecture et ses méthodes qui divisent par dix le prix d’une belle maison, salubre, bioclimatique et confortable. Seulement à partir de la terre crue. Plus besoin d’acheter le sac de ciment à 17 000 francs, quand ici au Sénégal il est à 3500 francs. Les solutions existent, mais encore faut-il aller les chercher, les expérimenter et ensuite les partager et les étendre à une plus grande échelle.

Je ne peux malheureusement pas dérouler ici tout ce que compte mettre en place le PRP. Mais je le répète, le temps du blabla est terminé, il faut nous des hommes d’action, mais des hommes d’action qui agissent en hommes de pensée et qui pensent en homme d’action. Telle est notre éthique et ce vers quoi tendent tous nos militants et militantes au sein du PRP Fini l’assistanat, fini la mendicité, fini la seule voie du fonctionnariat, fini les dormeurs, place enfin aux entrepreneurs, aux visionnaires.

7)      Comment fonctionne le PRP au Sénégal et en Centrafrique ?

J’ai pris presque une année pour finaliser le travail de pré-campagne avec mes partenaires panafricains. Nous avons travaillé sur tous les sujets : l’école, la recherche, la santé, l’armée, la femme, l’entreprenariat, la diplomatie, les institutions, etc. Aussi nous avons sollicité les meilleurs spécialistes panafricains que j’ai eu à côtoyer durant tout mon parcours et d’autres non-panafricains également. Ainsi ai-je eu à travailler avec des personnes lauréates des plus grandes distinctions mondiales comme ce mathématicien médaillé Fields (équivalent du Prix Nobel de mathématiques) qui nous aidé pour élaborer nos programmes d’enseignement novateur et créatif des mathématiques. Tout ça pour dire que l’expérience de victoire que propose le PRP est vraiment intense et poussera je l’espère tout un chacun à élever le niveau et à ne plus se contenter des paroles en l’air comme c’est le cas aujourd’hui.

Aussi, très prochainement je dois rentrer pour achever la deuxième phase qui consistera à lancer le départ des activités du PRP. Et je donne RDV à mes militants, aux Centrafricains et à la presse centrafricaine, afin que tous voient de leurs propres yeux, ce que nous entendons par organisation, par propositions, par actions, par stratégies, par « géo-panafricanisme d’expansion ». Je veux que les gens me jugent sur ce que je produis, par sur des futilités, des critères mineures ou grossiers.

8)      Selon vous, comment cette crise est arrivé en Centrafrique, un pays laïc qui vivait en parfaite harmonie entre les communautés ?

Premièrement, en tant que panafricain je récuse ce terme de « laïc ». Nous ne sommes pas un pays « laïc » et j’espère que ne nous le serons jamais. Etymologiquement, le terme « laïc » vient du grec classique« laikos » qui en substance signifie « ignorant ». Car dans la société antique et médiévale européenne, le monde était divisé en deux : les « clercs », ceux qui savent ; et les « laïcs », ceux qui ne savent pas (le peuple). Si des Français ignorants de leur propre culture aiment à se présenter comme « ignorants » (laïcs), c’est leur problème. Vous remarquerez que dans le monde le seul pays occidental qui se proclame ouvertement « ignorant » (laïc) c’est la France. Ni le Royaume-Uni, ni l’Allemagne, ni l’Italie, ni les Pays-Bas, ni le Canada, ni même les USA ne revendiquent ce sobriquet. Et nous, qui aimons nous proclamer « intellectuel » (sic) à tout va, nous reproduisons le même erreur que la France républicaine. Dans tous ces pays que j’ai cités il existe des communautés de confessions différentes, et nul d’entre eux n’a besoin de se proclamer « laïc » pour dire que les communautés religieuses se respectent et que l’Etat les respecte en retour. Donc je refuse et récuse, cette histoire de laïcité à la française sur le sol centrafricain. A Dieu ce qui appartient à Dieu à César ce qui appartient à César. Que la France reste avec ses problèmes, pas la peine que nous les importions chez nous. Ca c’est le premier point. Deuxièmement, il faut reconnaitre que des êtres iniques, diaboliques, méphistophéliques ont sciemment instrumentalisé en Centrafrique la religion à des fins bassement politique coûtant la vie à des milliers d’innocents. Le sang de ces innocents est sur eux, comme sur toutes les personnes ou entités qui à travers le monde instrumentalisent la religion. Or nous savons qu’à chaque fois l’on a voulu instrumentaliser les gens dans des guerres interconfessionnelles, cela s’est traduit par le chaos. Même des peuples qui paraissent ultra-pacifiques dans l’imaginaire général deviennent de vrais barbares, de vrais monstres dès qu’ils se mettent à utiliser frauduleusement la religion à des fins personnelles. C’est le cas de la Birmanie, par exemple, dont la population est majoritairement bouddhiste, une religion qui est généralement vu comme très pacifique. Dès que les politiciens birmans ont voulu utiliser la religion bouddhiste pour leurs calculs politiques, ils sont devenus aussitôt des génocidaires de la communauté birmane musulmane. Idem en Indonésie, qui est le pays musulman le plus peuplé, et où les autorités également mènent une guerre abominable contre les animistes Papous. Je pourrais également parler des Israéliens qui se disent juifs et qui commettent un crime contre l’Humanité en Palestine contre les Chrétiens et les Musulmans palestiniens. C’est ce qui arrive quand des politiciens qu’on qualifie de ponerolgiques arrivent au pouvoir.

