Centrafrique : Le pouvoir de Bangui a t-il tiré les leçons politiques de la journée “ville morte” ?

0
2

 

Pour répondre aux contraintes des cours mondiaux des hydrocarbures suite à la fermeture du détroit d'Ormuz, le gouvernement de la République centrafricaine a augmenté unilatéralement les prix du carburant à la pompe.

 

Selon la législation en vigueur en matière des hydrocarbures, une telle décision devrait logiquement être prise par décret en conseil des ministres mais par mépris, cette augmentation a fait l'objet d'un simple communiqué du ministre de l'énergie sur instructions du Président de la République en mission à l'étranger.

 

Centrafrique : Le pouvoir de Bangui a t-il tiré les leçons politiques de la journée "ville morte" ?
De gauche à droite Simplice Mathieu Sarandji, Faustin Archange Touadera, Tina Touadera et Félix Moloua en prière à l’église Apostolique de Lakouanga

 

Conscient de l'importance et de l'impact de cette énergie avec effet domino sur l'économie nationale et surtout sur le panier de la ménagère, un consortium de la société civile a appelé la paisible population à observer une journée "ville morte" le 12 octobre 2026 en guise de protestation.

 

À titre de rappel, une "ville morte" par définition est un mot d'ordre qui invite la population à rester chez soi et à suspendre toute activité administrative, économique etc…

À lire aussi : Centrafrique : Chancel Sekodé-Ndeugbayi, président du PCS, exige la libération immédiate des leaders de l’OGDC, Elysée Nguémalé et Quentin Claver Ngbouando, après leur arrestation arbitraire

 

C'est une expression démocratique ou un indicateur de mécontentement, de protestation, de revendications sociales en cas de désaccord ou d'absence de dialogue, bref une forme de pression pacifique sur les autorités établies.

À lire aussi : CNCA-PDD : Vincent Mbokoto Dilla appelle au départ des forces russes et à la restauration de l’ordre constitutionnel

 

Elle établit en filigrane un lien triangulaire entre les pouvoirs publics, les citoyens et les partis politiques ou les composantes de la société civile.

 

Au delà de l'appréciation partisane selon les protagonistes de la réussite ou non de la ville morte, l'on a remarqué au plan politique que la journée "ville morte" à révélé la faillite du dialogue et de concertation, de la mise en valeur du rôle crucial ou combien important de la société civile, de l'incapacité du pouvoir de Bangui d'écouter ou de rechercher des solutions à la détresse de son peuple.

 

Ce droit non violent a mis les pouvoirs publics devant leur responsabilité et les a obligé à justifier leur décision unilatérale.

 

Il faut souligner qu'une décision de cette envergure ne mérite pas un communiqué et surtout en l'absence d'une étude d'impact sur la société.

 

Cela a constitué non seulement un test pour jauger la capacité de la société civile à mobiliser l'opinion nationale mais a servi également de test de légitimité de la cause et d'adhésion de la population tout en rejetant massivement la décision.

 

Sur le plan socio-économique, cette décision irréfléchie révèle la fragilité ou la précarité du pouvoir d'achat de la population car toute décision à caractère économique doit intégrer le niveau de revenu des ménages et surtout leur capacité à satisfaire les besoins primaires ou les besoins de première nécessité.

 

Outre l'effet domino de l'augmentation du prix des hydrocarbures sur les différents secteurs économiques, cette décision qui justifie la journée "ville morte" laisse transparaître les inégalités sociales des centrafricains surtout pour la population la plus vulnérable.

 

En terme d'equilibre, la satisfaction des besoins de l'État doit assurer et intégrer la protection sociale des ménages vulnérables.

 

À contrario, la distribution gratuite du carburant aux taxis-moto rend paradoxal l'équilibre gouvernemental et fragilise les raisons qui ont motivé la hausse unilatérale des hydrocarbures.

 

Face au mépris du pouvoir qui a tendance à sous-estimer la journée "ville morte", le citoyen lambda s'interroge :

 

1- La journée "ville morte" a t-elle atteint les objectifs escomptés ?

