RCA : Discours de l’Ambassadrice de l’Union européenne en RCA Samuela Isopi à l’occasion de la journée internationale de la femme

Publié le 10 mars 2021 , 6:09
Mis à jour le: 10 mars 2021 6:09
Madame l'ambassadrice de l'UE-RCA Samuela Isopi
Madame l’ambassadrice de l’UE-RCA Samuela Isopi. Photo CNC / Cyrille Jefferson Yapendé

 

Discours de l’Ambassadrice de l’Union européenne en RCA Samuela Isopi

à l’occasion de la conférence sur le rôle du leadership – la voie vers l’égalité en République centrafricaine et les meilleures pratiques institutionnelles pour l’autonomisation des femmes en République centrafricaine dans le cadre de la journée internationale de la femme

 

Bangui, 09/03/2021

 

  • Madame la Ministre de la Promotion de la Femme, de la Famille et de la Protection de l’Enfant
  • Madame la Ministre de la Défense et Reconstruction de l’armée
  • Mesdames et messieurs représentant les forces de l’ordre
  • Mesdames et messieurs les représentants des ministères techniques,
  • Mesdames et messieurs les représentants des partenaires techniques et financiers et des agences des Nations Unies
  • Mesdames et messieurs les représentants des ONG nationales et internationales
  • Mesdames et messieurs les représentants des organisations féminines
  • Chers invités,

 

  • Chères soeurs !

 

Barala Kwe !!

 

C’est avec un grand plaisir que je participe aujourd’hui à cette journée d’échange et de réflexion sur « le rôle du leadership – la voie vers l’égalité en République centrafricaine » et « les meilleures pratiques institutionnelles pour l’autonomisation des femmes en République centrafricaine » dans le cadre des célébrations de la Journée internationale de la femme.

L’organisation de cette conférence témoigne une fois de plus de l’importance et de l’intérêt que l’Union européenne accorde à la promotion du genre et au processus d’autonomisation des femmes au niveau social, économique, et politique en particulier. Comme l’a dit la présidente de la Commission européenne Ursula Van der Leyen hier à l’occasion de la Journée de la Femme, les femmes et les filles peuvent tout faire. Elles peuvent être médecins, avocats, astronautes. Et oui ! Elles peuvent aussi être présidentes ! Elles doivent avoir confiance en elles-mêmes !

L’égalité de genre constitue une valeur fondamentale de l’UE, un droit universellement reconnu et une condition essentielle pour le bien-être, la croissance économique, la prospérité, la bonne gouvernance, la paix et la sécurité d’une communauté, d’un pays et de l’ensemble de notre communauté mondiale. Tous les citoyens, dans toute leur diversité, devraient être libres de mener la vie de leur choix, de prospérer sur les plans social et économique, de participer et de prendre des responsabilités sur un pied d’égalité.

Mais, mesdames et messieurs, nous sommes tous bien conscients que nous avons encore un long chemin devant nous pour y arriver et la situation des femmes dans le monde et en particulier en Centrafrique est loin de répondre aux attentes, aux aspirations et droits des femmes et aux besoins d’un pays qui doit pouvoir pleinement compter sur le potentiel extraordinaire représenté par la moitié de sa population.

En Centrafrique comme ailleurs, les femmes sont en premières lignes. Lorsque la guerre et les conflits éclatent, les premières victimes, ce sont les femmes. Lorsqu’il faut tout reconstruire, les premières à se mobiliser, ce sont les femmes.

En même temps, les femmes ont un rôle clef à jouer dans la prévention des conflits et dans la cohésion sociale aux niveaux communautaire et national. Les femmes sont par définition des actrices de dialogue et de paix. Ce sont les femmes qui ramènent la paix dans la famille, qui pensent à l’avenir de nouvelles générations, leurs enfants, qui soutiennent leurs communautés. Le bien commun, l’intérêt général est bien présent dans la femme qui ne poursuit pas par sa nature des intérêts égoïstes ou la violence comme moyen de régler les différents ou les conflits.