Or si vous regardez bien les chose, quelle légitimité ont les anti-balaka à parler au nom du christianisme ? Aucun. Puisqu’aucune autorité suprême du christianisme mondial ou centrafricain n’a légitimité leurs actes de barbarie. Quelle légitimité jouissent-ils pour se permettre de tuer au nom de l’animisme ? Aucun. Le port de gri-gri n’est pas une légitimité, c’est du folklore. Aucune sommité animiste de la Centrafrique ou d’Afrique ne leur a jamais adoubé ou donné permission de parler ou agir au nom de l’animisme à ceux qui assassiné des innocents. De même quelle autorité musulmane a livré une fatwa à ses hordes de sauvages qui pullulent dans les rangs de la séléka ? Aucune. Ni à Bangui, ni à Mecque, ni à Médine, ni de nulle part. Tous ces gens là agissent en leur nom propre mais instrumentalisent la religion à des faits politiques en dépit des conséquences désastreuses que cela peut produire sur les populations civiles innocentes prises au piège entre deux feux de haine. Tout cela participe de cette culture du faux, de l’usurpation qui est si diffuse dans notre pays. Couplé à cette méthode qui a fait jurisprudence et consiste à systématiquement à prendre les armes et tuer des Centrafricains innocents pour recevoir une prime : un poste au gouvernement, dans l’armée, la haute administration et les directions générales des sociétés publiques ; et la vous avez le tableau complet de la médiocrité du personnelle politique centrafricain.

9)      Avez-vous des liens ou bien partagez-vous des idées avec d’autres présidents des partis politiques centrafricains ?

Par la grâce de Dieu, je ne suis lié ni de loin, ni de près a celles et ceux qui ont échoué dans les actions politiques à mener pour l’essor de la Centrafrique et qui ont fini par se convertir en chefs de partis politiques. En vérité, je ne cherche pas à entrer en relation avec le personnel politique centrafricain à qui la population impute plus de 97% de la cause de notre marasme. Qu’est-ce qu’ils pourraient bien me dire ou m’apprendre ces chefs de partis ? A détruire un pays béni par Dieu par ses richesses et ses ressources humaines et naturelles ? Cette science là, ne m’intéresse pas. Ma seule préoccupation ce sont les populations centrafricaines et de la diaspora centrafricaine. Je sais que c’est la coutume des partis politiques centrafricains, de se s’entremêler pour négocier des postes ministériels, de conseillers, de chargés de mission, etc. Mais sachez que je ne serai le ministre de personne, ce n’est pas mon rêve que d’être appelé Monsieur le ministre. Je laisse ça aux personnes peu imaginatives, peu créatives, sans rêve, sans ambitions. Bill Gates n’est pas ministre, mais s’il vient en RCA tout le personnel politique sera à ses pieds, n’est-ce pas ? Hélène Le Gal, virée par Kigali quand elle était ambassadrice et devenue entre temps la « madame Afrique » du Président français le plus haï par les Français, à savoir François Hollande, n’est pas ministre et pourtant quand elle était dernièrement à Bangui tout le monde était couché à ses pieds, n’est-ce pas ? Que valent alors ces postes de ministres, dans ce cas ? A quoi bon devenir ministre d’une administration sans budget ?