 

2- Le pouvoir de Bangui a t-il écouté ou entendu le message de la population ?

 

3- Le silence du Président de la République face à la journée "ville morte" vaut-il le mépris ?

 

4- Peut-on opposé à une contestation née de la cherté de la vie en brandissant uniquement les contraintes économiques sans proposer des mesures d'accompagnement pouvant garantir le pouvoir d'achat de la population ?

 

5- Comment répondre à une grogne sociale d'envergure sans transformer une contestation économique en crise politique avec corollaire l'arrestation des leaders de la société civile ?

 

En tout état de cause, même si les effets de la ville morte sont mitigés, les autorités doivent comprendre que certains participants à cette opération ont la crainte de la sanction administrative ou pécuniaire, d'autres reticences resultent des désaccords entre les organisations de la société civile.

 

Avec l'arrestation sans l'aval du procureur de la République des trois leaders de la société civile qui ont lancé le mot d'ordre de la journée "ville morte", la problématique de la crise des hydrocarbures a pris une autre dimension et risque d'amplifier l'adhésion des indécis à la cause.

 

Ainsi, on assistera à une mutation de la protestation du terrain économique vers celui de la justice.

 

Il faut noter que le ministre chargé de la communication de la

 

présidence a mis en garde contre l'instrumentalisation de la désobéissance civile et a confirmé l'arrestation des leaders de la société civile.

 

Il a en effet annoncé que les leaders interpellés seront libérés après audition.

 

La hausse unilatérale du carburant décidée sans décret officiel déclenche une vive crise sociale, poussant la société civile à mobiliser la population contre la vie chère.

Cette sortie médiatique hasardeuse soulève la problématique de l'indépendance de la justice et confirme que la présidence de la République peut arrêter des citoyens à son gré et ordonner leur libération en lieu et place du procureur de la République qui est le seul et unique garant des libertés fondamentales.

 

À travers cette improvisation tyrannique l'on est en droit de s'interroger si la présidence de la République cherche à comprendre le message de la population à travers cette ville morte ou elle cherche à empêcher que cela se transforme en mouvement de contestation qui risque d'entraîner l'effondrement de leur pouvoir illégal.

 

Enfin, à défaut de mettre en place une commission d'enquête parlementaire puisque d'emblée inefficace compte tenu du caractère monocolore de l'assemblée nationale, les paisibles habitants de Limassa qui ne se lassent dans leur combat soutenus par les vaillants citoyens de Mala, de Yalé et par extension à l'échelle nationale vont prendre leur responsabilité devant l'histoire en vous demandant publiquement de démissionner car le seuil de tolérance de l'humiliation du peuple est atteint.

 

Il faut savoir à titre de rappel que la démission n'est pas une faiblesse, un désaveu ni une fuite en avant mais un acte de noblesse, de responsabilité et de maturité politique.

 

Nous vous rappelons avec insistance que l'exil de nos jours est une prison dorée certes mais son essence est la souffrance, le calvaire, entremêlé de regret, de larmes, de remord et de la désolation…

 

Si je savais serait trop tard Monsieur le Président.

 

Mais attention, ne le dites à personne…

 

Si on vous demande, ne dites surtout pas que c'est moi depuis le royaume de Limassa.

 

Limassa le 17 Octobre 2026.

 

Bernard SELEMBY DOUDOU.

 

Juriste, Environnementaliste.

 

Rejoignez notre communauté

 

Chaine officielle du CNC 

Invitation à suivre la chaine du CNC

CNC Groupe 3

CNC groupe 4 

CNC groupe le Soleil

Note : les deux premiers groupes sont réservés  uniquement aux publications officielles du CNC

 Abonnez-vous à notre chaine YouTube : (31) Corbeau News TV – YouTube 

Contactez-nous via WhatsApp : +236, 70, 16, 44, 65

  Email : Redaction@corbeaunews-centrafrique.org

Pour Alain Nzilo : anzilo@corbeaunews-centrafrique.org