 

Il est prouvé que lorsque les femmes sont impliquées et présentes dans les processus de médiation, dans des initiatives de paix, ces initiatives ont plus de possibilités concrètes d’aboutir et de durer. C’est pourquoi l’Union européenne est fortement engagée dans tous ses programmes et ses actions en RCA à renforcer le rôle de la femme, comme actrice de paix, de développement et de changement.

En RCA aujourd’hui la place de la femme n’est pas à la hauteur des défis du pays.

 

Aujourd’hui en RCA, la pauvreté a un visage féminin : en milieu rural, le taux de pauvreté atteint 81 % chez les femmes, par rapport à 69 % chez les hommes. Malheureusement les femmes sont non seulement plus fortement touchées par la pauvreté, mais aussi par les violations de leurs droits et par diverses formes de violences physiques et physiologies : violences conjugales, violences verbales, violences sexuelles, violences économiques telles que les abandons ou répudiations sans ressources, discriminations dans l’accès à la propriété, privations d’héritage et les conséquences d’accusations en sorcellerie.

Les femmes sont encore peu représentées dans les instances de prise de décision. Trop de pesanteurs culturelles et d’obstacles (la sécurité, l’autonomisation) qui empêchent une plus forte présence des femmes dans les institutions. Dans le cadre du processus électoral en cours l’Union européenne s’est fortement investie à travers son projet bilatéral d’appui aux élections mis en œuvre par notre partenaire ENABEL pour renforcer la participation des femmes en tant qu’électrices et candidates.

Permettez-moi, à la veille des élections législatives de dimanche prochain, au nom de l’Union européenne de saluer l’engagement des femmes et des candidates centrafricaines et de former les vœux que beaucoup de femmes puissent être élues à l’AN à l’issue de ce scrutin pour renforcer et porter la voix des femmes au plus niveau des institutions et de l’Etat.

Pour s’attaquer aux causes profondes de l’inégalité entre les hommes et les femmes et contribuer à lutter contre la multiplicité des stéréotypes et des préjugés qui persistent encore dans de nombreux contextes, il faut favoriser des changements de comportement et de coutumes qui puissent promouvoir des opportunités plus équitables entre hommes et femmes. A cet effet il est primordial de traiter non seulement les facteurs plus « visibles » qui font perdurer les femmes dans un état de détresse et dépendance (accès à la terre, au crédit, à la propriété) mais aussi d’autres plus « cachés » liés aux us et coutumes et donc enracinés au sein même des communautés. Tels que la violence basée sur le genre.

 

La promotion du genre en RCA devra forcement passer par des politiques, des stratégies et des actions intégrées et multisectorielles qui puissent agir à la fois sur les contraintes structurelles mais aussi sur les pesanteurs et les coutumes négatives qui nuisent et freinent l’évolution socio-économique des femmes et leur « voix » dans la société. Pour cela un leadership et des institutions fortes et résolues, favorables à l’égalité des genres sont primordiale pour guider et cadrer les changements nécessaires. Et ceci à travers une participation accrue des femmes dans le leadership et des hommes prêts à lutter pour les droits de la femme. La conférence d’aujourd’hui s’inscrit bien dans cette logique.

La RCA s’est déjà inscrite depuis plus d’une décennie résolument dans la dynamique de la promotion de l’égalité des genres. L’égalité des genres fait partie intégrante du RCPCA ; le pays a ratifié plusieurs textes internationaux, adopté une loi sur la parité (bien qu’encore pas pleinement appliquée) et promulgué des textes nationaux qui visent cette égalité.