Je parlais avec une ancienne ministre de la Transition qui me faisait remarquer qu’elle n’avait pas d’ordinateur ni d’imprimante pour travailler. Alors que cherche les gens à devenir ministre dans de telles conditions ? Si ce n’est seulement l’égo et le sentiment de se sentir important ? Ce n’est pas ma conception de la politique. La transhumance, ce n’est pas non plus ma conception de la politique. Voilà pourquoi je suis plus touché par ces nombreux compatriotes qui lisent mes interviews dans la presse africaine et me sollicitent pour agir dans leur quartier, dans leur environnement, dans leurs milieux. C’est ce type de lien qui m’intéresse. Maintenant si un chef politique, qui par humilité, veut apprendre, comprendre la pensée du « géo-panafricanisme d’expansion », dans ce cas je serai disposer dans la mesure du possible à le lui montrer s’il prend sa carte du PRP, autrement ça ne m’intéresse pas.

Il y a quelques jours je discutai avec un compatriote qui me disait « Président, tu sais ces histoires de panafricanisme, ça n’intéresse pas les gens ». C’est également ce qu’on me disait quand je suis arrivé au Sénégal au moment où je donnais mes conférences sur le sujet. Conférences qui m’ont permis de rencontrer beaucoup de jeunes très dynamiques, touchés par ma vison au point de m’inviter à parrainer la journée culturelle d’un village sérère. Par panafricanisme, je ne pouvais pas me contenter de seulement parrainer la journée culturelle, alors je me suis engagée dans le village, en créant une activé agro-économique qui a redonné un dynamisme au village. Finançant des constructions de puits, d’infrastructures agricoles, de défrichage et mise en valeur de terres, de matériels agricoles, d’engrais, de semences, etc. Au final, des emplois ont été créés, le pouvoir d’achat de la population villageoise a augmenté. Et ils ont souhaité m’honorer en me délivrant un diplôme en présence d’Oumar Youm, le ministre sénégalais de l’aménagement du territoire qui le co-parrainait avec moi la seconde édition de journée culturelle du village. Et grâce à cette expérience, des délégations de neufs villages environnants m’ont sollicité pour participer à la redynamisation de leurs villages par cette politique économique agricole efficace que j’ai déployé. Quand ils ont appris pour ma candidature, ils ont souhaité produire un film pour témoigner de mes activités afin que les Centrafricains sachent ce que j’ai réalisé pour ces villageois sérères avec qui pourtant je n’avais aucun lien de parenté. Mais voila, c’est ça le « géo-panafricanisme d’expansion » dont je parle. Je n’ai pas eu beaucoup à parler pour que ces villageois et ces jeunes soient convaincus. De la même manière que je n’aurai pas beaucoup à parler non plus pour matérialiser ma vision en RCA. L’expérience que j’ai eu avec ces villageois ou même le cas les jeunes de la ville de Thiès que j’ai réussi à convertir à l’entreprenariat et qui aujourd’hui sont les patrons de leurs sociétés, ne pourront jamais m’être enlevés et me serviront pour faire bouger les lignes en RCA et ce de façon concrètement panafricaine.

