Quand le ministre d’État Evariste Ngamana, le sorcier de Carnot, joue la comédie sur les ruines infestées de serpents du ministère de la Communication

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Quand le ministre d’État Evariste Ngamana, le sorcier de Carnot, joue la comédie sur les ruines infestées de serpents du ministère de la Communication

 

 

Rédigé le .

Par : la rédaction de Corbeau News Centrafrique, CNC 

Chassé de l’Assemblée nationale, le sorcier de Carnot hérite d’un ministère en ruines. Sa récente visite au milieu des serpents montre le fossé entre les slogans officiels et la réalité du terrain.

 

Depuis plus de 10 ans, la gestion des infrastructures publiques en RCA souffre d’une période de turbulences, caractérisée par des promesses non tenues et des chantiers totalement délaissés par les soi-disant autorités. C’est dans ce contexte que la mise en scène organisée le mercredi 3 juin 2026 par les services de communication du nouveau ministre d’État prend tout son sens. En se déplaçant en personne sur le site en ruine qui aurait dû abriter son cabinet et les équipes de l’Agence Centrafrique Presse (ACAP), Evariste Ngamana a voulu lancer un signal fort. Mais pour la population de Bangui, ce déplacement n’est qu’une tentative maladroite de faire oublier les véritables raisons de sa présence à la tête de ce département ministériel.

 

La réalité politique derrière cette nomination est de notoriété publique dans les couloirs du pouvoir à Bangui. Evariste Ngamana n’a pas obtenu ce portefeuille ministériel à la suite d’une promotion ou pour ses compétences techniques. Il s’agit en vérité d’un exil politique direct, après avoir été mis sur la touche et chassé de l’Assemblée nationale par le président de l’institution, Simplice Mathieu Sarandji. Devenu trop encombrant au sein du parlement, le pouvoir a choisi de l’éloigner en lui attribuant le titre ronflant de ministre d’État, chargé de la Communication et des Médias, Porte-parole du Gouvernement. Ce ministère fonctionne ainsi comme un placard doré, un lieu de repos pour un cadre déchu qu’il fallait impérativement écarter des centres de décision législative.

 

En investissant ce nouveau poste, le ministre d’État a choisi d’attaquer indirectement le bilan de son prédécesseur. Maxime Balalou, qui occupait la tête de ce ministère depuis sa nomination le 4 janvier 2024 jusqu’à son récent transfert au ministère du Commerce, a multiplié les déclarations lénifiantes. À chaque interpellation sur l’arrêt des travaux, il affirmait que le chantier allait reprendre dans un bref délai grâce à l’appui des Finances. Pourtant, durant tout son mandat, aucun ouvrier n’a travaillé sur le site, aucune amélioration n’a été constatée. En organisant cette visite médiatique, Evariste Ngamana expose publiquement les mensonges de Maxime Balalou, cherchant à se donner le rôle du sauveur face à l’incompétence de la gestion antérieure.

 

Le chantier en lui-même est devenu une verrue dangereuse en plein centre-ville de la capitale. Lancés en octobre 2021 sous la direction de l’ancien ministre Serge Ghislain Djorie, les travaux de réhabilitation se sont arrêtés brutalement après seulement quelques mois, sans qu’aucun audit n’ait été mené. Aujourd’hui, le bâtiment ressemble à une jungle urbaine. Les murs en béton brut n’ont aucune finition, les fenêtres restent vides et les herbes hautes ont envahi tout l’espace. Les tôles qui servaient de clôture sont tombées au sol, laissant le site totalement ouvert. Cet abandon a transformé les lieux en un refuge pour les serpents et les reptiles, ce qui provoque la panique parmi les passants et les commerçants du quartier. De plus, des câbles électriques pendent de poteaux endommagés, créant un risque d’accident permanent au-dessus des trottoirs.

 

Sur le plan financier, le projet est au cœur d’un détournement de fonds évident. Les estimations initiales faisaient état d’un budget colossal de 765 millions de francs CFA pour mener à bien cette réhabilitation. Face aux critiques, le ministère avait publié un communiqué pour revoir ce chiffre à la baisse, évoquant une enveloppe de 350 millions de francs CFA tout en dénonçant les révélations des médias. Les experts du secteur estiment que même ce montant de 350 millions de francs CFA est largement gonflé pour une simple rénovation, ce qui confirme l’existence de complicités internes. Pour justifier l’arrêt du chantier, l’administration évoque un manque de trésorerie, affirmant que seuls 15 millions de francs CFA ont été versés à l’entreprise. Pourtant, la loi de finances de l’année 2024 a débloqué un nouveau budget de 50 millions de francs CFA pour ce même projet. Deux ans plus tard, cet argent a disparu sans laisser de trace, tandis que les rumeurs évoquent l’utilisation de ces fonds publics pour payer les mercenaires du groupe Wagner présents sur le territoire.

 

Pendant que l’argent public s’évapore, les services du ministère et de l’ACAP subissent une délocalisation forcée qui dure depuis près de cinq ans dans les locaux exigus de Radio Centrafrique. Pour pallier ce manque d’espace, le ministère a pris possession de la villa privée du professeur Gaston Mandata Nguérékata, un mathématicien centrafricain installé aux États-Unis, située dans le quartier des 200 villas. Sous prétexte d’une location officielle, l’institution occupe les lieux mais refuse de verser les loyers dus depuis plusieurs mois. Malgré les réclamations insistantes du propriétaire spolié, l’administration continue de squatter cette habitation privée pendant que son propre bâtiment pourrit sous les intempéries.

 

Pour masquer ce fiasco généralisé, l’institution a choisi la voie du verrouillage de l’information. Une Cellule de communication a été créée pour doubler le service déjà existant, générant une confusion administrative où la cohérence brille par son absence. Les réseaux sociaux du ministère servent uniquement à valoriser l’image personnelle du ministre à travers des publications approximatives. Plus grave encore, dans ses prises de parole, le ministère n’hésite pas à proférer des menaces contre la liberté de la presse, exigeant que les journalistes indépendants soient rappelés à l’ordre parce qu’ils posent des questions de fond sur la destination des millions volatilisés.

 

Evariste Ngamana reprend aujourd’hui la même formule que ses prédécesseurs, promettant une reprise rapide des travaux grâce à la bonne volonté du gouvernement. Les habitants de Bangui observent cette parade avec un profond dégoût, conscients que les titres de ministre d’État servent uniquement à recycler des figures politiques déchues au détriment de la transparence budgétaire.

 

Par Anselme Mbata

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