 

Mais même si des importants progrès ont été achevés, beaucoup de défis restent à relever pour permettre un réel épanouissement de la femme et des filles à Bangui, surtout dans l’arrière-pays.  Comme par exemple la prise en compte de la dimension genre dans tous les différents politiques ministérielles, l’opérationnalisation et la mise en œuvre des politiques et stratégies nationale relative à la promotion du genre à tous les niveaux, la vulgarisation et l’application des textes relatifs aux droits et au statut de la femme, le renforcement des capacités des structures (associations, ONG, fédérations) qui œuvrent dans la promotion du genre et de promouvoir un changement de comportement pour lutter contre les stéréotypes et favoriser les actions concrètes visant l’autopromotion de la femme au niveau communautaire.

 

Mesdames et Messieurs,

 

L’UE est un pionnier mondial dans la promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes, un objectif politique clé de notre action extérieure et de notre politique étrangère et de sécurité commune qui vise à accélérer les progrès vers la réalisation d’objectifs mondiaux, parmi lesquels les objectifs de développement durable (ODD). L’UE suit une approche en trois volets, combinant l’intégration de la dimension de genre dans toutes les interventions, des actions ciblées et un dialogue politique soutenu.

 

A travers le nouveau plan d’action de l’UE en faveur de l’égalité entre les hommes et les femmes pour 2021–2025 (GAP III), un cadre politique pour l’UE destiné à augmenter son niveau d’engagement, l’UE s’est engagée à ce qu’au moins 85 % de toutes les nouvelles actions extérieures aient pour objectif important ou principal, d’ici à 2025, l’égalité entre les hommes et les femmes et l’autonomisation des femmes et des filles.

 

En RCA l’UE s’est engagé et va continuer à s’engager à accompagner le gouvernement dans ses efforts à cette fin.

 

En effet, depuis 2014, l’UE a soutenu de nombreux projets, financés par ECHO, par l’Instrument de consolidation de la Paix (IcSP), par le FED, par les lignes thématiques et par le Fond Békou qui ont permis de mitiger les facteurs de blocage à l’autonomisation de la femme et des filles. Je ne vais pas entrer en détail ici, mais l’appui a touché plusieurs domaines tant le secteur de l’éducation, notamment pour renforcer la scolarisation des filles ; une aide légale aux personnes vulnérables, en particulier les femmes victimes de violences ou accusées de sorcellerie ; un phénomène accablant sur lequel nous appelons les autorités centrafricaines à redoubler d’efforts. Et encore la promotion de la participation des femmes dans la vie politique et en particulier dans les élections, l’autonomisation des femmes à travers des activités génératrices de revenus (les AVC ou tontines améliorées), la prise en charge des victimes de violences basés sur le genre et une plus forte implication des femmes dans les processus de médiation et de paix.

 

C’est dans cette esprit également que le Fonds Bêkou va financer une nouvelle action visant à soutenir le renforcement des capacités de l’ensemble des acteurs qui doivent répondre sur le terrain aux besoins des femmes, avec un appui important au Ministère de la Promotion de la Femme, de la Famille et de la Protection de l’Enfant qui va jouer de plus un plus son rôle de leadership et de coordination, en fait directement lié aux discussions d’aujourd‘hui.

 

Par ailleurs, l’égalité des genres et l’autonomisation et protection des femmes sont également pris en compte dans l’exercice de programmation de l’UE pour les années 2021-2027, actuellement en cours, dans lequel la dimension genre sera intégrée et devra contribuer à atteindre la cible de 85% d’actions sensibles au genre que l’UE s’est fixée pour les prochaines années.

 

Mesdames et Messieurs,

 

Je suis certaine que cette conférence avec des conférenciers bien sélectionnés, va alimenter des discussions fructueuses et permettra de tirer des leçons des expériences des différents institutions, organisations et acteurs présents aujourd’hui et d’inspirer les réflexions sur des activités à mener dans la poursuite de l’égalité des genres et de l’autonomisation des femmes en Centrafrique.

 

Je ne pourrais pas terminer mon propos sans remercier l’EUTM et le Général de Abreu, d’avoir organisé cette manifestation, le Gouvernement et nos partenaires et sœurs de la société civile, du réseau des femmes leaders et des organisations féminines.

Je vous remercie

 

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