Comme vous le voyez je n’ai pas besoin de rencontrer de chefs de partis, mais simplement les populations centrafricaines dans toute leur diversité pour changer la réalité du terrain. Partout où je vais, je m’arrange toujours de mettre en pratique la pensée de mon frère panafricain le politologue Hery Djéhuty Séchat qui n’a de cesse de répéter qu’ « il nous faut cultiver l’excellence dans la polyvalence ». Je l’ai fait en France où avec Kémi Séba, Héry Djéhuty Séchat et d’autres encore nous sommes parvenus à porté la cause panafricaine à une niveau jamais atteint, même pas par la FEANF. Je l’ai fait à l’université du Sahel au Sénégal où avec l’équipe des étudiants débatteurs que j’encadrais, nous avons raflé en 2012 au champion en titre l’université Gaston berger de Saint-Louis le prestigieux « Trophée Débattons » qui oppose les meilleures universités et écoles supérieures du Sénégal, alors que c’était notre première participation. Je l’ai également fait la tête de l’ISA ce qui m’a valu d’être honoré du Prix Imhotep International du meilleur centre de recherche en 2013. Immanquablement le ferai en RCA dès décembre 2014 avec le lancement de mon programme d’action.

10)   Quelle est votre analyse de l’insurrection populaire burkinabé suite au projet machiavélique de Blaise Compaoré qui voulait modifier la Constitution pour briguer un autre mandat après 27 ans de pouvoir et qui finalement a démissionné de la présidence sous la pression du peuple ?

Vous savez, je suis également un analyste politique qui porte un regard critique via le prisme du panafricanisme sur la dynamique du monde. Aussi, j’ai assisté enthousiaste au coup de maître réalisé par les Burkinabès pour déboulonner l’indécrottable Blaise Compaoré. Et vous le savez, le Burkina Faso du fait de Thomas Sankara, restera à jamais attaché au panafricanisme, donc tout panafricain où qu’il se trouve ne peut que suivre ce qui se passe dans ce pays. Mais dans le cadre de notre entretien sur la question de la crise centrafricaine, ce qui s’est passé au Faso attire mon attention sur deux points particuliers qui aux yeux des l’opinion publique peuvent paraître anodins. Il ne s’agit pas de la chute de Blaise Compaoré, dont je me réjouis du fait de son implication directe dans la mort de Thomas Sankara, mais mais en deux mots de l’attitude des Burkinabès le lendemain de la déposition de l’autocrate Blaise Compaoré et du rôle central joué par Sa Majesté le Mogho Naaba, le Roi des Mossis.

Vous me demanderez pourquoi ne pas parler de la chute Compaoré ? Eh bien, tout à une fin dans ce monde, même Blaise Compaoré donc c’était inévitable qu’il tombe. Je laisse donc aux commentateurs le soin et le plaisir de « commenter l’Histoire ».

Je disais donc que l’attitude des Burkinabè le lendemain de la chute officielle de Blaise Compaoré m’a beaucoup marqué, car aussitôt les jeunes, les femmes, tout le monde s’est mis à nettoyer la ville, à passer un coup de balai faisant écho concrètement au nom de leur mouvement « le coup de balai citoyen ». Cette mentalité du travail, de la discipline et de la dignité, que pourtant l’on retrouve textuellement dans notre hymne la « Renaissance » et qui dit « dans le travail, l’ordre et la dignité », est plus malheureusement plus vivants chez les Burkinabè que chez nous autres Centrafricains qui l’avons inscrite dans notre hymne national. Ca m’a beaucoup frappé, que même dans ce contexte de révolte, ils ont eu la lucidité de se remettre au travail, dans l’ordre et la dignité. Deuxièmement, j’ai particulièrement apprécié le rôle modérateur de Sa Majesté le Mogho Naaba des Mossis (Roi des Mossis) qui a permis de temporiser malgré la prise du pouvoir par les militaires notamment en la personne d’Isaac Zida. Cette vanne de sécurité lotie sur les bases des chefs coutumiers fait défaut chez nous. Je pense qu’une plus grande valorisation de cette option de règlements des conflits par cette voie coutumière, traditionnelle nous aurait à n’en pas douter éviter bien des désagréments et de problèmes en RCA. Ce sont là les deux points sur lesquels je voulais quand même attirer l’attention des Centrafricains, même si la majorité des gens ne s’intéressera qu’aux calculs politiciens burkinabè. Mais à ce jeu là, il ne faut pas oublier que nous avons affaire à des caïmans politiques, car il ne vous aura pas échappé que les leaders de l’opposition sont des anciens ministres et dignitaires du pouvoir de Blaise Compaoré. Donc ne nourrissons pas prématurément des rêves fous de « révolution populaire » quand en réalité c’est une partie d’échec qui se joue derrière les caméras avec la France (une fois de plus) et les USA (encore eux) qui tentent déjà de se repositionner en coulisse.

Toujours est-il que, comme je le disais dans un autre média africain, il nous faut clairement nous interroger en RCA sur la pertinence des régimes politiques présidentiels, semi-présidentiels et présidentialistes. Ces régimes politiques ont été adoptés par une grande partie de pays africains dont la RCA. Tous les pays africains où se posent ces questions de révision ou changement de Constitution ont adopté ce régime politique. Est-ce un hasard ? Est-ce que nous aussi, Centrafricains, nous allons nous jeter dans la gueule du loup sans prendre le temps e bien réfléchir les fondements du futur Etat centrafricain ? C’est là un élément que je ne vois dans aucune réflexion, aucun propos, aucun discours de la part des élites politiques centrafricaines, alors que les conséquences à prévoir sont effroyables.

11)   Avez-vous un message pour les Centrafricains ?

J’ai beaucoup de messages pour les Centrafricains, car j’ai beaucoup à faire en Centrafrique avec les Centrafricains. Je demande aux jeunes, et aux femmes et toutes celles et ceux qui embrassent nos idées de se tenir prêts pour mon arrivé à Bangui. J’ai une grande série de conférences à donner sur des sujets phares qui intéressent au premier plan les Centrafricains pour leur permettre de bien saisir les enjeux actuels. Car vous devez vous en douter, avec les élections c’est la foire aux promesses les plus rocambolesques. Or il faut que les compatriotes disposent d’instruments de mesure, de contrôle. Par exemple, tous vous présenteront des budgets pour leur programme politique. Mais aucun ne vous dira où il trouve l’argent, d’où vient son argent pour financer la politique de l’Etat centrafricain psot-Transition. Et quand ils le disent c’est pour nous apprendre que le financement de leur programme pour la RCA se ferait en comptant soit sur les maigres recettes fiscales et douanières d’un pays dont l’appareil économique est à terre et dont les administrations sont enraillées ; soit sur les « partenaires traditionnelles » comme les Institutions Financières Internationales (Banque Mondiale, Fond Monétaire International, Club de Paris, etc.) dont les critères drastiques détruisent systématiquement les Nations comme ça a été le cas avec l’Argentine, la Grèce, le Portugal, etc.

Dans les deux cas, c’est une impasse. S’il n’y a pas de tissu économique, pas d’entreprenariat il n’y aura pas de recettes fiscales ou douanières. Quand aux Institutions Financières Internationales (IFI), aucune n’a jamais sorti un pays de la misère, ou n’a développé un pays. Des pays plus solides que la RCA qui ont scrupuleusement respecté les critères inhumains imposés par les IFI ont sombré dans le chaos et la misère. Ainsi en est-il de Chypre, du Portugal, de l’Italie, de l’Irlande, etc. Alors imaginez le carnage que ce serait d’appliquer ces méthodes de soudards économiques à la RCA. C’est à ceux charognards ultra-libéraux que la majorité de la classe politique inconsciente veut confier nos destinées. Les Centrafricains doivent savoir cela pour juger de la crédibilité de ce qui est proposé comme alternative crédible à la situation actuelle. Le PRP va engager dès mon arrivé à Bangui des actions concrètes en direction des populations les plus meurtries, mais également un gros travail de conscientisation pour élever les débats et pousser le personnel politique à apporter des réponses claires à des sujets infiniment plus sérieux et importants que des histoires people auquel ils nous ont temps habitués. Quoiqu’il arrive dès que j’aurai régler les derniers détails avec mon équipe de stratégistes, mon officier d’ordonnancement pour la sécurité, mon chancelier et garde de mes sceaux pour la logistique et enfin mon secrétariat générale pour la mise en place des programmes à venir, j’inviterai tout un chacun à gouter à la méthode Shabazz. Mais en tous les cas, je tiens encore à vous remercier pour cet entretien. Prions pour que Dieu jamais ne cesse de bénir les Centrafricains et la Centrafrique.

Propos recueillis par Pierre INZA pour CNC

Journaliste /  Politique

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